Archives du cahier ‘Philosophie’

Le monstre en moi

2012
07.11

Il est difficile d’entendre parler de la tragédie familiale à Warwick sans songer au cas de Guy Turcotte.

Et cela me rappelle toutes les personnes qui ont personnellement jugé le Dr. Turcotte en disant que “heille y’é-tu dégueulasse, il a tué ses enfants” et que eux, en pareilles circonstances n’auraient jamais été jusque là.

Je crois qu’aucune des personnes qui a tenu de tels propos ne sait de quoi elle parle.

Moi-même, je vous le dis tout de suite, il n’est pas impossible que je tue ma fille un jour. Même si l’acte est absolument horrible, je ne peux jurer que je ne le ferai pas.
Pour la simple et bonne raison que je n’ai aucune idée de la façon dont je pourrais réagir si des circonstances exceptionnelles me poussaient dans une dépression profonde et me faisaient péter les plombs, perdant ainsi la raison. Je n’ai jamais encore connu cet état, j’espère bien ne jamais le connaître d’ailleurs, et je ne sais tout simplement pas ce qu’il pourrait m’emmener à faire. Et personne ne peut prétendre savoir à l’avance quelles seraient ses actions dans une telle situation.

Je suis à peu près convaincu que Jocelyn Marcoux, le père qui s’est suicidé après avoir tué ces enfants à Warwick, n’aurait jamais osé imaginer, il y a quelques mois à peine, qu’il enlèverait la vie à ses enfants un jour. Pourtant il l’a fait.

Il vient un temps, où nous pouvons perdre tout contrôle. Personne n’y est à l’abri. C’est ce que nous rappelle douloureusement ce drame.

Restructuration

2012
03.13

Étant en vacances, je suis passé il y a quelques jours, dans un marché au puces de Floride, le Pink Flamingos Flea Market. Le lieu, dont la moyenne d’âge des visiteurs doit avoisiner les trois quarts de siècle, est bondé de kiosques présentant bidules en tout genres: lunettes fumées cheap, colliers et breloques surchargées, jouets en plastique multicolores fragiles, décorations en verre coloré. Peu d’objet artisanaux, beaucoup de produits industrialisés.

Et me vient alors cette question. Tous ces bibelots à rabais, fondamentalement ridicules et inutiles selon mes valeurs, et surtout, tous ces millions (voir ces dizaines ou centaines de millions) de personnes nécéssaires pour leur conception, leur fabrication et leur vente… Que pourrait-on atteindre, en tant qu’humanité, si tout cette force pouvait être dévouée à des choses plus pertinentes?

Palmarès de bonheur

2011
12.15

« Pis, est-ce que c’était le plus beau jour de ta vie? » m’a demandé mon amie le lendemain de l’accouchement qui a officiellement fait de moi un père. « Entre ça et le jour de ton mariage? »

Une question que j’aurais facilement pu poser, mais qui est vachement plus difficile à répondre.

D’abord, parce qu’il faudrait bien que je prenne le temps d’y réfléchir pour ne pas répondre n’importe quoi. Repassons en mémoire la quantité de jours où j’ai passé des moments mémorables: il doit bien y avoir des journées dans mon enfance (et même dans mon âge adulte) où une visite dans un parc d’attraction de Disney m’a émerveillé au plus haut point, à moins que ce soit une journée de pouce au Mexique où la simplcité et la sincérité des nombreuses rencontres faites m’a empli d’une chaleur difficile à expliquer. Ou plutôt une simple journée passée à lire des livres et faire un feu de camp en forêt avec ma douce? Pas évident comme question, quels sont les critères d’évaluation?

Mais cette question est aussi difficile parce qu’un accouchement n’est pas nécessairement un événement heureux du début à la fin. Il y a de l’angoisse, de la douleur, de l’attente. Et au moment où le bébé se reposait, en pleine forme, sur la poitrine de ma douce, il y a évidemment le soulagement qui se mêle à la fatigue, mais ais-je été envahi d’une déferlante vague de joie infinie? Pas exactement.

Du bonheur, ça oui; un amour inconditionnel pour ce petit bout de chair aussi. Et cette phrase continuelle que je répétais dans ma tête pour comprendre le moment (et peut-être mieux l’apprécier) : « Je suis père, je suis père. Et ce petit coquillage rose devant moi, encore inconnu à mes yeux, n’est pas un bébé comme tous les autres que j’ai vu auparavant. C’est le mien. » Mais pas d’illumination céleste foudroyante qui me fait soudainement réaliser le sens de ma vie, comme on peut parfois s’y attendre à écouter les gens qui nous parlent de l’immense bonheur qui accompagne le fait d’être parent.

Je crois fondamentalement que la famille est probablement la chose qui peut nous combler le plus. Je crois également qu’Emmanuelle deviendra le trésor le plus précieux de ma vie, avec ses frère et sœurs qui arriveront peut-être un jour. Mais cet amour profond, cette douce extase, se construisent graduellement, dans les minutes, les jours et les mois qui suivent l’arrivée du bébé. Ils n’apparaissent pas soudainement au moment où le médecin la dépose entre nos bras et que nous sentons son odeur si unique. Et c’est probablement mieux ainsi.

Ce qui me fait repenser à la question de mon amie. Et je me demande…

Pourquoi chercher à toujours vivre les grandes émotions les plus fortes possibles. Pourquoi organiser nos évènements heureux en palmarès. Dans notre société de compétition, est-ce que même nos instants magiques doivent tenter de se surpasser entre eux? Si jamais l’accouchement n’est pas le plus beau jour de ma vie, cela en fait-il un petit échec? Cette logique ne favorise-t-elle pas les bonheurs éphémères d’une intensité inouïe au détriment de ceux, plus solides qui se bâtissent plus lentement? Et surtout, ce modèle de plaisir n’altère-t-il pas lentement tout ce qui nous entoure : les films qui sont produits, les textes que nous choisissons de lire, les relations amoureuses que nous recherchons?

Alors je réponds clairement à mon amie : le jour de mon mariage a été plus beau que celui de l’accouchement. Parce que tout y était en condensé : un endroit fabuleux en pleine nature, tous mes proches que j’aime tant réunis, mon amoureuse…

Mais la complicité quotidienne que j’entretiens avec ma douce me comble plus que la journée de mon mariage. Et je parie que l’aventure qui est débutée le 13 novembre dernier me fera entrevoir des moments de bonheur que je ne peux même pas encore imaginer.

Mais ça ne résume pas à une seule journée.

La force que je n’ai pas

2011
11.11

Je ne crois pas que j’aurais eu ce courage.

Je ne peux en être convaincu, puisque je n’ai pas vécu l’époque, la situation qu’eux ont connu. Peut-être que ça aurait été différent si j’avais été dans le même contexte social et que j’avais expérimenté la lourde réalité d’une guerre, mais j’en doute. Et je suppose que la majorité des gens autour de moi n’auraient pas eu autant de couilles non plus.

Prendre les armes et partir au front pour défendre ma femme, mes futurs enfants, mes frères et soeurs, ma famille, mes proches, les enfants du voisin, mon quartier, mon pays au complet, pour leur assurer un futur heureux que je n’aurai peut-être pas la chance de voir? Pas capable.

C’est sûr que quand on part pour la guerre, on croit que l’on va revenir, du moins on l’espère. Mais on doit être bien conscient que notre survie n’est pas assurée, et il y en a quand même qui y vont, allant risquer leur vie pour s’assurer que les autres vivent en paix. S’investir, risquer de se sacrifier pour un “greater good” qu’on ne connaîtra peut-être pas? Par égoïsme, je crois que j’ai trop le goût de vivre ma vie et profiter de ses plaisirs pour la sacrifier pour les autres. Et je n’en suis pas nécessairement fier.

Bien sûr, de tous les temps, il y a d’autres raisons moins nobles qui poussent des hommes et femmes à décider de s’enrôler (quand ils n’y sont pas obligés): la propagande pour des raisons politiques et économiques, l’esprit guerrier malsain. Mais parmi tous ceux dont nous nous souvenons aujourd’hui, plusieurs ont été motivés par ce (grand) désir de faire leur part pour assurer l’amélioration du monde, en acceptant d’accorder plus d’importance à leur entourage qu’à eux-mêmes.

Ils méritent notre respect.

Le point tournant

2011
11.07

Il y a quelques jours, nous avions l’impression que le moment était arrivé, ça y est, ça s’en vient. C’était un feeling.

Puis, ma blonde a vu son obstétricienne. Aucunement dilatée, le col est au beau fixe. Depuis, le momentum est passé. On attend, on fait notre routine, on oublie presque que c’est proche.

Dans le cours de la vie de la plupart des gens, la naissance d’un premier enfant est probablement l’un des moments les plus importants, un de ceux qui changent le plus le cours des choses. Il y a clairement un avant et un après.  Bien sûr, le fait d’avoir un enfant ne nous empêche de pas de vivre la vie et pratiquer les activités que nous avions lorsque nous étions deux, mais la dynamique change considérablement. On devient parent, dorénavant une personne dépendra de nous constamment, et cet état n’est pas éphémère.

Et ce que cet événement a de particulier, c’est que la majorité des autres grands de moments d’une vie arrivent à un moment précis connu d’avance. Que ce soit une célébration, un mariage ou un voyage, on sait combien de temps, de dodos, il nous reste avant que l’on passe à un autre mode. Pas dans le cas d’une naissance. Bien sûr, il y a un compte-à-rebours qui existe quelque part dans les hormones de ma conjointe, mais nous ne pouvons tout simplement pas savoir quand cela surviendra.

Alors on attend.

On met les valises dans le char. On fait de la bouffe pour congeler. On termine de temps en temps de petits détails de décoration dans le chambre du poupon. Bref, petite routine, au quotidien, sans savoir si aujourd’hui sera notre dernier moment de “vie normale” à deux. On aurait beau tenter prévoir, pour savourer nos derniers instants communs, on ne le saura jamais. Chaque jour qui se lève peut se terminer avec un bébé dans nos bras. Que ce soit de semaine, de week-end, de jour ou de nuit, le grand moment est capricieux et décidera d’arriver quand bon lui semblera, sans aucun égard à ce que l’on prévoyait (je lui soupçonne même d’être coquin et de survenir au moment ou on s’y attendra le moins, ou lorsqu’on aura la tête ailleurs).

À une époque où presque tout est prévu et planifié, la nature a toujours le moyen de nous rappeler que dans ce qui est le plus fondamental, elle a généralement le dernier mot.