Pugilat à Ottawa

2012
03.26

Le caractère bouillant de Thomas Mulcair est légendaire. Hargneux, combatif, déterminé (« vicieux et agressif » disent les Conservateurs, dans leur premières tentatives pour discréditer Mulcair aux yeux de l’électorat, deux qualificatifs que plusieurs accordent ironiquement aux Conservateurs eux-mêmes), il ne donne pas sa place dans les débats parlementaires et ne s’est pas fait que des amis avec les années. Surtout pas dans les camps adverses.

Ainsi, ceux qui ont en horreur le parti conservateur actuel vont se réjouir de la nomination de Mulcair à ce poste, un homme qui saura faire front, et surtout répliquer sans dentelle, aux attaques musclées des troupes de Stephen Harper.

Mais en même temps, depuis quelques années, à peu près tous les observateurs de la scène politique fédérale, et une majorité des citoyens canadiens, dénoncent le ton acrimonieux qui semble maintenant être devenue la norme sur la colline parlementaire à Ottawa. L’arrivée d’un bulldog (ou plutôt d’un grizzly selon certains) de la trempe de Mulcair, n’améliorera certainement pas les choses, au contraire.

Les Conservateurs gouteront peut-être à la sauce qu’ils servent depuis leur arrivée au pouvoir, mais à quel prix pour la qualité, la nuance et la profondeur du débat démocratique?



Le droit de chiâler

2012
03.23

Sur la question des revendications étudiantes qui anime la société québécoise présentement, honnêtement, je n’ai pas d’opinion claire et définitive. J’entends et je lis autant de bons arguments pour ou contre la gratuité et la hausse des droits de scolarité.

Toutefois, s’il est un aspect de ce débat qui me semble absurde, c’est cette critique courante envers les étudiants, leur reprochant de dénoncer les hausses alors que la plupart d’entre eux peuvent se payer un téléphone cellulaire.

Il y a plein de bonnes raisons pour être en faveur de la hausse des droits, mais soutenir que les étudiants n’ont pas le droit de critiquer à moins qu’ils ne soient dans un mode de survie financière identique à celle d’un moine tibétain n’en est pas une.

Parce que si l’on accepte, en tant que société, la légitimité de ce genre d’argument, disant que ceux qui on a la capacité de faire des dépenses non-essentielles ne peuvent pas chialer contre une hausse de tarifs (puisqu’ils peuvent se la permettre), et bien disons que virtuellement plus personne n’aura le droit le critiquer quelconque hausse de taxes, d’impôt ou de tarifs imposée par le gouvernement.

Et perdre ce droit de dénoncer les hausses de taxes, cela ferait de la peine à bien du monde, à commencer par ceux qui reprochent aux étudiants de prendre plus d’une bière par semaine.

Que me dites-vous? Que le cas des étudiants est différent puisque la majorité des coûts de leurs études est subventionnée par les contribuables? Qu’on devrait se garder une petite gêne et ne pas dépenser autant lorsque l’on dépend en partie des impôts que paient les autres?

À ce que je sache, la grande majorité de la population bénéficie d’une manière ou d’une autre de subventions gouvernementales, d’un service financé par la société, que ce soit les allocations familiales, les frais de scolarité du primaire ou du secondaire des enfants, les garderies subventionnées, le chômage, des traitements médicaux. Est-ce que tous ces gens devraient, comme les étudiants, réduire leurs dépenses au strict minimum?

Que me répondez-vous? Que les étudiants ne font que demander mais ne donnent pas puisque, contrairement au travailleur moyen, ils ne paient pas d’impôt et ne contribuent pas au financement des services dont ils sont bénéficiaires?

C’est vrai. Mais vous vous attendez à quoi? Ils sont des étudiants. Leur occupation à temps plein (étudier) ne leur donne pas un sous (pour l’instant), et les emplois qu’ils occupent à temps partiels, dans leurs temps libres, de soir ou de fin de semaine, sont souvent payés au salaire minimum puisqu’ils n’ont pas encore de diplôme. Bien sûr qu’ils ne contribuent pas encore aux finances de l’état, ils ne sont pas rendus là. Quelle sera la prochaine étape, demander aux élèves du secondaire de payer une partie du salaire de leurs profs, parce qu’ils ne font que recevoir des services sans donner en retour?

Je le répète, il y a une foule d’arguments cohérents pour justifier une hausse progressive des droits de scolarité (un exemple ici), mais celui qui reproche aux étudiants de se permettre des petits luxes ne tient pas la route.



Engagement 2.0

2012
03.22

Depuis près de deux semaines, une vidéo de trente minutes, Kony 2012, fait fureur sur le web. Dans ce document promotionnel, l’organisme à but non-lucratif Children Invisible, explique les actions de Joseph Kony un chef rebel ougandais qui terrorise les régions où ils passent, exploitant des milliers d’enfants, les obligeant parfois à prendre les armes pour assassiner leurs confrères.

La vidéo invite ensuite les spectateurs à prendre part à un vaste mouvement pour faire connaître Kony à l’ensemble de la planète, ce qui incitera les autorités à le capturer d’ici la fin de l’année. Ainsi, l’organisme demande au spectateurs de participer, le 20 avril, à une journée de mobilisation globale pour poser des affiches partout partout partout. La vidéo est d’une grande efficacité et a été visionnée, à ce jour, plus de 80 millions de fois, un succès rare sur YouTube.

Plusieurs ont déjà commencé à questionner différents aspects de cette campagne de sensibilisation virale, et moi-même il y a deux éléments qui me chicotent dans cette histoire.

D’abord, pour présenter aux spectateurs qui est Kony, le réalisateur/protagoniste, Jason Russel, se met en scène, assis à une table, avec son jeune fils de 5 ans, absolument blond donc mignon. Il sort des photos et lui explique, en même temps qu’à nous, qu’est-ce qu’a fait cet homme, avec une rhétorique de bons vs. méchants. Le garçon, dans sa charmante naïveté, ne peut évidemment comprendre comment quelqu’un puisse commettre de telles atrocités.

J’ai beau y réfléchir, je n’arrive pas à comprendre pourquoi avoir choisi de présenter la chose de cette façon, au travers des questionnements incrédules d’un enfant. Pour influencer la perception des spectateurs en leur imposant l’interprétation du bambin (« Papa, pourquoi le méchant n’est pas en prison»)? Pour utiliser les ingrédients classiques d’un succès sur YouTube, à savoir le pathos d’un enfant innocent, pour garantir un maximum de visonnements? Ou, pire encore, parce que l’organisme derrière cette campagne prend pour acquis que les millions de téléspectateurs auront la même compréhension des enjeux complexes de ce monde qu’un enfant de cinq ans?

D’une manière ou d’une autre, c’est rien de très édifiant.

(Petite paranthèse vache : Vendredi dernier, Jason Russel a été arrêté pour avoir paradé avec extravagance, nu dans la rue, et avoir vandalisé des voitures. Le résultat d’une psychose causée par la soudaine célébrité, selon sa femme. Si j’étais lui, je commencerais d’abord par expliquer cela à fiston.)

L’autre chose qui me trouble, c’est le message général du phénomène : « Allez, venez nous aider dans cette cause que je viens de vous expliquer avec démagogie. Vous pouvez faire partie du mouvement qui enverra un monstre derrière les barreaux. Impliquez-vous dans la construction d’un monde meilleur. Vous n’avez qu’à partager cette vidéo, faites connaître le nom de Kony. Clic. »

Sont pas fous ceux qui ont fait la vidéo. Ils savaient bien que pour créer un engouement massif parmi cette jeune génération branchée, multitâche, habituée à l’instantanéité et à visionner en rafales des vidéos sur le web; bref, pour demander la contribution de 80 millions de personne et qu’ils acceptent, il faut que leur tâche ne soit pas trop compliquée.

Mais je me demande si cette stratégie n’a pas pour effet pervers de faire croire aux gens qu’il est plus facile que jamais de sauver le monde. Pas besoin de participer à des rencontres, pas besoin de faire du porte à porte, pas besoin de donner des conférences pour faire connaître une cause, pas besoin de manifester, pas besoin de faire des levées de fond, pas besoin de rencontrer des politiciens. Diffusez la vidéo, c’est tout. Et au mieux allez poser quelques affiches, mais seulement pendant une nuit (mais je serais curieux de voir combien de personne répondront réellement à l’appel, puisque le buzz de la vidéo sera vraisemblablement terminé le 20 avril prochain). C’est tout, on ne vous en demande pas plus.

Cette vidéo a probablement permis de sensibiliser des millions de personnes à une réalité dont ils se seraient normalement foutues, et cela est une excellente chose. Mais je ne peux m’empêcher de me demander : avec toutes ces campagnes d’information 2.0 sont Kony 2012 est le plus fier représentant, combien de personnes qui, autrefois, se seraient engagées de façon plus significative dans diverses causes, vont désormais se contenter d’un clic sur le web, croyant ainsi qu’ils font leur juste part pour l’amélioration de l’humanité?



Restructuration

2012
03.13

Étant en vacances, je suis passé il y a quelques jours, dans un marché au puces de Floride, le Pink Flamingos Flea Market. Le lieu, dont la moyenne d’âge des visiteurs doit avoisiner les trois quarts de siècle, est bondé de kiosques présentant bidules en tout genres: lunettes fumées cheap, colliers et breloques surchargées, jouets en plastique multicolores fragiles, décorations en verre coloré. Peu d’objet artisanaux, beaucoup de produits industrialisés.

Et me vient alors cette question. Tous ces bibelots à rabais, fondamentalement ridicules et inutiles selon mes valeurs, et surtout, tous ces millions (voir ces dizaines ou centaines de millions) de personnes nécéssaires pour leur conception, leur fabrication et leur vente… Que pourrait-on atteindre, en tant qu’humanité, si tout cette force pouvait être dévouée à des choses plus pertinentes?



Publicité gratuite

2012
03.09

La visibilité.

C’est le fondement même du rôle de la publicité. Pour l’avoir, les entreprises sont prêtes à dépenser des millions. Mais pour Apple, ces derniers jours, elle a été gratuite. Gracieuseté des grands réseaux d’information.

La compagnie californienne a annoncé mercredi l’arrivée imminente de son nouvel iPad, et les bulletins de nouvelles de Radio-Canada ont annoncé l’évènement dès la veille, les sites webs de plusieurs grands quotidiens (tels La Presse et le New York Times) ont tenu durant la conférence de presse des blogues spéciaux où les visiteurs pouvaient commenter l’évènement, les analystes sur les ondes énumèrent à répétition les nouvelles caractéristiques de l’appareil, et j’en passe. Je me souviens, le jour où le premier iPad a été lancé au Canada, de la couverture qu’en a fait RDI tout au long de la journée, présentant le tout comme un évènement majeur.

Moi, j’appelle ça de la publicité gratuite.

On peut comprendre l’intérêt des médias de parler de l’arrivée d’un tout nouveau produit innovateur (l’iPad) qui peut avoir une influence considérable sur plusieurs autres industries. Mais Apple joue tellement bien son jeu, entretenant un secret légendaire sur ses nouveaux produits et ne lésinant pas sur les hyperboles lorsqu’ils dévoilent enfin leurs tant-attendus gadgets accessoires essentiels de vie, qu’ils leur confèrent une aura inégalée dans l’industrie.

Et les journalistes mordent, offrant une couverture médiatique unique, non seulement pour les nouveaux produits, mais aussi pour l’apparition des nouvelles versions légèrement améliorées d’un produit déjà existant. J’aimerais bien voir une pareille couverture omniprésente et généralisée lorsque Toyota dévoilera sa Matrix 2013, ou lorsque Nokia dévoilera son prochain téléphone intelligent. Cela n’arrivera jamais.

C’est Apple qui en est heureux.



Les réels dangers du web

2012
03.05

Parmi les nombreuses tendances déclenchées par internet et des sites comme YouTube, il y a bien sûr la prolifération de vidéos de sports extrêmes, hybrides et et inusités (snowboard en pleine ville, paraski, parkour…) dans des milieux naturels spectaculaires ou des sites urbains inattendus. Cela donne des résultats souvent spectaculaires, où la prouesse des « athlètes » et leur sang froid impressionne. L’humain moderne et branché étant toujours à la recherche de la nouvelle trouvaille qui attirera l’attention sur cette toile surchargée, les limites de ce que l’on peut faire sont constamment repoussées.

Et on en vient à filmer ça.

Le ton festif et juvénil est donné, la musique le confirme : le trike drifting est une activité haute en adrénaline et accessible, qui vous garantit un bon temps avec vos chums et plusieurs clics potentiels sur Youtube si vous filmez le tout.

Et tout ça est franchement trippant, jusqu’au jour où une voiture te ramasse et te tue, comme c’est survenu en Beauce il y a quelques jours, dans un accident de couchsurfing. Je pourrais mettre ma main au feu que tous les amis de la victime qui ont participé à cette activité aux conséquences tragiques (et prévisibles), ont déjà vu ce type de vidéo sur le web.

Et qu’ils ont trouvé ça « cool ».

Et qu’ils ont voulu, eux aussi, avoir l’air « cool », ce qui les a poussé à prendre part à cet effet de gang virtuel.

Et que si de tels vidéos n’existaient pas en ligne, François Hallé serait en vie aujourd’hui.

Évidemment, la liberté d’expression règne ici et on peut tout montrer, ou presque, sur Youtube. Il ne faudrait pas que l’on commence à bannir tous ces films, puisqu’à partir de ce moment, où sera la limite des censeurs?

Mais ces vidéos qui font la naïve promotion d’activités illégales, largement visionnées et donc célébrées, sont d’une irresponsabilité sociale ahurissante.



Maîtriser l’impression

2012
03.02

Depuis quelques semaines, on constate une baisse notable des intentions de vote de la population québécoise envers la Coalition Avenir Québec de François Legault. Au-delà de la multiplication des « on verra » et de l’incompatibilité des valeurs de plusieurs des représentants du nouveau parti, je crois que ce qui a refroidi l’enthousiasme des Québécois à l’endroit de M. Legault, c’est que celui-ci s’est mis à parler.

Pas que ce qu’il dit est ridicule (c’est aux électeurs à en juger), mais c’est plutôt ses qualités d’orateurs qui causent problème, ou plutôt celles qu’il n’a pas.

Rappelons-nous. Comment a débuté la vague de soutient populaire impressionnante au futur projet de M. Legault, il y a un peu plus d’un an? Avec des sondages, des citations dans les journaux laissant évoquer un futur parti, des pistes de réformes publiées en pleine page. À l’occasion, quelques entrevues à la radio ou la télévision, quand il n’avait qu’à évoquer des projets futurs et qu’il n’avait rien de tangible à défendre, encore loin de la gestion pragmatique et quotidienne d’un réel parti. Bref, l’opinion publique s’est surtout excitée autour d’un personnage qu’elle (re)découvrait sur papier.

Mais depuis, il a fondé son parti, a présenté un début de plateforme, a tenu de nombreuses conférences de presse pour défendre ses idées, a dû répondre aux nombreuses questions des journalistes, a réagi presque quotidiennement à ce qui se passe à l’Assemblée nationale. Et sa cote de popularité a chuté.

C’est loin d’être flagrant, mais suis-je le seul à trouver qu’il semble hésitant lorsqu’il parle, qu’il ne semble jamais capable d’affirmer avec aplomb et confiance ses idées devant un micro. Lorsqu’il est calme, il hésite, prononce ses mots avec un drôle de trémolo dans la voie, bégaie un peu même. Et lorsqu’il veut montrer qu’il est en colère, tout cela s’empire, chassant toute image de conviction solide et de qualité naturelle de leader.

C’est subtil, ce n’est qu’un détail qui ne veut rien dire sur la valeur des idées qu’il défend ou ses compétences de gestionnaire, mais si cette impression est partagée par une partie de la population (et c’est là tout ce que c’est, une impression, un ingrédient malheureusement primordial aujourd’hui en politique), ceci n’est sûrement pas étrange aux mauvaises performances de la CAQ dans les sondages.



Leçons de cinéma

2012
02.27

Quelques réflexions sur ce que les gagnants d’hier nous disent sur les Oscars.

Meilleur montage : Plusieurs ont été surpris de la victoire de The Girl With the Dragon Tattoo, hier soir. Les experts s’attendaient à ce que ce soit The Artist, puisque ce prix revient généralement au long-métrage qui remporte le trophée du meilleur film. Mais ce n’est pas toujours le cas, il arrive souvent, lorsque le grand gagnant de l’année ne suscite pas une vague immense rafflant tout sur son passage, que l’académie préfère remettre la statuette du meilleur montage à un film où le montage est évident. Donc un film frénétique (de qualité) qui multiplie les scènes d’actions, ou qui multiplie les sauts dans le temps avec une facture dynamique contemporaine. Bien sûr, ce qui n’est pas ce qui définit du bon montage. Un film lent, avec de longues prises et peu de coupes, pourrait faire preuve d’un montage génial où le choix de quoi montrer, quoi ne pas montrer, et quand, permet de raconter l’histoire d’une tout autre façon, mais ce type de montage passe inaperçu. Pour l’académie, un bon montage est un montage apparent. L’oscar est donc allé au film de David Fincher, avec son rythme contemporain et ses flashbacks.

Meilleur direction photo : Robert Richardson l’a emporté, pour ses magnifiques images de Hugo. Tous s’attendaient à ce que ce soit Emmanuel Lubezki qui l’emporte pour The Tree of Life. Le problème, c’est que l’académie aime les belles et grandes images. Soignées, léchées. Le travail de Lubezki sur le film de Terrence Malick était exceptionnel et magistral, réussissant à capturer avec des cadrages audacieux des moments magnifiques avec une lumière naturelle, une caméra improvisée et virevoltante qui nous fait parfois voir les choses comme on ne les a jamais vu. Mais Hugo avait un « look » plus classique, grandiose et raffiné. C’est ce qui convainc les membres de l’académie, faut croire. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’ils font le coup à Lubezki, qui était le favori en 2006 avec l’incroyable imagination visuelle dont il avait fait preuve dans Children of Men. Mais il s’est alors fait battre par un autre directeur photo mexicain : Guillermo Navarro pour les images (léchées, raffinées…) de Pan’s Labyrinth.

Meilleurs effets spéciaux : Depuis longtemps, ce prix revient  par défaut au film qui élevait les effets visuels à de nouveaux sommets techniques (Star Wars, Jurassic Park, Titanic). Mais puisqu’on a peut-être atteint un plateau (rien ne s’est fait de mieux qu’Avatar jusqu’à présent, et on est rendu au point où l’on peut virtuellement tout faire), les critères changeront peut-être pour récompenser la meilleure utilisation artistique des effets spéciaux, ou leur plus grande beauté visuelle. C’est probablement pour cela que Planet of the Apes (la production avec les effets spéciaux les plus époustouflants et accomplis d’un point de vue technique) a été devancé par Hugo (film avec des effets parfois imparfaits, et bien moins présents, mais combien magnifiques).

Meilleur scénario original : Je n’ai vraiment pas adoré Midnight in Paris, de Woody Allen, même que je dirais qu’il s’agit d’un film ordinaire. Pourquoi le prix du meilleur scénario alors? Parce que l’académie aime y récompenser les histoires avec des virements inattendus ou ceux qui ont un concept original. L’histoire d’Allen a un concept original, il est mal développé et m’a ennuyer. Mais, il a un concept original.

Meilleurs direction artistique (décors) : C’était la dernière chance à l’académie, cette année, de remettre une statuette à Suart Craig, le concepteur des extraordinaires décors de toute la série de films d’Harry Potter. Il a été en nomination quatre fois pour la série. La première fois (2001, une année où cette catégorie était bondée d’excellents concurrents), il n’a pas gagné, ni les fois suivantes. On aurait pu le couronner hier soir, pour la 2e partie des Reliques de la mort, mais les membres de l’académie ont du se dire qu’il n’y avait rien d’extrêmement nouveau dans cet épisode. Hogwarts, on l’avait déjà vu. Morale: si vous voulez gagner un oscar, arrangez-vous pour que votre accomplissement soit concentré dans un seul film (ce qui est généralement le cas…)

Meilleur acteur : Qu’est-ce que dit Jean Dujardin à tous ceux qui ne voyaient en lui, il y a quelques années, qu’un comique éphémère  à l’humour trop juvénile? « Je vous ai tous cassés! »

"Je vous ai tous cassés!"



Les créateurs d’image

2012
02.24

Dans la précédente chronique, je vantais le talent de tous ces jeunes cinéastes qui réalisent des films de snowboard ou de skateboard; des créateurs polyvalents qui maîtrisent leur caméra avec brio et ne cessent de dénicher de nouvelles trouvailles visuelles pour filmer ces sports souvent spectaculaires. On trouve, parmi cette cohorte, une partie de la relève.

Les jeunes trippeux de films, autodidactes et polyvalents, qui arrivent avec un budget ridicule à confectionner seuls des courts-métrages de science-fiction à l’aide d’un simple ordinateur feront également partie des cinéastes de demain.

Mais il y a un hic.

Regardez cette vidéo.

C’est un bon flash, impeccablement réalisé. Un court-métrage de trois minutes franchement efficace.

Le problème : le réalisateur a signé un contrat avec la compagnie de production d’Adam Sandler, pour développer une adaptation, version long-métrage, de Pixels. Imaginez le concept étiré sur deux heures.

Voyez ce film maintenant.

Ambiance réussie, effets spéciaux impressionnants vu le bugdet total (300$). C’est d’ailleurs ce qui a poussé un studio a offrir illico un contrat au réalisateur (et un budget de 30 millions $) pour qu’il leur réalise un long-métrag.  L’avantage est évident : le cinéaste est capable de faire beaucoup avec très peu. Imaginez ce qu’il pourrait faire avec 30 millions (un budget relativement petit, pour Hollywood).

C’est le nouveau mot d’ordre dans les bureaux de dirigeants de studios: trouver le moyen de réduire les coûts des nouvelles productions (la multiplication de films de style « faux documentaire », à la Blair Witch Project ou Paranormal Activity, n’est pas étrangère à ce calcul). Et ces nouveaux jeunes cinéastes habitués à se débrouiller pour réaliser des films entiers dans leur cours avec une équipe de trois personnes sont exactement le profil recherché par Hollywood : ils pourront nous concocter des blockbuster tout aussi rentables, mais à prix ridicules. Le problème : ces jeunes talents sont d’excellents créateurs d’images, n’épargnant aucun détail, c’est pour cela qu’on les recrute. Mais sont-ils de bons raconteurs d’histoire?

Peut-être, mais dans le cas de Ataque de Panico, impossible à savoir. Il n’y a pas d’histoire, seulement une reconstitution réussie de scènes qu’on a déjà vu mille fois. La virtuosité technique et stylistique de Fede Alvarez, le réalisateur, n’est plus à prouver, mais on n’a aucune idée de ses compétences de « storytelling », une qualité quand même désirable lorsque l’on réalise un long-métrage. Un pré-requis qui n’a vraisemblablement pas été vérifié par le studio avant de signer un contrat au cinéaste. Pas important sans doute.

Ça nous donne une idée des films qui s’en viennent. Attendez-vous d’ailleurs à bien métropoles détruites par des envahisseurs.



Incubateur extrême

2012
02.21

Il est largement reconnu que La course destination monde a été un laboratoire incomparable pour des jeunes talents qui sont devenus les cinéastes d’aujourd’hui, tout comme l’a été l’ONF quelques décennies plus tôt. Aujourd’hui, ce rôle d’incubateur pourrait probablement être attribué à l’industrie des films de sports extrêmes, en particulier les films de snowboard, skateboard, ski, et autre.

Pourquoi? Parce c’est un secteur qui comporte bien plus que l’avalanche d’images filmées par des caméras miniatures fixées à des casques que l’on peut visionner sur YouTube. On y retrouve depuis plusieurs années une foule de jeunes créateurs autodidactes et polyvalents qui débordent d’ingéniosité pour trouver un nouveau décor, un nouveau point de vue, un nouvel angle, un nouveau mouvement, pour nous montrer ce que l’on croit avoir déjà vu 100 fois.

On peut regarder ce secteur audio-visuel de haut, réservé aux jeunes trippeux, certainement pas aux grands artistes diront certains. Mais force est de constater que ces jeunes passionés d’image ont été parmi les premiers à adopter les nouvelles technologies abordables de montage et tournage en haute définition, pour montrer, avec peu de moyens, la prouesse visuelle dont ils sont capables. Ils sont passés maîtres dans l’art des gros-plans, de la profondeur de champ, du décadrage, des ralentis, de l’utilisation de la musique, des décadrages, de la retouche de couleur en post-prod, etc.

Et ceux qui réussissent à percer dans ce bassin contingenté se voit accorder des moyens impressionnants (hélicoptère, grues…) pour pousser leurs idées encore plus loin. Bien sûr, ce n’est pas que pour l’art, il y a toute une machine commerciale derrière ça. Les planchistes et les réalisateurs sont subventionnés par les grandes compagnies d’équipement, de vêtements et par Redbull, donc leurs films deviennent de grands messages publicitaires de haute qualité. Mais cela n’enlève rien à l’imagination et au grand sens de l’esthétisme dont ils font preuve, image après image, et qui permet à certains d’entre-eux de se faire remarquer pour devenir la relève dans le monde de la pub, de  la musique et même à Hollywood. Comme Spike Jonze, réalisateur doué de Being John Malkovich et Adaptation, de nombreux vidéoclips et publicités célèbres et de ce segment d’ouverture du film de skate Fully Flared :

Toutefois, il y a un désavantage à tout ce phénomène, je l’explique dans ma prochaine chronique.