Dauphins libéraux en voie d’extinction

2012
05.17

La démission de la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, au début de la semaine, a été analysée, discutée et commentée de toutes les manières possibles pour prédire quel effet cela aura sur la résolution de la crise entre le gouvernement et les mouvements étudiants.

Mais ce geste de Mme Beauchamp annonce autre chose aussi. À l’heure ou le premier ministre Jean Charest se dirige probablement vers ses dernières élections (certaines rumeurs disent même qu’il pourrait quitter son poste avant, si sa cote de popularité demeure faible), il ne reste plus beaucoup de candidats solides pour le remplacer à la tête de son parti. Couillard, Bachand, Jérome-Forget, Normandeau… Tous des députés et ministres charismatiques, des personnalités fortes, de bons communicateurs, capables d’attirer la sympathie et de susciter l’enthousiasme de l’électorat.

Tous partis.

Beauchamp était l’une des dernières ministres-vedettes de ce gouvernement qui, jusqu’à récemment, semblait se distinguer en générerant une certaine unanimité chez la population, une impression de compétence et d’honnêteté. Une image gâchée, aux yeux de bien du monde, avec la crise actuelle.

Partie elle aussi.

Il ne reste plus beaucoup de remplaçants naturels, on perçoit mal comment le PLQ pourra facilement se renouveler après le règne Charest.

Pierre Moreau ? Raymond Bachand? Un gros bof…

Michèle Courchesne? On oublie ça…

Jean-Marc Fournier? Peut-être…

Coderre? Hihi…



Note juste logique

2012
05.11

Extrait d’un courriel de voyage, écrit au Bénin à l’hiver 2006.

Je parlais avec un Béninois et sa nombreuse famille, calmement assis devant sa maison sous un manguier, alors que la nuit commençait. Lui et ses fils les plus vieux me posaient des questions sur le Canada.

J’ai tenté de leur expliquer les températures de -30°C (expression de terreur sur leurs visages), le montant d’argent que l’on gagne à chaque jour (yeux et bouches grands ouverts), le fait que les femmes canadiennes n’acceptent pas que leur mari ait plusieurs compagnes (ils rient comme si on était archaïques… et aussi un peu par pitié pour les hommes canadiens).

Ils m’ont ensuite demandé pourquoi les gens choisissent de fumer et pourquoi certains se suicident, je n’ai pu leur donner de réponse satisfaisante. On a enchaîné, j’ai parlé de la loterie où les gens perdent tout leur argent, j’ai décris les plats congelés tout préparés en usine que l’on réchauffe dans un four qui reste froid, appelé micro-onde. Je leur ai expliqué que nous avons rarement des enfants avant la trentaine et qu’on les envoie généralement vers l’âge d’un an dans une maison où des femmes sont payées pour s’en occuper. J’ai essayé de leur faire comprendre que le lait maternel se vend souvent en poudre et que les mères qui décident d’allaiter leurs enfants sortent parfois le lait de leur sein avec une machine et le mettent dans un biberon pour le congeler dans le frigo. Et quand les parents considèrent qu’ils ont eu assez d’enfants, rarement plus que deux, l’homme se fait souvent opérer pour couper des tuyaux dans les testicules, pour être vraiment vraiment sûr qu’ils n’en aient plus.

Il y a eu un silence, puis le père a regardé par terre et a dit : « Vous les Canadiens, vraiment, vous êtes bizarres… »

Et à ce moment, je savais qu’il avait parfaitement raison.



Le réflexe paternaliste

2012
05.08

Tout au long de la grève étudiante, les Libéraux ont souvent été accusés de mépriser les groupes étudiants, leurs leaders entre autre, et d’afficher une certaine condescendance à leur égard.

Or, ils n’ont pas été les seuls à adopter cette attitude.

Cette fin de semaine, l’animateur Michel Lacombe, de la Première Chaîne de Radio-Canada, a commis un lapsus révélateur. Au lieu de parler du « jeune Nadeau-Dubois », il a dit le « petit Nadeau-Dubois », une erreur aussitôt corrigée, certes, mais qui en dit long sur la perception inconsciemment paternaliste généralement affichée dans les médias, même par ceux qui sont résolument “de leur bord”.

Par exemple, l’autre jour j’entendais un animateur discuter avec les trois leaders étudiants, en les interpellant par leur prénom. Gabriel, Martine, Léo… Un traitement qui n’aurait jamais été réservé à la ministre Beauchamp, au chef d’une centrale syndicale ou à tout autre spécialiste.

Il est vrai, à la défense des médias, qu’il est rare que des personnes de cet âge jouent un rôle si important et visible dans notre vie démocratique. Avec pour effet que les animateurs et commentateurs, dont la moyenne d’âge est bien plus haute, n’ont jamais vraiment su comment les aborder avec le respect et l’équité qu’ils méritent.

Au pire, on disait d’eux qu’ils étaient de petits insolents gâtés à la tête enflée. Au mieux, des enfants prodiges dans la cour des grands. L’image de gamins ne les a pas quittés.

Qu’on soit d’accord ou non avec leur cause, jamais ils n’ont été présentés pour ce qu’ils sont réellement : des citoyens, majeurs, impliqués, qui occupent une position non-négligeable dans nos politiques d’administration publiques.



L’importance de l’itinéraire

2012
04.27

La fin de semaine dernière, lors du congrès de fondation de la Coalition Avenir Québec, Jean Allaire, ancien cofondateur de l’ADQ, a affirmé que la CAQ ne sera ni de gauche, ni de droite: “Les histoires de gauche et de droite, c’est tout artificiel, ça [...] il y a deux questions qui sont importantes: est-ce que c’est dans l’intérêt du Québec, et est-ce que c’est faisable. Si oui dans les deux cas, allons-y.”

À ma connaissance, ces propos n’ont été tenus que par M. Allaire, et n’ont pas été répétés par François Legault, donc on ne sait pas encore si c’est le point de vue d’un individu, ou de la CAQ en entier. Mais si ce parti en venait à endosser cette vision des choses, cela signifierait que la Coalition Avenir Québec serait ni séparatiste, ni fédéraliste, ni de gauche, ni de droite. Qui seraient-ils alors? Bonne question.

Si on suit la logique de Jean Allaire, le parti n’a pas besoin de se définir selon une idéologie précise. Il pige de tous les côtés. Le seul critère: que cela soit le bon choix pour la population québécoise.

Le problème avec ce raisonnement, c’est qu’il n’existe pas de bonnes solutions universellement reconnues pour atteindre le bien commun. Les partis de gauche comme les partis de droite croient qu’ils ont LA bonne approche pour répondre aux intérêts du Québec. Ceux de gauche croient que la progression de notre société passe par une universalité des services pour tous, subventionné par la plupart. Ceux de droite croient plutôt qu’il faut mettre en place des mesures pour favoriser l’implantation et la croissance des entreprises, qui assureront la croissance de l’emploi et de notre richesse.

En fait, connaissez-vous un politicien qui a déjà présenté un nouveau programme ou une nouvelle mesure, et qui a expliqué que cela n’est pas dans l’intérêt du Québec? Bien sûr que non. L’argument de M. Allaire, disant que son parti allait prendre les décisions qui sont bonnes pour la population ne veut donc absolument rien dire. C’est vide. Rien qui permet de distinguer la CAQ des autres partis et d’éclairer les électeurs sur le genre de partis auquel ils ont à faire ici.

Pour pouvoir guider les citoyens, les partis politiques se doivent d’énoncer les grandes lignes, la vision, l’idéologie qui les guideront une fois au pouvoir. Une ligne directrice qui se positionne sur un axe gauche/droite, ou constitutionnel. C’est comme ça que les électeurs savent pour quoi (ou à peu près) ils votent.

Mais ce que Jean Allaire nous dit, c’est que la CAQ n’a pas ça. Vous voulez savoir ce qu’elle va faire? Lisez son programme, voici ce qu’elle va faire.

C’est bien beau, mais une fois au pouvoir, un gouvernement ne fait pas qu’appliquer les quelques dizaines de promesses qu’il a fait en campagne électorale. Il doit réagir aux nombreux défis inattendus (sociaux, économiques…) qui surviendront durant les quatre années de son mandat. Ces inattendus là ne sont pas dans le programme électoral. L’idéologie d’un parti donne un aperçu, aux électeurs, des réactions et mesures qu’il prendra une fois au pouvoir.

C’est pour cela qu’il est impératif, en politique, de définir notre destination. La réponse de Jean Allaire revient à dire “on va passer par les meilleures routes”, sans dire vers où la CAQ veut nous emmener.



Vendre la peau de l’ours

2012
04.25

Lundi,  les Albertains sont passés aux urnes. Tous les sondages prévoyaient que le Parti conservateur provincial, au pouvoir depuis 41 ans, allait se faire renverser par la popularité fulgurante du Wildrose Party, un parti en pleine croissance, encore plus à droite que le parti conservateur. Ce qu’il restait à déterminer : un gouvernement majoritaire ou minoritaire pour le Wildrose…
Ce n’est pas ce qui s’est produit. Les conservateurs progressistes ont emporté une douzième majorité consécutive, avec trois fois plus de députés élus que leur principal concurrent. Absolument, mais vraiment absolument, rien à voir avec les sondages et les prédictions finales publiées quelques jours avant.

Voici un premier argument permettant de remettre en doute la nécessité des sondages en campagne électorale : ils sont peu fiables. À la veille des élections fédérales en mai dernier, selon ces calculs rendant quotidiennement compte de l’humeur populaire, la majorité parlementaire de Stephen Harper était loin d’être acquise, et le NPD bénéficiait d’un soudain élan au Québec, qui lui aurait donné au mieux quelques sièges de plus dans la province. Un euphémisme.
Il est d’ailleurs étonnant qu’on ait toujours autant recours aux sondages, vu leur faible cohérence avec le résultat final. Si ces prédictions étaient le fruit de psychisme et non de mathématique, on crierait rapidement au charlatanisme.
Les sondeurs et statisticiens, maintenant sur la défensive, justifient ce fossé en expliquant que certaines tendances sont apparues à la dernière minute, que les derniers coups de fils aux électeurs remontent à 4 jours avant le scrutin et que les choses ont bougé depuis, ou même que des électeurs peuvent changer d’avis à la dernière minute surtout lorsqu’ils s’apprêtent à voter pour un parti qui entraînera un changement important.
Bref, plein de raisons pour expliquer que les sondages réussissent seulement occasionnellement à prédire avec justesse le portrait politique du lendemain des élections.
D’où la question : à quoi servent-ils?

Deuxième argument : ils altèrent le vote de la population.
Le raisonnement est simple, les électeurs aimant généralement voter pour un parti d’importance qui a certaines chances de l’emporter, ou du moins de faire une différence, ils portent leur attention sur les 2-3 partis en haut des sondages. Rejetant du même coup tous les tiers partis qui, peut-être, reflètent plus leurs valeurs. Bref, les sondages contribuent à une présélection indirecte du choix offert aux électeurs.
On peut se demander, le NPD aurait-il connu sa vague orange si les sondages n’avaient pas parlé d’une certaine hausse dans les intentions de vote quelques jours avant le 2 mai? Est-il possible que c’est en voyant ces prédictions que des milliers de Québécois se sont dit que le parti de Layton mérite leur vote puisqu’il est peut-être plus crédible qu’on pense (puisqu’il montait au 3e voir au 2e rang dans les sondages)?

D’ailleurs, le phénomène du « vote stratégique » est un exemple clair de l’influence des sondages sur le comportement des électeurs. Lorsqu’un parti s’élève trop haut dans les intentions de vote, plusieurs citoyens vont choisir de voter pour une formation qui pourra le bloquer à la ligne d’arrivée, plutôt que de voter pour le parti qui est le plus en harmonie avec leurs priorités. Ils ne l’auraient pas fait s’ils n’avaient pas su que tel ou tel parti qu’ils détestent avait soudainement de réelles chances de prendre le pouvoir. Ils ne l’auraient pas fait si les sondages ne leur avait pas dit.

L’ironie dans tout ça, c’est que c’est probablement ce qui s’est passé il y a deux jours, en Alberta. Face à des sondages qui prédisaient une victoire décisive du Wildrose Party, plusieurs électeurs qui auraient normalement voté libéral ou NPD ont choisi de voter pour les Conservateurs afin de freiner l’élan du parti favori. En résumé, si les électeurs se sont virés de bord à la dernière minute, et qu’ils ont fait glorieusement mentir les maisons de sondage, c’est probablement à cause de ce que disaient les sondages à la base. Bref, les sondages sont à l’origine de leur propre discrédit.
Sans eux, les électeurs ne se seraient pas mobilisés en bloc derrière le parti Conservateur. Mais en même temps, peut-être qu’à la base, le Wildrose n’aurait pas connu cette propulsion pré-électorale spectaculaire, un mouvement de masse alimenté par les sondages. En fait, on ne sait juste pas ce qu’auraient été les résultats sans l’existence des sondages.

Ce que l’on sait par contre, c’est qu’il est désormais indéniable que la publication des intentions de vote influence le choix des individus, une fois dans l’isoloir. Je n’ai aucune idée si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Mais il faudrait probablement assumer ce constat et se poser la question en tant que société : acceptons-nous qu’un tel outil, qui avec le temps s’est incrusté de façon définitive dans notre paysage médiatique, vienne altérer le processus démocratique à ce point?



The way they are

2012
04.13

Courriel de voyage envoyé au printemps 2003, lors d’un voyage au Mexique. Il s’agissait de mon premier vrai voyage « backpack », où mon sac à dos était plus lourd que moi, chargé de vêtements, mon sac de couchage, ma tente et mon cerf-volant. Je retrouve dans ce texte mes convictions et ma joyeuse naïveté de jeune apprenti-nomade tout fier de ses premières expériences de découvertes.

Je me sens toujours coupable lorsque je ne fais pas confiance à quelqu’un. C’est comme si je doutais de la bonté de l’homme, comme si je la reniais. On nous dit d’être sur nos gardes, de ne faire confiance à personne (les Texans nous trouvent tous fous d’aller dans un tel pays où, « if they put you in jail, you’re in there for life my friend, unless your family got a loooot of money »), mais je trouve ça dur.

Sabado, 3 de mayo

Suivant mon guide de voyage, je me rends en collectivo (fourgonnette/autobus) à des cascades où je pourrais vraisemblablement faire du camping. Après 20 minutes de routes dans les montagnes, j’arrive aux cascades, lieu relativement touristique (30 pesos). Cuba me propose de me guider à d’autres cascades privées où il n’y a personne. J’hésite et lui dit que je reviendrai le voir si je ne trouve rien de mieux.

On me dit que pour camper, il faut que je sorte du site, suive la route qui monte dans la montagne avec mon méga-pack-sac (youppi) et qu’au sommet de la cascade, il y a une autre chute et un resto où je peux demander au proprio de me laisser camper sur son terrain.

ok…

Plus haut, un autre mexicain me propose de me guider vers des chutes reculées où il n’y a personne. Encore une fois, je lui dis que je vais voir. C’est vraiment pas un feeling cool que de douter de quelqu’un, je me sens crissement américain.

Je trouve la petite cascade, collée sur la route (elle déborde par dessus l’asphalte). Plus loin, au restaurant (perché dans la montagne), il y a une fête sur le terrain, je passe a côté pour aller voir de quoi a l’air le spot de camping… Parfait: une belle place dégagée pour camper, à côté d’une rivière (eau potable) où se baignent des enfants. Sincèrement, que demander de mieux.

Je reviens sur mes pas pour chercher le proprio du resto et le supplier. Je traverse la fête et un homme m’arrête. « Quieres hacer camping? » qu’il me dit ; « Si », que je lui réponds. Et il me fait signe d’y aller…
- « ¿Que? »
Il fait venir une jolie mexicaine qui me dit dans un anglais parfait: « He tells you that if you wanna do camping, there is no problem. »
- ok…
- « He is Beto, the owner of the restaurant ».
- ok…
- « He invites you »
- OK!
- « Do you want a taco? »…
- « Euuuuuh, ¿cuanto cuesta? »
- « Nothing »
- « euuuuuuh, OK »
- « Do you want something to drink, a beer, a coca-cola? »…
- « Euuuuuuh, ¿cuanto cuesta? »
- en riant: « Nothing it’s all free »
- « But I don’t understand, is there a catch? »
- « No, this is just the way we are. »
- OK

J’ai passé le reste de ma soirée à me baigner et (juché au haut de la cascade qui tombe a côté de la route) à arroser avec un mexicain les chars qui passaient 10 mètres plus bas. Après, j’ai rencontré des kids à la fête (7-8 ans) merveilleusement curieux (“¡Habla en frances!”) ainsi que leur cousin, Marco Antonio, 14 ans, qui vient à Toronto cet été pour apprendre l’anglais. Puis j’ai fini ma soirée avec les hommes de la fête, tous bien réchauffés, et on a discuté de mon voyage. Avec Whisky, Tequila et hielo (hmmmmm…, hielo) à volonté.

Auparavant dans la même journée, j’ai pris un camione local (autobus scolaire réutilisé, ça grince de partout) pour me rendre a la Huasteca, canyon surréel aux flancs souvent grimpables. J’ai monté jusqu’a un creux en forme de “U” au top d’une montagne relativement à pic, 250 mètres dans les airs. D’un côté, il y avait le canyon et les montagnes, de l’autre, la ville.
Et entre les deux, le vent.



Saisir le sens

2012
04.06

J’affirmais, il y a peu, que dans tout le débat sur la hausse des droits de scolarité, l’argument voulant que les manifestants n’ont pas à chialer puisqu’ils ont des cellulaires et boivent de la sangria ne tient pas la route. Je tiens à rajouter cette réflexion.

Ceux qui soutiennent que les étudiants capables d’effectuer des dépenses non-essentielles ne devraient pas manifester (puisqu’ils peuvent se permettre une hausse des droits de scolarité) se trompent.

Il y a un point, fondamental, qu’ils n’ont pas saisi.

La majorité des étudiants dans les rues aujourd’hui seront peu ou pas affectées par ces hausses, qui atteindront leur pleine ampleur dans cinq ans seulement. Ce n’est pas pour eux-mêmes, pour leur propre compte en banque, qu’ils crient. Ils se battent pour un principe, pour ceux qui leur succèderont, et surtout, pour les milliers parmi eux (une minorité peut-être) qui viennent de milieu modestes, qui n’ont réellement pas les moyens de se payer un téléphone intelligent, et qui risquent d’être touchés plus durement par la hausse.

Les étudiants se battent pour leur prochain, pour l’autre, pour leur collègue qui peine à s’en sortir. Pas pour leur intérêt personnel.

Un concept peut-être difficile à saisir pour les nombreux commentateurs (souvent issus d’une certaine droite économique) qui dénoncent le mouvement de grève en la présentant comme une lutte menée par des égoïstes qui ne veulent payer leur part. Si je voulais être baveux, je me demanderais si ces critiques comprennent le sens du mot solidarité.



Mission accomplie

2012
04.02

État du monde:

Ce matin, scène absurde au terminal d’autobus de Longueuil.

Les files devant les guichets automatiques de recharge de cartes Opus sont trois fois plus longues que celle devant les comptoirs vitrés avec un service offert par de vrais humains. Le roulement est bien plus rapide avec ces 6 caissiers, mais les utilisateurs qui patientent devant les guichets ne semblent pas s’en rendre compte, au grand plaisir des personnes, comme moi, qui préfèrent s’acheter des passes d’autobus de façon rustique traditionnelle.

Mission accomplie pour ceux qui tentent de nous faire croire, depuis des années, que les machines sont plus efficaces que les humains, facilitant ainsi la réduction de la main d’oeuvre.



Mise en abîme inutile

2012
03.30

L’état du monde en 2012:

Autrefois réservées aux salles de cinéma, les bandes-annonces se découvrent une nouvelle raison d’être sur le web. Au point où leur dévoilement est désormais un tel évènement que les studios diffusent quelques jours d’avance des bandes-annonces des bandes-annonces qui s’en viennent.

Une pub d’une pub. On est rendu là.



Pas si pire…

2012
03.28

Ce jeudi, c’est le dévoilement du budget à Ottawa. Plusieurs organismes subventionnés, sociétés d’état et fonctionnaires redoutent jeudi.

Puisque ce sera le premier budget depuis que les conservateurs sont majoritaires, c’est à dire qu’ils bénéficient enfin de toute la marge de manœuvre qu’ils espèrent, les observateurs s’attendent à des coupures difficiles. Surtout que si les conservateurs veulent frapper un grand coup, c’est maintenant, puisque chaque prochain budget sera plus près des prochaines élections, et ils n’ont pas intérêt à se lancer en campagne avec une image de sabreurs. Les coupes de cette semaine, elles, seront vraisemblablement oubliées dans 3 ans.

Mais personnellement, je ne crois pas ce budget annoncera des mesures si épouvantables que ça, du moins en apparence. D’abord parce que les députés conservateurs vont tout faire pour « spinner » le budget et réduire l’importance de ses répercussions. Mais surtout parce que le parti se doit d’être prudent pour ne pas perdre ses acquis. En obtenant la majorité, Stephen Harper n’a pas encore atteint son objectif politique suprême. Ce qu’il vise, c’est de faire du parti conservateur le « Natural Governing Party », le parti au pouvoir par défaut si vous voulez, ce qu’ont été les Libéraux au 20e siècle. Et pour ça, ils doivent dégager une image de parti relativement modéré, pour que les Canadiens aient l’intention de les élire élections après élections. Bref, ne pas effrayer tous les électeurs généralement centristes qui ont choisi de leur faire confiance cette fois-ci, leur prouver qu’ils ne sont pas si pire que ça.

Et en ce sens, je me demande si le gouvernement conservateur n’a pas intérêt à laisser courir des rumeurs catastrophiques sur les coupures du document de demain. D’abord parce que ça permet de préparer les esprits et de réduire le choc (pour que l’opinion populaire soit « on s’y attendait »), mais aussi puisque lorsqu’ils présentent finalement des coupures moins radicales, ils prouvent, par comparaison, qu’ils ne sont pas si pire que ça.

Le parti avait parlé de coupures de 4 milliards l’an dernier, là on entend parler de 7-8 milliards$. Si on apprend que finalement, ce ne sont que des coupes de 4 milliards, attendez-vous à des soupirs de soulagement. C’est l’impression que veut dégager le parti conservateur, et il peut bien l’atteindre en préparant au pire.

C’est peut-être aussi pour cette raison que Stephen Harper, reconnu pour la stricte discipline qu’il impose à ses troupes, laisse parfois certains de ses députés déposer des projets de lois, qualifiés de radicaux, qui ne seront jamais adoptés. Comme la motion du député Stephen Woodworth pour que soient reconnus les droits du foetus.

Bien sûr, cela sert entre autre à rassurer la base militante, mais on peut se demander si cela ne nuit pas au parti, qui cherche à se débarrasser de son image de droite sociale radicale. Je crois, au contraire, qu’en laissant filtrer de telles propositions plus extrêmes, mais sans y adhérer lui-même, le premier ministre rappelle qu’il y a pire que lui, et qu’au bout du compte, son gouvernement n’est pas si pire que ça.