Archives du cahier ‘Société’

L’énigme du mandat

2012
07.23

Je dois d’abord mentionné, pour ceux qui ne le savent pas, que je suis moi-même employé de la Société Radio-Canada.

Le mandat, le rôle et les accomplissements de Radio-Canada sont toujours source de débats généralement bien sentis.

Michel Kelly-Gagnon, PDG de l’Institut économique de Montréal (IEDM), a publié il y a quelques jours dans les publications de Québécor une chronique intéressante, ou il développe son point de vue sur ce que devrait être la société d’état.

Deux observations d’abord. Premièrement, il est intéressant de voir que le désir de voir Radio-Canada offrir une programmation moins populaire, plus approfondie, ne soit pas uniquement manifesté par une certaine élite intellectuelle et culturelle plus “gauchiste”, mais également par ces intervenants médiatiques qui se réclament plutôt du conservatisme économique, comme M. Kelly-Gagnon (et il est également intéressant de remarquer que M. Kelly-Gagnon défende l’importance une émission de vulgarisation scientifique comme Découverte, alors que Nathalie Elgrably-Lévy, l’une des portes-paroles principales de l’organisme qu’il préside, soit une des “climato-sceptiques” les plus convaincus des médias québécois). Deuxièmement, j’ai beau chercher sur le site de CBC Music, je n’arrive pas à trouver de musique de Lady Gaga comme il l’affirme. J’y trouve plutôt de la musique d’artistes canadiens, dont la plus populaire est probablement Feist. Cela ne change pas grand chose à son propos, mais il ne faudrait tout même pas faire croire que Radio-Canada diffuse gratuitement la musique commerciale américaine si ce n’est pas le cas…

Maintenant, deux questions suite au commentaire de M. Kelly-Gagnon, qui argumente que Radio-Canada devrait plutôt concentrer sa programmation sur des émissions de service et d’intérêt public, et non de variétés et de divertissement, afin de ne pas faire compétition au milieu privé. Un point de vue qui mérite franchement d’être considéré avec sérieux. Voici mes deux questions:

  1. Les émissions de variété, ou quizz télévisés, servent entre autre à générer des cotes d’écoute, pour améliorer la visibilité des émissions moins “vendeuses” et pour augmenter les revenus publicitaires, qui participeront au financement des activités moins rentables de la société, comme des émissions scientifiques, comme des émissions d’information de qualité, comme une radio sans publicité. Si nous choisissons de couper ces émissions plus populaires et un peu plus vides de contenu, il faut alors accepter que Radio-Canada sera moins regardé/écouté, et donc que ses revenus publicitaires chuteront. M. Kelly-Gagnon tient-il alors à ce que le gouvernement fédéral, pour pallier à ce manque budgétaire, augmente le montant qu’il alloue à la société d’état, une position qui me semble en contradiction avec les positions économiques habituelles de l’IEDM? D’ailleurs, il est à noté que la contribution annuelle moyenne de chaque Canadien est d’environ 30$. Bien moins que la moyenne de 80$ des pays occidentaux. Bien moins que les quelques 130$ annuels per capita pour la BBC en Grande-Bretagne. Alors que la BBC doit offrir tous ses services dans une seule langue officielle, que son territoire à couvrir est bien moins grand, et qu’il y a près de deux fois de plus de contribuables là-bas qui participent au financement du diffuseur public (bref, Radio-Canada doit présentement couvrir plus large, dédoubler son service en deux langues, et cela avec bien moins de revenus…)
  2. Si jamais on choisit d’aller dans la direction prônée par M. Kelly-Gagnon, et qu’il en résulte alors une baisse de l’auditoire, cela ne risque-t-il pas de déclencher une réaction en chaîne pour une baisse continuelle du budget de la société d’état? Si l’auditoire baisse, tous les défenseurs d’une gestion “plus efficace” des fonds publics ne questionneront-ils l’obligation pour tous de payer pour un service utilisé par une minorité de la population, “l’élite” diront certains? Présentement, une partie de la légitimité de Radio-Canada (francophone) repose sur ses bonnes côtes d’écoutes. Si Radio-Canada devient plus élitiste, ne sera-t-il pas encore plus difficile de justifier son existence et l’utilisation de fonds publics nécessaires à son fonctionnement?

On est encore loin des réponses.

Le monstre en moi

2012
07.11

Il est difficile d’entendre parler de la tragédie familiale à Warwick sans songer au cas de Guy Turcotte.

Et cela me rappelle toutes les personnes qui ont personnellement jugé le Dr. Turcotte en disant que “heille y’é-tu dégueulasse, il a tué ses enfants” et que eux, en pareilles circonstances n’auraient jamais été jusque là.

Je crois qu’aucune des personnes qui a tenu de tels propos ne sait de quoi elle parle.

Moi-même, je vous le dis tout de suite, il n’est pas impossible que je tue ma fille un jour. Même si l’acte est absolument horrible, je ne peux jurer que je ne le ferai pas.
Pour la simple et bonne raison que je n’ai aucune idée de la façon dont je pourrais réagir si des circonstances exceptionnelles me poussaient dans une dépression profonde et me faisaient péter les plombs, perdant ainsi la raison. Je n’ai jamais encore connu cet état, j’espère bien ne jamais le connaître d’ailleurs, et je ne sais tout simplement pas ce qu’il pourrait m’emmener à faire. Et personne ne peut prétendre savoir à l’avance quelles seraient ses actions dans une telle situation.

Je suis à peu près convaincu que Jocelyn Marcoux, le père qui s’est suicidé après avoir tué ces enfants à Warwick, n’aurait jamais osé imaginer, il y a quelques mois à peine, qu’il enlèverait la vie à ses enfants un jour. Pourtant il l’a fait.

Il vient un temps, où nous pouvons perdre tout contrôle. Personne n’y est à l’abri. C’est ce que nous rappelle douloureusement ce drame.

Pessimisme

2012
07.09

État du monde:

Encore un peu partout, dans le métro, dans les rues, dans les centres d’achat: des jeunes habillés de couleurs fluos à en décoller la rétine, des gars qui ont les coupes de cheveux des New Kids on the Block…

Plus encore que des peuples qui votent à répétition pour le plus corrompu des candidats, plus encore que les grandes banques insouciantes qui n’ont jamais cessé leurs pratiques irresponsables qui ont fait planté l’économie en 2008, plus encore que les pays du G20 qui regardent impuissants les massacres se dérouler en Syrie; la meilleure preuve que l’homme n’apprend pas de ses erreurs est bel et bien ce glorieux retour de la mode du début des années ’90.

Il n’y a pas d’espoir.

La désamorce

2012
05.24

L’exposition « Sexe, l’expo qui dit tout », qui a été développée pour le Centre des Sciences de Montréal et qui est présentement à Ottawa, est une honte nationale. En fait, pour être plus précis, elle est « insultante pour les contribuables » selon le bureau de notre ministre du Patrimoine, James Moore.

Les groupes religieux pour la famille la dénoncent aussi, disant qu’elle encourage les relations sexuelles hors-mariage et homosexuelles. Décortiquons l’argument : puisque l’exposition ose présenter ces différents concepts, elle en fait automatiquement la promotion? Selon cette logique absurde, on pourrait argumenter que le cours d’Éthique et culture religieuse fait la promotion de la religion (oups, y’en a qui le croit…). Ou que le cours d’histoire du Québec, qui nous parle entre autre des combats des patriotes, d’Octobre ’70 ou des deux référendums encourage la souveraineté québécoise. Même logique.

Mais on va s’entendre sur quelque chose. Cette exposition n’en est pas une d’introduction à la sexualité. C’est plutôt un exercice de désamorçage. La grande majorité des adolescents qui visiteront cette exposition ne découvriront rien, ils ont déjà tout vu sur le web. Fellation, pénétration anale, simple ou double, orgies, sexe entre hommes, sexe entre femmes, masturbation, tout y est, facilement accessible. Les logiciels de contrôle parental sont peut-être utiles pour protéger les enfants, mais pas les ados qui, s’ils n’ont pas accès à ces images et vidéos chez eux, pourront les voir sans problème chez un ami. Et contrairement à ce que pourraient croire les divers groupes religieux de défense des valeurs traditionnelles, une telle exposition ne détruira jamais l’innocence et la pureté des moeurs de leurs enfants. À leur âge, c’est déjà gâché, ils ont tout vu. Une introduction malsaine à la sexualité, dans laquelle s’accumulent relations physiques dénuées d’affection, comportement irrespectueux, exploits acrobatique, bref, rien qui ne ressemble à la réalité.

Et c’est cela qu’il faut désamorcer : cette vision d’une sexualité fantasque, mise sur un piédestal, source de complexes pour tous ces jeunes qui n’arriveront jamais à égaler tous ces ébats spectaculaires. Désamorcer, ces scènes mal filmées et leur apprendre c’est quoi la base, qu’est-ce qui est normal, qu’est-ce qui existe pour vrai, qu’est-ce qui est sain et beau. C’est ce que fait cette exposition.

Et c’est, semblerait-il, insultant pour les contribuables.

Saisir le sens

2012
04.06

J’affirmais, il y a peu, que dans tout le débat sur la hausse des droits de scolarité, l’argument voulant que les manifestants n’ont pas à chialer puisqu’ils ont des cellulaires et boivent de la sangria ne tient pas la route. Je tiens à rajouter cette réflexion.

Ceux qui soutiennent que les étudiants capables d’effectuer des dépenses non-essentielles ne devraient pas manifester (puisqu’ils peuvent se permettre une hausse des droits de scolarité) se trompent.

Il y a un point, fondamental, qu’ils n’ont pas saisi.

La majorité des étudiants dans les rues aujourd’hui seront peu ou pas affectées par ces hausses, qui atteindront leur pleine ampleur dans cinq ans seulement. Ce n’est pas pour eux-mêmes, pour leur propre compte en banque, qu’ils crient. Ils se battent pour un principe, pour ceux qui leur succèderont, et surtout, pour les milliers parmi eux (une minorité peut-être) qui viennent de milieu modestes, qui n’ont réellement pas les moyens de se payer un téléphone intelligent, et qui risquent d’être touchés plus durement par la hausse.

Les étudiants se battent pour leur prochain, pour l’autre, pour leur collègue qui peine à s’en sortir. Pas pour leur intérêt personnel.

Un concept peut-être difficile à saisir pour les nombreux commentateurs (souvent issus d’une certaine droite économique) qui dénoncent le mouvement de grève en la présentant comme une lutte menée par des égoïstes qui ne veulent payer leur part. Si je voulais être baveux, je me demanderais si ces critiques comprennent le sens du mot solidarité.

Mission accomplie

2012
04.02

État du monde:

Ce matin, scène absurde au terminal d’autobus de Longueuil.

Les files devant les guichets automatiques de recharge de cartes Opus sont trois fois plus longues que celle devant les comptoirs vitrés avec un service offert par de vrais humains. Le roulement est bien plus rapide avec ces 6 caissiers, mais les utilisateurs qui patientent devant les guichets ne semblent pas s’en rendre compte, au grand plaisir des personnes, comme moi, qui préfèrent s’acheter des passes d’autobus de façon rustique traditionnelle.

Mission accomplie pour ceux qui tentent de nous faire croire, depuis des années, que les machines sont plus efficaces que les humains, facilitant ainsi la réduction de la main d’oeuvre.

Le droit de chiâler

2012
03.23

Sur la question des revendications étudiantes qui anime la société québécoise présentement, honnêtement, je n’ai pas d’opinion claire et définitive. J’entends et je lis autant de bons arguments pour ou contre la gratuité et la hausse des droits de scolarité.

Toutefois, s’il est un aspect de ce débat qui me semble absurde, c’est cette critique courante envers les étudiants, leur reprochant de dénoncer les hausses alors que la plupart d’entre eux peuvent se payer un téléphone cellulaire.

Il y a plein de bonnes raisons pour être en faveur de la hausse des droits, mais soutenir que les étudiants n’ont pas le droit de critiquer à moins qu’ils ne soient dans un mode de survie financière identique à celle d’un moine tibétain n’en est pas une.

Parce que si l’on accepte, en tant que société, la légitimité de ce genre d’argument, disant que ceux qui on a la capacité de faire des dépenses non-essentielles ne peuvent pas chialer contre une hausse de tarifs (puisqu’ils peuvent se la permettre), et bien disons que virtuellement plus personne n’aura le droit le critiquer quelconque hausse de taxes, d’impôt ou de tarifs imposée par le gouvernement.

Et perdre ce droit de dénoncer les hausses de taxes, cela ferait de la peine à bien du monde, à commencer par ceux qui reprochent aux étudiants de prendre plus d’une bière par semaine.

Que me dites-vous? Que le cas des étudiants est différent puisque la majorité des coûts de leurs études est subventionnée par les contribuables? Qu’on devrait se garder une petite gêne et ne pas dépenser autant lorsque l’on dépend en partie des impôts que paient les autres?

À ce que je sache, la grande majorité de la population bénéficie d’une manière ou d’une autre de subventions gouvernementales, d’un service financé par la société, que ce soit les allocations familiales, les frais de scolarité du primaire ou du secondaire des enfants, les garderies subventionnées, le chômage, des traitements médicaux. Est-ce que tous ces gens devraient, comme les étudiants, réduire leurs dépenses au strict minimum?

Que me répondez-vous? Que les étudiants ne font que demander mais ne donnent pas puisque, contrairement au travailleur moyen, ils ne paient pas d’impôt et ne contribuent pas au financement des services dont ils sont bénéficiaires?

C’est vrai. Mais vous vous attendez à quoi? Ils sont des étudiants. Leur occupation à temps plein (étudier) ne leur donne pas un sous (pour l’instant), et les emplois qu’ils occupent à temps partiels, dans leurs temps libres, de soir ou de fin de semaine, sont souvent payés au salaire minimum puisqu’ils n’ont pas encore de diplôme. Bien sûr qu’ils ne contribuent pas encore aux finances de l’état, ils ne sont pas rendus là. Quelle sera la prochaine étape, demander aux élèves du secondaire de payer une partie du salaire de leurs profs, parce qu’ils ne font que recevoir des services sans donner en retour?

Je le répète, il y a une foule d’arguments cohérents pour justifier une hausse progressive des droits de scolarité (un exemple ici), mais celui qui reproche aux étudiants de se permettre des petits luxes ne tient pas la route.

Engagement 2.0

2012
03.22

Depuis près de deux semaines, une vidéo de trente minutes, Kony 2012, fait fureur sur le web. Dans ce document promotionnel, l’organisme à but non-lucratif Children Invisible, explique les actions de Joseph Kony un chef rebel ougandais qui terrorise les régions où ils passent, exploitant des milliers d’enfants, les obligeant parfois à prendre les armes pour assassiner leurs confrères.

La vidéo invite ensuite les spectateurs à prendre part à un vaste mouvement pour faire connaître Kony à l’ensemble de la planète, ce qui incitera les autorités à le capturer d’ici la fin de l’année. Ainsi, l’organisme demande au spectateurs de participer, le 20 avril, à une journée de mobilisation globale pour poser des affiches partout partout partout. La vidéo est d’une grande efficacité et a été visionnée, à ce jour, plus de 80 millions de fois, un succès rare sur YouTube.

Plusieurs ont déjà commencé à questionner différents aspects de cette campagne de sensibilisation virale, et moi-même il y a deux éléments qui me chicotent dans cette histoire.

D’abord, pour présenter aux spectateurs qui est Kony, le réalisateur/protagoniste, Jason Russel, se met en scène, assis à une table, avec son jeune fils de 5 ans, absolument blond donc mignon. Il sort des photos et lui explique, en même temps qu’à nous, qu’est-ce qu’a fait cet homme, avec une rhétorique de bons vs. méchants. Le garçon, dans sa charmante naïveté, ne peut évidemment comprendre comment quelqu’un puisse commettre de telles atrocités.

J’ai beau y réfléchir, je n’arrive pas à comprendre pourquoi avoir choisi de présenter la chose de cette façon, au travers des questionnements incrédules d’un enfant. Pour influencer la perception des spectateurs en leur imposant l’interprétation du bambin (« Papa, pourquoi le méchant n’est pas en prison»)? Pour utiliser les ingrédients classiques d’un succès sur YouTube, à savoir le pathos d’un enfant innocent, pour garantir un maximum de visonnements? Ou, pire encore, parce que l’organisme derrière cette campagne prend pour acquis que les millions de téléspectateurs auront la même compréhension des enjeux complexes de ce monde qu’un enfant de cinq ans?

D’une manière ou d’une autre, c’est rien de très édifiant.

(Petite paranthèse vache : Vendredi dernier, Jason Russel a été arrêté pour avoir paradé avec extravagance, nu dans la rue, et avoir vandalisé des voitures. Le résultat d’une psychose causée par la soudaine célébrité, selon sa femme. Si j’étais lui, je commencerais d’abord par expliquer cela à fiston.)

L’autre chose qui me trouble, c’est le message général du phénomène : « Allez, venez nous aider dans cette cause que je viens de vous expliquer avec démagogie. Vous pouvez faire partie du mouvement qui enverra un monstre derrière les barreaux. Impliquez-vous dans la construction d’un monde meilleur. Vous n’avez qu’à partager cette vidéo, faites connaître le nom de Kony. Clic. »

Sont pas fous ceux qui ont fait la vidéo. Ils savaient bien que pour créer un engouement massif parmi cette jeune génération branchée, multitâche, habituée à l’instantanéité et à visionner en rafales des vidéos sur le web; bref, pour demander la contribution de 80 millions de personne et qu’ils acceptent, il faut que leur tâche ne soit pas trop compliquée.

Mais je me demande si cette stratégie n’a pas pour effet pervers de faire croire aux gens qu’il est plus facile que jamais de sauver le monde. Pas besoin de participer à des rencontres, pas besoin de faire du porte à porte, pas besoin de donner des conférences pour faire connaître une cause, pas besoin de manifester, pas besoin de faire des levées de fond, pas besoin de rencontrer des politiciens. Diffusez la vidéo, c’est tout. Et au mieux allez poser quelques affiches, mais seulement pendant une nuit (mais je serais curieux de voir combien de personne répondront réellement à l’appel, puisque le buzz de la vidéo sera vraisemblablement terminé le 20 avril prochain). C’est tout, on ne vous en demande pas plus.

Cette vidéo a probablement permis de sensibiliser des millions de personnes à une réalité dont ils se seraient normalement foutues, et cela est une excellente chose. Mais je ne peux m’empêcher de me demander : avec toutes ces campagnes d’information 2.0 sont Kony 2012 est le plus fier représentant, combien de personnes qui, autrefois, se seraient engagées de façon plus significative dans diverses causes, vont désormais se contenter d’un clic sur le web, croyant ainsi qu’ils font leur juste part pour l’amélioration de l’humanité?

Restructuration

2012
03.13

Étant en vacances, je suis passé il y a quelques jours, dans un marché au puces de Floride, le Pink Flamingos Flea Market. Le lieu, dont la moyenne d’âge des visiteurs doit avoisiner les trois quarts de siècle, est bondé de kiosques présentant bidules en tout genres: lunettes fumées cheap, colliers et breloques surchargées, jouets en plastique multicolores fragiles, décorations en verre coloré. Peu d’objet artisanaux, beaucoup de produits industrialisés.

Et me vient alors cette question. Tous ces bibelots à rabais, fondamentalement ridicules et inutiles selon mes valeurs, et surtout, tous ces millions (voir ces dizaines ou centaines de millions) de personnes nécéssaires pour leur conception, leur fabrication et leur vente… Que pourrait-on atteindre, en tant qu’humanité, si tout cette force pouvait être dévouée à des choses plus pertinentes?

Les réels dangers du web

2012
03.05

Parmi les nombreuses tendances déclenchées par internet et des sites comme YouTube, il y a bien sûr la prolifération de vidéos de sports extrêmes, hybrides et et inusités (snowboard en pleine ville, paraski, parkour…) dans des milieux naturels spectaculaires ou des sites urbains inattendus. Cela donne des résultats souvent spectaculaires, où la prouesse des “athlètes” et leur sang froid impressionne. L’humain moderne et branché étant toujours à la recherche de la nouvelle trouvaille qui attirera l’attention sur cette toile surchargée, les limites de ce que l’on peut faire sont constamment repoussées.

Et on en vient à filmer ça.

Le ton festif et juvénil est donné, la musique le confirme : le trike drifting est une activité haute en adrénaline et accessible, qui vous garantit un bon temps avec vos chums et plusieurs clics potentiels sur Youtube si vous filmez le tout.

Et tout ça est franchement trippant, jusqu’au jour où une voiture te ramasse et te tue, comme c’est survenu en Beauce il y a quelques jours, dans un accident de couchsurfing. Je pourrais mettre ma main au feu que tous les amis de la victime qui ont participé à cette activité aux conséquences tragiques (et prévisibles), ont déjà vu ce type de vidéo sur le web.

Et qu’ils ont trouvé ça “cool”.

Et qu’ils ont voulu, eux aussi, avoir l’air “cool”, ce qui les a poussé à prendre part à cet effet de gang virtuel.

Et que si de tels vidéos n’existaient pas en ligne, François Hallé serait en vie aujourd’hui.

Évidemment, la liberté d’expression règne ici et on peut tout montrer, ou presque, sur Youtube. Il ne faudrait pas que l’on commence à bannir tous ces films, puisqu’à partir de ce moment, où sera la limite des censeurs?

Mais ces vidéos qui font la naïve promotion d’activités illégales, largement visionnées et donc célébrées, sont d’une irresponsabilité sociale ahurissante.