Courriel de voyage envoyé au printemps 2003, lors d’un voyage au Mexique. Il s’agissait de mon premier vrai voyage « backpack », où mon sac à dos était plus lourd que moi, chargé de vêtements, mon sac de couchage, ma tente et mon cerf-volant. Je retrouve dans ce texte mes convictions et ma joyeuse naïveté de jeune apprenti-nomade tout fier de ses premières expériences de découvertes.
Je me sens toujours coupable lorsque je ne fais pas confiance à quelqu’un. C’est comme si je doutais de la bonté de l’homme, comme si je la reniais. On nous dit d’être sur nos gardes, de ne faire confiance à personne (les Texans nous trouvent tous fous d’aller dans un tel pays où, « if they put you in jail, you’re in there for life my friend, unless your family got a loooot of money »), mais je trouve ça dur.
Sabado, 3 de mayo
Suivant mon guide de voyage, je me rends en collectivo (fourgonnette/autobus) à des cascades où je pourrais vraisemblablement faire du camping. Après 20 minutes de routes dans les montagnes, j’arrive aux cascades, lieu relativement touristique (30 pesos). Cuba me propose de me guider à d’autres cascades privées où il n’y a personne. J’hésite et lui dit que je reviendrai le voir si je ne trouve rien de mieux.
On me dit que pour camper, il faut que je sorte du site, suive la route qui monte dans la montagne avec mon méga-pack-sac (youppi) et qu’au sommet de la cascade, il y a une autre chute et un resto où je peux demander au proprio de me laisser camper sur son terrain.
ok…
Plus haut, un autre mexicain me propose de me guider vers des chutes reculées où il n’y a personne. Encore une fois, je lui dis que je vais voir. C’est vraiment pas un feeling cool que de douter de quelqu’un, je me sens crissement américain.
Je trouve la petite cascade, collée sur la route (elle déborde par dessus l’asphalte). Plus loin, au restaurant (perché dans la montagne), il y a une fête sur le terrain, je passe a côté pour aller voir de quoi a l’air le spot de camping… Parfait: une belle place dégagée pour camper, à côté d’une rivière (eau potable) où se baignent des enfants. Sincèrement, que demander de mieux.
Je reviens sur mes pas pour chercher le proprio du resto et le supplier. Je traverse la fête et un homme m’arrête. « Quieres hacer camping? » qu’il me dit ; « Si », que je lui réponds. Et il me fait signe d’y aller…
- « ¿Que? »
Il fait venir une jolie mexicaine qui me dit dans un anglais parfait: « He tells you that if you wanna do camping, there is no problem. »
- ok…
- « He is Beto, the owner of the restaurant ».
- ok…
- « He invites you »
- OK!
- « Do you want a taco? »…
- « Euuuuuh, ¿cuanto cuesta? »
- « Nothing »
- « euuuuuuh, OK »
- « Do you want something to drink, a beer, a coca-cola? »…
- « Euuuuuuh, ¿cuanto cuesta? »
- en riant: « Nothing it’s all free »
- « But I don’t understand, is there a catch? »
- « No, this is just the way we are. »
- OK
J’ai passé le reste de ma soirée à me baigner et (juché au haut de la cascade qui tombe a côté de la route) à arroser avec un mexicain les chars qui passaient 10 mètres plus bas. Après, j’ai rencontré des kids à la fête (7-8 ans) merveilleusement curieux (“¡Habla en frances!”) ainsi que leur cousin, Marco Antonio, 14 ans, qui vient à Toronto cet été pour apprendre l’anglais. Puis j’ai fini ma soirée avec les hommes de la fête, tous bien réchauffés, et on a discuté de mon voyage. Avec Whisky, Tequila et hielo (hmmmmm…, hielo) à volonté.
Auparavant dans la même journée, j’ai pris un camione local (autobus scolaire réutilisé, ça grince de partout) pour me rendre a la Huasteca, canyon surréel aux flancs souvent grimpables. J’ai monté jusqu’a un creux en forme de “U” au top d’une montagne relativement à pic, 250 mètres dans les airs. D’un côté, il y avait le canyon et les montagnes, de l’autre, la ville.
Et entre les deux, le vent.