« Pis, est-ce que c’était le plus beau jour de ta vie? » m’a demandé mon amie le lendemain de l’accouchement qui a officiellement fait de moi un père. « Entre ça et le jour de ton mariage? »
Une question que j’aurais facilement pu poser, mais qui est vachement plus difficile à répondre.
D’abord, parce qu’il faudrait bien que je prenne le temps d’y réfléchir pour ne pas répondre n’importe quoi. Repassons en mémoire la quantité de jours où j’ai passé des moments mémorables: il doit bien y avoir des journées dans mon enfance (et même dans mon âge adulte) où une visite dans un parc d’attraction de Disney m’a émerveillé au plus haut point, à moins que ce soit une journée de pouce au Mexique où la simplcité et la sincérité des nombreuses rencontres faites m’a empli d’une chaleur difficile à expliquer. Ou plutôt une simple journée passée à lire des livres et faire un feu de camp en forêt avec ma douce? Pas évident comme question, quels sont les critères d’évaluation?
Mais cette question est aussi difficile parce qu’un accouchement n’est pas nécessairement un événement heureux du début à la fin. Il y a de l’angoisse, de la douleur, de l’attente. Et au moment où le bébé se reposait, en pleine forme, sur la poitrine de ma douce, il y a évidemment le soulagement qui se mêle à la fatigue, mais ais-je été envahi d’une déferlante vague de joie infinie? Pas exactement.
Du bonheur, ça oui; un amour inconditionnel pour ce petit bout de chair aussi. Et cette phrase continuelle que je répétais dans ma tête pour comprendre le moment (et peut-être mieux l’apprécier) : « Je suis père, je suis père. Et ce petit coquillage rose devant moi, encore inconnu à mes yeux, n’est pas un bébé comme tous les autres que j’ai vu auparavant. C’est le mien. » Mais pas d’illumination céleste foudroyante qui me fait soudainement réaliser le sens de ma vie, comme on peut parfois s’y attendre à écouter les gens qui nous parlent de l’immense bonheur qui accompagne le fait d’être parent.
Je crois fondamentalement que la famille est probablement la chose qui peut nous combler le plus. Je crois également qu’Emmanuelle deviendra le trésor le plus précieux de ma vie, avec ses frère et sœurs qui arriveront peut-être un jour. Mais cet amour profond, cette douce extase, se construisent graduellement, dans les minutes, les jours et les mois qui suivent l’arrivée du bébé. Ils n’apparaissent pas soudainement au moment où le médecin la dépose entre nos bras et que nous sentons son odeur si unique. Et c’est probablement mieux ainsi.
Ce qui me fait repenser à la question de mon amie. Et je me demande…
Pourquoi chercher à toujours vivre les grandes émotions les plus fortes possibles. Pourquoi organiser nos évènements heureux en palmarès. Dans notre société de compétition, est-ce que même nos instants magiques doivent tenter de se surpasser entre eux? Si jamais l’accouchement n’est pas le plus beau jour de ma vie, cela en fait-il un petit échec? Cette logique ne favorise-t-elle pas les bonheurs éphémères d’une intensité inouïe au détriment de ceux, plus solides qui se bâtissent plus lentement? Et surtout, ce modèle de plaisir n’altère-t-il pas lentement tout ce qui nous entoure : les films qui sont produits, les textes que nous choisissons de lire, les relations amoureuses que nous recherchons?
Alors je réponds clairement à mon amie : le jour de mon mariage a été plus beau que celui de l’accouchement. Parce que tout y était en condensé : un endroit fabuleux en pleine nature, tous mes proches que j’aime tant réunis, mon amoureuse…
Mais la complicité quotidienne que j’entretiens avec ma douce me comble plus que la journée de mon mariage. Et je parie que l’aventure qui est débutée le 13 novembre dernier me fera entrevoir des moments de bonheur que je ne peux même pas encore imaginer.
Mais ça ne résume pas à une seule journée.