Archives du cahier ‘Non-classé’

La restriction mentale

2011
04.04

Petite suggestion de lecture: cette entrevue de Anne-Caroline Desplanques avec Luc Lavoie. Son CV est long: ancien directeur de cabinet ministériel et porte-parole du gouvernement conservateur de Bryan Mulroney, ex-vice-président de Québécor, ex-vice-président de la firme de relations publiques National, bras-droit de Pierre-Karl Péladeau, ancien journaliste et aujourd’hui architecte (responsable du développement) de la future chaîne d’information continue anglophone Sun TV News, propriété de Québécor.

Selon Luc Lavoie, cette chaîne qui sera disponible dans 2 semaines, dont le slogan est Hard News and Straight Talk, s’inspirera alors du modèle de LCN pour offrir de l’information brute et des débats d’idées vigoureux portés par des animateurs vedette. Plusieurs croient que la ligne éditoriale sera résolument de droite et proche des idéaux du parti Conservateur, considérant le passé professionel de M. Lavoie, considérant les allégeances politiques de M. Péladeau et considérant que le premier promoteur du projet, Kory Teneycke, était l’ancien directeur des communications du premier ministre Harper.

Sun TV News se targue déjà d’oser aborder les sujets dont les autres médias (Radio-Canada, CTV…) ne parlent pas, et surtout, sans offrir les points de vue connus d’analystes universitaires qui ne représentent pas la majorité des canadiens. Parce que Sun TV News, elle, dira ce que les gens pensent. Enfin.

(D’ailleurs, détail en passant, juste avant qu’il ne soit à la tête de la gestation de cette chaîne d’information, il semblerait que le gouvernement Harper voulait que Luc Lavoie devienne vice-président du CRTC, organisme qui veille à la règlementation du monde des télécommunications. Réponse de Lavoie: non, seul la présidence l’intéresse.)

Extraits de l’entrevue :

Nous voulons travailler avec de bons communicateurs qui présentent l’information sous un jour différent en suscitant et en encourageant le débat. Les gens se reconnaissent dans ce type d’émission. C’est comme ça qu’ils discutent de politique autour de la machine à café au bureau, pas en écoutant un professeur de l’Université de Toronto.

L’année dernière, la question des détenus afghans a suscité énormément d’intérêt de la part des médias. C’est tiré par les cheveux comme enjeu. Des soldats à la guerre qui se font tirer dessus, qui prennent prisonniers les gens qui leur ont tiré dessus dans un pays souverain et qui les remettent aux autorités locales. Et il paraît que celles-ci ne sont pas gentilles avec les prisonniers, ben là! On a fait des sondages en demandant aux gens ce qu’ils pensaient de ce dossier et 95% n’en ont jamais entendu parler. Ce n’est pas parce que la gent journalistique est scandalisé qu’il y a un scandale pour le peuple.

Ceux qui ont lu mes billets précédant savent que cette réflexion est aux antipodes de ma philosophie. Il est totalement inutile, à mes yeux, qu’un média cherche à dire ce que les gens pensent déjà. L’importance d’avoir à l’antenne un spécialiste à l’opinion nuancé (ou élite déconnectée, selon la logique de Lavoie), c’est d’emmener les auditeurs à approfondir leur réflexion, à découvrir des complexités qu’ils n’avaient pas encore perçues, leur permettant ainsi de développer une opinion plus modéré, donc plus proche de la réalité (selon ma logique).

Et que dit Luc Lavoie lorsqu’on lui demande si le rôle des médias n’est pas justement d’élever le débat public?

C’est de la restriction mentale ça. L’information est un service. On n’est pas là pour juger à la place des gens ce sur quoi ils doivent réfléchir. Je n’ai pas de mission sociale. Ma mission est de connecter avec mon public.

En d’autres mots, obtenir de bonne cotes d’écoute pour satisfaire les annonceurs.

Dire qu’il aurait pu être à la tête du CRTC…

Les fondations de la démocratie

2011
04.01

Quand on y pense, c’est quand même curieux:

  1. Qu’un chef d’état, face à une accusation d’outrage au parlement, déclare que de toute façon, les Canadiens s’en foutent un peu de ces procédures parlementaires.
  2. Et qu’il est ait un peu raison; c’est vrai qu’ils s’en foutent.

Voyons les choses autrement…

Quand on visite une maison qu’on aimerait acheter, on regarde les dispositions des pièces, l’état des planchers, le type de fenêtres. Jamais, lors de ce premier coup d’oeil, on va se mettre à tester la solidité des fondation et des poutres dans les murs. Pas que c’est pas important, mais on préfère s’intéresser à la finition, à l’apparence, parce que c’est ce que nous allons voir au quotidien.

Et pour la structure, cet aspect qu’on ne remarque pas et qu’on connaît peu, on engage un inspecteur pour qu’il nous donne son avis. Parce qu’on est quand même bien conscient que sans une base solide et une construction rigide, la beauté des moulures du salon ne valent rien.

C’est un peu la même chose pour la démocratie. On est séduit par les mesures politiques rapides qui nous permettrons de récupérer quelques dollars en déductions quelconques, ou par un grand projet de société comme l’abolition du registres des armes à feu ou les subventions aux étudiants, mais tout ça, ce sont les aspects qui nous toucheront directement dans notre quotidien. Ce sont les moulures.

Le système politique qui permet de telles promesses repose, lui, sur des fondations normalement solides, un fonctionnement parlementaire clairement délimité qui assure un encadrement du gouvernement. Ces principes démocratiques sont nécessaires au bon fonctionnement de tout le reste, elle offre une certaine garantie que l’opinion d’une majorité de citoyens est respectée et que leur argent n’est pas dépensé irresponsablement, bref, que le parti au pouvoir gouverne au nom du peuple. Sans cette assurance, toutes les promesses et les idées ne valent rien.

Et qui est là pour indiquer aux citoyens les vices dans ces fondations politiques? Les journalistes.

Journalistes qui sont d’ailleurs malmenés ces jours-ci par le parti conservateur en campagne, qui les tient à l’écart et n’accepte de répondre qu’à 5 questions par jour. Faut dire qu’ils sont embêtants, ces journalistes. Ils s’acharnent à poser des questions qui déplaisent au Premier ministre. Pourquoi les répètent-ils? Ne voient-ils pas que Stephen ne veut pas répondre? Pourquoi ne se contentent-ils pas de retranscrire la promesse qu’il vient d’annoncer dans un décor minutieusement calculé?

Comme le disent des organisateurs conservateurs: “ils ne veulent pas rapporter la nouvelle, ils veulent la créer”! ‘Sont gossants…

Contrairement aux autres chefs de parti qui rigolent avec les journalistes et n’hésitent pas à répondre à chacune de leurs questions, à rencontrer les citoyens au hasard et à leur défendre leurs idées, Stephen Harper, lui, n’est entouré que de partisans sélectionnés, évite les questions qui l’agacent, affirme ouvertement qu’il préfère faire campagne à travers le pays plutôt que débattre de ses idées avec ses adversaires et profite de tout cet environnement contrôlé pour faire des déclarations savamment concoctées souvent facilement contestables par les faits.

Et c’est un peu dommage, je trouve. Parce que l’idéologie conservatrice, de droite, est une philosophie tout à fait légitime qui peut facilement être défendus par des arguments cohérents. Mais en choisissant comme stratégie de fabriquer une image hyper-contrôlée pour imposer un discours grossièrement mensonger, l’équipe de Harper laisse croire que la seule façon de défendre le conservatisme est en leurrant la population.

Pourquoi ne pas choisir de défendre leurs idées honnêtement? Est-ce parce qu’ils sentent qu’elles ne passeraient pas de cette façon?

J’en parlerai dans un prochain billet…

Séduction de savane

2011
03.24

En cette période de campagne électorale fédérale, d’élections un peu broches à foin en Haïti et surtout, d’un débat autour des résultats du premier tour des présidentielles au Bénin (quoi, vous n’étiez pas au courant ?), je vous propose un petit regard sur la campagne électorale béninoise précédente, il y a cinq ans. C’est un extrait d’un courriel que j’ai envoyé à mes proches en mars 2006.

La petite communauté d’Assanté est à une vingtaine de kilomètres de Glazoué, accessible par une route en terre bien accidentée. Comme pour tous les villages de la région, les habitations (appelées cases) sont composées de murs en terre et de toits de tôle ou de paille. Les enfants courent tout nus avec les poules et les femmes ne portent qu’un pagne autour des hanches. L’éclairage le soir, pour la plupart des gens, se fait à la lampe à l’huile puisque l’électricité n’est toujours pas arrivée ici.

Le 13 février 2006, un gros SUV noir bien propre arrive à toute allure à Assanté, évitant de justesse un ado sur sa bicyclette. C’est Edmond Agoua, entrepreneur local millionnaire, directeur de campagne régional du candidat aux présidentielles Bruno Amoussou et propriétaire de la radio Collines FM, où j’effectue mon stage. Agoua descend du véhicule en compagnie de ses assistants, son garde du corps et deux journalistes de Collines FM (dont moi) pour la couverture médiatique de l’événement.

Une foule de plus de 1000 personnes l’attend, on est deux heures en retard. Agoua prend place à côté des représentants de la communauté et du roi de la région. La cérémonie commence dès qu’il arrive.

Des chanteurs et des danseurs ouvrent le bal devant lui. Agoua remet à chacun d’eux une considérable somme d’argent pour leur performance, billet par billet, afin que chacun dans l’assistance puisse bien voir.

La foule applaudit et crie de joie.

Après quelques discours de bienvenue de la part de ses hôtes, Agoua prend le micro avec un sourire artificiel et entame son discours, énumérant tout ce que la MENAM (organisme de développement non-politique dont il est le président-fondateur) fera pour le petit village : une maison des jeunes, un centre pour les chauffeurs de taxi-moto, du soutien financier aux vendeuses du marché, etc.

La foule est euphorique.

Mais ça ne risque pas de dégénérer, surtout à cause du garde du corps d’Agoua et des coordonateurs d’évènements qui ont tous le même look : gros muscles, bras croisés et lunettes fumées.

Ensuite, Agoua enchaîne son discours et annonce son choix politique personnel et invite tous les citoyens présents à faire de même. Amoussou Bruno est le seul qui puisse vraiment vous aider, Amoussou Bruno est le seul qui puisse vraiment régler vos problèmes, Amoussou Bruno est le seul qui puisse assurer le développement de la région, Amoussou Bruno est le meilleur, Vive Amoussou Bruno.

La foule jubile.

Tout souriant, il se lève et demande à tous de répéter après lui : « Amoussou Bruno : AU POUVOIR, Amoussou Bruno : AU POUVOIR ».

La foule hurle le slogan pendant 3 bonnes minutes, sans jamais diminuer le volume ou l’excitation.

Les organisateurs de campagne sillonnent alors l’assistance, distribuant des centaines de pamphlets du candidat.

La foule toute excitée se bouscule pour avoir entre ses mains la photo du sauveur.

Agoua et sa délégation, pouvant se féliciter de leur mission accomplie, retournent vers leur véhicule exubérant et quittent les lieux aussi vite qu’ils sont arrivés.

Et dans le SUV dont le système de climatisation est réglé à « Cold », Agoua impose aux journalistes comment et quand diffuser le reportage. Accroché au rétroviseur, un aigle de caoutchouc se balance frénétiquement alors que le bolide géant file à 80 km/h sur les routes de terre cahoteuses, dans la nuit de la savane africaine.

Maintenant, question : est-ce que nos campagnes électorales sont fondalement si différentes de ça ? Le martèlement d’un message ? Des promesses locales pour faire rêver les populations ? Des subventions distribués dans différents projets ?

Au final, je vous rassure, Bruno Amoussou n’a pas passé au deuxième tour, et son fortuné serviteur, Edmond Agoua, a subi une sévère raclée dans le secteur du village de ce récit.

Le peuple a plutôt voté pour un nouveau venu en politique, Yayi Boni, porteur d’espoir et affilié à aucun des partis politiques classiques. Pour le deuxième tour, les partisans de Amoussou, qui était arrivé en troisième place au premier tour, étaient tout fiers de déclarer qu’ils étaient des « faiseurs de roi » (Agoua jubilait au téléphone…), terme auto-glorificateur signifiant qu’en offrant leur appui à un des deux candidats du deuxième tour, ce serait ainsi eux qui feraient pencher la balance du résultat final, espérant ainsi recevoir des faveurs du nouveau président élu.

Ils ont choisi le nouveau, Yayi Boni. Et lorsqu’il fut élu, il a pris tout le monde par surprise en offrant les grands postes de direction et de ministères à des technocrates, des personnes en pleine connaissance des dossiers qu’ils auraient à gérer, et non à des membres de son équipe électorale ou à ces faiseurs de rois qui l’ont soutenu.

Edmond Agoua a été amèrement déçu, je m’en suis secrèment réjoui.

Demain, je vous présente la suite, soit un sorte de photo-reportage du déroulement des élections du premier tour.

Boule de cristal – 2

2011
02.26

Aujourd’hui, nous entrons dans les plus grosses catégories…

Les nominations sont ici.

Je vous avoue que pour les oscars remis aux acteurs, y’a moins de trucs, de “patterns”  pour deviner à l’avance les gagnants. Il faut plutôt suivre le “buzz” qui précède la cérémonie, pour voir qui sont les favoris et autour de quel candidat s’établit un consensus. Mais tout de même, il y a certains éléments qui favorisent des candidats au détriment des autres:

  • Lorsque l’acteur est nominé pour un rôle de composition, c’est à dire un rôle qui lui demande d’adopter une personnalité très distincte (un handicap, un trait de caractère excentrique…) plutôt que de jouer un personnage ordinaire mais avec une justesse émotionnelle.
  • Des points de plus si c’est un personnage réel.
  • Des points de plus si l’acteur a dû suivre une préparation rigoureuse avant le film (entraînement, cours…)
  • Un acteur “qui est dû” (c’est à dire que ça fait longtemps qu’il aurait dû gagner) peut ramasser la statuette pour une performance moins bonne qu’un autre.
  • Un acteur qui s’est mal comporté durant la saison de course aux oscars (qui ne s’est pas très impliqué, ou a tenu des commentaires douteux) amenuise ses chances. Certains considèrent même qu’un candidat favori qui gagne un prix pré-oscar et qui offre un discours de remerciement ennuyeux peut nuire à ses chances. Est-ce que cela affecte la performance pour laquelle il est évalué? Pas du tout. Mais qui a dit que ce n’étais pas un concours de popularité?

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MEILLEUR ACTEUR DE SOUTIEN

Parfois, cette catégorie “secondaire” permet de remettre un oscar à un acteur apprécié qu’on a jamais eu l’occasion de récompenser avec une statuette pour la meilleur performance principale.

Cette année, le grand favori est Christiane Bale pour sa performance impressionnante, presque exagérée, d’un excentrique entraîneur de boxe dépendant au crac, dans le film The Fighter. Tout y est: rôle de composition, personnage réel, perte de poids intensive, un acteur très apprécié qui n’a jamais eu l’occasion de gagner avant. Plusieurs misent sur lui.

Le seul autre candidat qui pourrait lui ravir cette statuette, c’est Geoffrey Rush, dans The King’s Speech. La performance est plus subtile et il a déjà gagné en 1997 pour Shine, donc le désir de le récompenser est moins grand. Mais, The King’s Speech pourra récolter beaucoup de prix ce dimanche, et sa performance comique a dû en charmer plusieurs.

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MEILLEUR ACTRICE DE SOUTIEN

Comme pour la catégorie précédente. il est souvent arrivée que des actrices aimée qui “n’arrivent pas”  à être récompensé dans la catégorie la plus prestigieuse se voit décerner ce prix.

Cette année, la favorite serait Melissa Leo, pour son rôle de la mère dans The Fighter. Ce qui peut lui nuire, c’est qu’elle a elle-même payé pour une campagne de publicité personnelle durant la période de vote des oscars, ce qui en a choqué certains (“est-ce un comportement digne d’une gagnante?”). Elle peut se faire dépasser par Helena Bonham Carte (The King’s Speech), qui pourrait bénéficier de la vague d’amour pour ce film (sa performance, très nuancée, était bien chouette soit dit en passant), ou par Hailee Steinfield (True Grit), pour sa performance surprenante de rigueur et de conviction. Plusieurs analystes croient qu’elle pourrait causer la surprise, et il est vrai qu’à quelques occasions, les membres de l’académie ont craqué pour la performance d’une jeune actrice dans un rôle de soutien (certainement pas dans un premier rôle, c’est trop sérieux ça…). Cela pourrait se répéter cette année.

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MEILLEUR ACTEUR

Cette année, il n’y a pas de suspense. Ce sera Colin Firth, qui incarne le roi George VI (personnage réel), pris avec un problème d’élocution (rôle de composition) dans The King’s Speech. Et ce n’est pas sa première grande performance, ni sa première nomination, donc c’est son tour.

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MEILLEURE ACTRICE

Il y a, dans cette catégorie, une certaine tendance depuis quelques années: l’académie récompense surtout de jeunes et ravissantes actrices, des vedettes, qui offre une grande performance. Un peu comme s’ils voulaient valider que ce n’est pas qu’une belle femme servant à faire la poulette sur les tapis rouges, mais plutôt que oui, eux les vedettes, savent jouer. C’est un moyen de donner une légitimité au star system, à mon avis.

Cette année, il y a duel: Natalie Portman VS Anette Benning.

Dans Black Swan, Natalie Portman nous offre un personnage à la fois fragile et vicieux, une jeune danseuse de ballet parfois sur le point de craquer, parfois qui apprend à s’affirmer avec violence. Elle est jeune, belle, offre la performance de sa vie dans laquelle elle s’est investit à 100%, pour laquelle elle a dû s’entraîner intensément pendant un an. Ça coche plusieurs des cases nécessaires pour gagner un oscar.

Annette Bening, pour The Kids Are All Right joue un rôle beaucoup moins spectaculaire, mais avec une précision émotionnelle, riche, touchante et humaine, qui fait résonner son personnage de très belle façon. Ce qui joue fortement en sa faveur, c’est que ça fait déjà plusieurs fois qu’elle perd ce prix alors qu’elle était une des favorites: les deux fois contre Hillary Swank. Avant que Black Swan n’arrive sur les écrans, plusieurs observateurs prédisaient que ce serait son année, mais elle en train de se faire voler la vedette, encore une fois. Plusieurs votants peuvent décider qu’il est temps qu’elle emporte son oscar. Mais sa performance est moins “showy”, et elle moins jeune que Natalie Portman, qui demeure la favorite.

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MEILLEUR SCÉNARIO ORIGINAL

Pour les deux prix de scénarios, les membres récompensent généralement des scripts complexes, avec une structure narrative élaboré ou de nombreux rebondissements originaux qui surprennent le spectateur, tout en restant cohérent. Sinon, des dialogues réfléchis et intelligent peuvent mériter l’oscar à leur auteur. Ce prix est considéré comme une des récompenses majeures de la soirée, et ainsi, les votants peuvent l’accorder à un film qu’ils ont beaucoup aimé, mais pas assez pour lui décerner la statuette remis au meilleur film; une sorte de prix de consolation quoi.

Cette année, tous les analystes prédisent que l’oscar ira à The King’s Speech, à cause de ses grandes scènes de dialogues, qui sont du vrai bonbon pour acteurs. Ce sont ces mots qui ont permis à Colin Firth et Geoffrey Rush de mettre leur talent en évidence. Personnellement, je trouve que l’histoire est trop classique et ne présente pas l’audace narrative que récompensent souvent les membres de l’académie. Surtout qu’ils vont sûrement donner plusieurs grands prix à ce film (meilleur film, meilleur acteur), peut-être voudront-ils répartir un peu plus le butin (à moins qu’ils ne soient totalement en amour avec le film).

Je crois qu’une surprise serait possible ici. The Kids Are All Right, peut-être, pour ses rebondissements et fins dialogues. L’académie semble beaucoup aimer The Fighter, ils pourront le montrer ici. Mais personnellement, je crois que cela ira à Christopher Nolan, le réalisateur/scénariste de Inception. C’est le genre de casse-tête psychologique qui met le scénario en évidence et impressionne. Surtout, peut-être l’académie voudra réparer l’erreur qu’elle a commise en omettant de mettre Nolan en nomination dans la catégorie du meilleur réalisateur, ce qui en a surpris plus d’un. Les gens de l’industrie ont adoré ce film (8 nominations), et cela permettrait de récompenser Nolan pour l’ensemble de son oeuvre, qui a su marier vision artistique, production massive et revenus faramineux. Il a prouvé qu’un blockbuster, ce n’est pas toujours de la scrap.

Hollywood lui en doit une.

C’est un choix audacieux de ma part, mais j’y crois.

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MEILLEUR SCÉNARIO ADAPTÉ

C’est déjà décidé: The Social Network, écrit par Aaron Sorkin.

Tous n’ont que des éloges pour ce scénario, qui est la force première du film. Sa façon déconstruite de raconter l’histoire (par l’intervention des personnages quelques années plus tard, durant des poursuites judiciaires), sa capacité surprenante à garder notre intérêt même si plusieurs scènes ne parlent que de codes informatiques et de détails juridiques, et ses dialogues cinglants.

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MEILLEUR DOCUMENTAIRE (LONG MÉTRAGE)

Les documentaires qui auront connu une grande popularité durant l’année (ce qui est toujours exceptionnel pour ce genre de film) ont souvent de grandes chances de gagner (La marche de l’empereur, ou An Inconvenient Truth, qui, honnêtement, n’était pas un bon film, mais plutôt l’enregistrement d’une bonne présentation PowerPoint). Sinon, les documentaires qui présentent un problème social d’actualité, ou qui sont particulièrement touchants, sont généralement ceux qui l’emportent.

Cette année, The Inside Job a reçu une bonne visibilité pour avoir fouillé les ramifications du plus grand événement social des dernières années: la crise économique débutée aux États-Unis. Je ne l’ai pas encore vu, mais tous ceux qui en ont eu la chance en sortent bouleversés et enragés.

Sinon, il pourrait y avoir Restrepo, qui nous montre ce par quoi passent les jeunes soldats en Afghanistan, un sujet qui pourrait en toucher plusieurs. Aussi, certains croient que Exit Through the Gift Shop, de l’artiste rebelle Banksy a des chances. Le film a beaucoup fait parlé de lui, entre autre pour l’ambiguïté qui l’entoure (est-ce bien réel, ou un docufiction? le cinéaste se fout-il de notre gueule?), mais cet éclatement expérimental des genres n’est peut-être pas très gagnant aux yeux de l’académie.

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MEILLEUR FILM EN LANGUE ÉTRANGÈRE

On serait-tu fier si Incendies gagnait, non? Après la victoire d’Arcade Fire aux Grammy’s, on pourra se féliciter de la reconnaissance internationale qu’obtiennent nos artistes, et cela devrait freiner pendant quelques semaines notre remise en doute auto-flagellante collective (chaque fois qu’une de nos oeuvres performe bien à l’extérieur, on est comme tout fiers de jouer dans la cour des grands, “regardez, les autres nous aiment”, comme si on avait besoin de ça pour avoir confiance en notre culture). Mais comme l’expliquait Marc Cassivi, les chances du film de Denis Villeneuve sont minces (mais pas inexistantes).

Cette catégorie est étrange. Parfois, un film en langue étrangère peut accumuler plusieurs nominations dans différentes catégories (dont celle-ci) et perdre face à un film beaucoup moins connu (ce fut le cas de Pan’s Labyrinth, et Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, qui ont tous deux mordu la poussière). L’académie semble particulièrement aimer les films efficaces, classiques, inspirants, un peu mélodramatiques.

À cause de son nombre supérieur de nominations (donc meilleur acteur pour Javier Bardem), on pourrait croire que Biutiful de Alejandro González Iñárritu serait le préféré. Mais puisque les favoris sont rarement les gagnants dans cette catégorie, cela pourrait laisser des chances à Incendies, mais surtout à In A Better World, qui semble justement être un film bien émotionnel comme l’académie les aime (avec des enfants en plus, les oscars aiment les enfants dans les films étrangers!). Tant pis pour nous, probablement. Mais il y a toujours quelques surprises inattendues dans une soirée d’oscars, celle-ci pourrait en être une. En on en serait bien content…

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MEILLEUR RÉALISATEUR

Dans la plupart des cas, ce prix accompagne l’oscar du meilleur film. Si on sait quel film gagnera l’oscar suprême, on a une bonne idée de qui gagnera le trophée pour la réalisation. Mais il arrive, de temps à autres, que ce soit le réalisateur d’un autre film qui l’emporte. Parfois pour récompenser un grand cinéaste qui n’a jamais remporté l’oscar (Roman Polanski en 2002, pour The Pianist), mais surtout, lorsque les votants savent bien, au fond d’eux-mêmes, que leur film coup de coeur, celui qui gagnera l’oscar du meilleur film, n’est pas extrêmement original ou audacieux d’un point de vue artistique. Cela s’est passé dans les dernières années (Shakespeare In Love pour meilleur film / Steven Spielberg meilleur réalisateur pour Saving Private Ryan; Gladiator pour meilleur film / Steven Soderberg meilleur réalisateur pour Traffic), alors que l’académie avait le béguin pour une oeuvre efficace et classique, tout en choisissant de souligner un travail de réalisation plus achevé, accompli et unique. Soyons franc, l’académie est bien consciente qu’elle adore parfois (choix émotionnel) des films qui n’ont pas fait capoter les critiques, et elle le reconnaît en donnant souvent, alors, le prix de la réalisation (choix rationnel) au préféré des critiques.

C’est ce qui risque de se produire cette année, supposant que The King’s Speech est couronné. Ce n’est pas un secret, toutes les critiques ont de loin préféré The Social Network, et tout le monde est bien conscient que la mise en scène de David Fincher est bien moins convenue et plus maîtrisée que celle de Tom Hooper pour King’s Speech. Ça les membres de l’académie le reconnaissent et lui accorderont probablement cet oscar, même si leur coeur est avec le roi. En plus, Fincher est un vétéran que certains voudront récompenser pour l’ensemble de son oeuvre, alors que Hooper est un nouveau venu, arrivé fraîchement du monde de la télé. Mais, comme dans bien d’autres catégories, si les votants aiment aveuglément The King’s Speech, eh bien ils pourront facilement écarter Fincher. Y’a un texte intéressant de Tom O’Neil (un oscarologiste réputé) sur le sujet…

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MEILLEUR FILM

Y’a pas de trucs pour deviner à froid quel film va gagner. L’appréciation d’un film est quelque chose de bien subjectif, et il faut suivre le buzz et les autres remises de prix avant les oscars pour savoir quelle oeuvre a le plus de chances. Pendant longtemps, le film ayant le plus de nominations, épique, consensuel, classique avait de bonnes chances de l’emporter. Mais depuis quelques années, de petites productions contemporaines ont souvent été couronnées. Cette tendance s’arrêtera vraisemblablement cette année avec la victoire de The King’s Speech. J’en parle plus en détail dans ce billet.

Ce qui n’aide pas The Social Network, c’est que c’est film cérébral, avec des personnages généralement détestables. King’s Speech, par contre, représente la totale pour des membres de l’académie qui votent souvent avec leurs tripes: des personnages adorables, chaleureux, qui réussissent à surmonter toutes leurs difficulté pour terminer dans le triomphe. Et en plus, c’est un véritable film d’acteurs, qui tourne autour de la performance des deux interprètes principaux, dans des scènes qui sont de véritables terrains de jeux pour eux, ce qui ne manque pas de charmer les milliers d’acteurs qui sont membres de l’académie.

Mais ne signez pas trop vite la mort de The Social Network. Peut-être que l’engouement entourant The King’s Speech a eu le temps de redescendre à temps pour la période de vote, et que plusieurs votants voudront alors immortaliser le film qui a été unanimement salué par la critique comme une des premières oeuvres contemporaines fortes de notre temps, soit celui sur la création de Facebook.

Bonnes prédiction, et bonne soirée demain.

Boule de cristal – 1

2011
02.24

Alors, comme promis, pour vous aider dans vos prédictions en vue de la cérémonie des oscars de dimanche, je vous expliquerai dans ce billet (et le prochain) ce qu’il faut considérer pour faire des choix  valables. J’expliquerai, pour chaque catégorie (sauf quelques obscures, comme court-métrage documentaire), les critères qui permettent généralement à un film de gagner, puis comment cela ce traduit cette année.

Mais tout d’abord, quelques grands principes de base…

Premièrement, il y a le concept de la vague. Si un film est vraiment le coup de cœur de l’académie, il peut rafler beaucoup de prix, même ceux pour lesquels il n’était pas le favori. Ce pourrait être le cas cette année pour The King’s Speech, un film qui, à cause de sa dimension historique, a récolté plusieurs nominations techniques. Personnellement, je ne crois pas qui récoltera tout sur son passage, je ne suis pas persuadé que l’académie est en amour avec ce film à ce point (comme ce fut le cas pour Slumdog Millionaire, disons). Autre inconnu: peut-être que l’académie a adoré True Grit et déclarera son amour au film des frères Coen en lui remettant plusieurs prix techniques qu’on aurait crus dédiés à Inception.

À l’inverse, un film qui est passé inaperçu ou qui est assez mauvais a généralement peu de chance de gagner un prix, même pour une catégorie technique dans laquelle il excelle. Un film a beau avoir des effets sonores extraordinaires, si l’œuvre est considérée comme un navet, cela diminue pas mal ses chances.

On peut aussi observer parfois un effet de rebond (ou « backslash », si vous préférez). C’est à dire, un candidat qui est considéré favori par tous les analystes et qui a gagné tous les prix avant les oscars peut terminer perdant. Soit parce que les membres de l’académie aiment bien montrer qu’ils peuvent prendre eux-mêmes des décision et qu’ils ne font pas que suivre les autres, soit parce qu’ils veulent donner un peu de gloire à un autre excellent finaliste qui n’a rien récolté jusqu’à présent.

Et finalement, malgré tous les principes qui existent et les théories qui tentent de prédire les votes, il y a toujours des vainqueurs qui auront déjoué les analystes. À chaque soirée, il y a une ou plusieurs surprises.

Vous trouverez ici toutes les nominations dans chacune des catégories

Et les liens, au cours du texte, font souvent référence à des vidéos ou making-off, vous permettant d’explorer l’élément technique dont je parle.

Bon allons-y…

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MEILLEUR FILM D’ANIMATION

Généralement, cela va au film qui a été le plus apprécié de façon unanime. Les critiques sont un bon indicateur. Souvent, c’est le film de Pixar (qui année après année, produit le film qui a la meilleure cote sur Rotten Tomatoes, un site qui donne une note à chaque film en fonction de toutes les critiques reçues)

Cette année, Toy Story 3, est également en nomination pour l’oscar du meilleur film. Ce qui règle la question. Quoi que certains pourraient être tannés de voir Pixar tout remporter son passage, et seraient tentés de voter pour l’autre grand succès populaire de bon calibre : How to Train your Dragon. Une surprise est à peine possible ici.

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MEILLEURS MAQUILLAGES

À la base, le maquillage le plus complexe l’emporte (on pense à des personnages imaginaires qui demandent des prothèses faciales complètes, comme The Grinch ou Lord of the Rings), mais le vieillissement d’acteurs connus est aussi générateur d’oscar.

Cette année, plusieurs concluent rapidement que The Wolfman l’emportera haut la main pour avoir transformé Benicio Del Toro en loup garou. Je demeure sceptique, parce que ce film a été un échec, et jamais un film médiocre n’a réussi à remporter ce prix, malgré de très bons maquillages. Ce ne sera pas la première fois que les oscars ignorent des maquillages complexes. En 2002, Frida avait gagné ce prix, alors que Planet of the Apes n’avait même pas été nominé. Stupéfaits? Et moi donc.

Je vote pour Barney’s Version, qui présente le personnage de Paul Giammati durant différentes époques de sa vie (il est donc vieilli, subtilement).

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MEILLEURS COSTUMES

Voilà une catégorie qui semble assez déconnectée des grands favoris de la soirée. Plusieurs films qui n’ont pas vraiment de rayonnement ailleurs triomphent ici. En fait, un seul critère est important : plus les costumes (pour femmes, souvent) sont visibles, spectaculaires, impressionnants, meilleures sont les chances. Cela implique généralement des films historiques, et si l’histoire se déroule durant un faste contexte royal quelconque, alors on a un gagnant. Voyez d’ailleurs les récipiendaires des dernières années : The Young Victoria, The Duchess, Elizabeth : The Golden Age, Marie Antoinette.

Donc, par défaut, on serait porté à croire que The King’s Speech l’emportera haut a main, non? Pas si sûr. Oui, c’est un film historique, royal de surcroit, et une vague d’amour pour ce film pourrait lui accorder cette statuette, mais les costumes ne sont pas flamboyants, notamment parce qu’on est dans les années ’30 (et non une l’époque victorienne) et que la femme du roi a des goûts vestimentaires assez sobres.

Alice in Wonderland, par contre, présente un éventail de costumes riches en couleur et tape-à-l’œil. Et en plus, c’est dans un contexte royal (la reine des cœurs et sa sœur, la reine blanche). L’académie est comblée.

The Tempest semble avoir des costumes aussi très originaux, mais le film est tellement passé inaperçu que cela annule probablement ses chances.

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MEILLEURE DIRECTION ARTISTIQUE (DÉCORS)

Comme la catégorie précédente, le plus impressionnant le mieux, généralement, avec une très grosse longueur d’avance pour les films avec une touche historique. Étrangement, on y retrouve plus de films de haut calibre que dans la catégorie des meilleurs costumes (je veux dire par là des films qui ont plusieurs nominations dans d’autres catégories). Que le récit soit fantaisiste ou réaliste, les décors doivent avoir une présence forte, souvent impressionnante, où l’on sent qu’il y a eu un processus de création pour atteindre quelque chose de grandiose.

Cette année, c’est une catégorie difficile à prédire. Plusieurs analystes prévoient The King’s Speech. Bien que la vague pourrait le favoriser, une bonne partie des décors que l’on y voit semblent être des lieux déjà existants. Est-ce que les membres de l’académie font la différence, j’en doute, mais en même temps, tous les gagnants des années précédentes ont en majorité recours à des décors et accessoires consruits spécialement pour le film.

Alice in Wonderland pourrait l’emporter, mais la grande majorité des décors ont été ajoutés à l’ordinateur. Cela n’a toutefois pas empêché Avatar de gagner ce prix l’an passé, par contre. Est-ce que l’académie voit ce prix comm un de design, désormais, et non un de construction de décors réels? Peut-être.

La troisième probabilité serait Inception, qui a remporté ce prix dans  plusieurs autres galas jusqu’à présent. Ce serait un choix inhabituel (sauf Avatar, la science fiction a rarement sa place dans cette catégorie) mais la variété des mondes créés, les décors impossibles, le grand hall japonais rempli d’eau au début et le corridor qui tourne comme une roulette de hamster pourraient mériter ce trophée. C’est mon choix personnel.

Et finalement, si les votants aiment vraiment True Grit, ils pourraient être tentés de le récompenser au travers ce prix (pour son village western), un des seuls qu’il a des chances de récolter durant la soirée. Mais ce serait surprenant puisque la majorité du film se passe en plein air.

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MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE

Cette catégorie est très variable d’année en année (Le Violon Rouge, Brokeback Mountain, Slumdog Millionaire, Up, Frida). Les gagnants semblent tous avoir une musique très présente dans le film, qui participe à son identité et qui ne joue pas qu’un simple rôle d’arrière plan. Bref, les membres de l’académie doivent la remarquer. Une bande sonore qui a sa propre couleur originale, souvent avec une mélodie claire, et non seulement des notes d’ambiance.

Cette catégorie est également difficile cette année. Social Network offre l’utilisation la plus intéressante de sa trame sonore, des pièces électroniques qui définissent bien le film et lui donne un ton très distinctif. Je crois qu’il l’emportera, mais la musique sera peut-être trop contemporaine au goût de plusieurs.

The King’s Speech est aussi un candidat sérieux. La musique proprette et raffinée d’Alexandre Desplat est un genre que l’académie semble bien aimer (Finding Neverland), mais puisqu’elle est effacée, quelconque et aucunement originale, ce n’est pas gagné d’avance. Ironiquement, il est probable que des gens votent pour ce film à cause des pièces musicales qui se démarquent le plus, soit celles composées par Beethoven, qui sont joués pendant des moments clés de l’histoire. Personnellement, je serais déçu si ce film remportait ce prix.

Dernière possibilité : Inception, pour la musique massive de Hans Zimmer. Mais la lourdeur des arrangements peut en effrayer plus d’un (et est-ce qu’un film d’action peut réellement remporter le prix de la meilleure musique? Inconcevable, pour plusieurs…)

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MEILLEURE CHANSON

Voilà une catégorie assez simple : il faut une bonne chanson, qui accroche. Si elle a été un succès populaire, ou si elle a été composée par un artiste connu, alors cela augmente ses chances. Dans les dernières années, les choix ont été très variés, passant du western (Crazy Heart) au rap (Lose Yourself) en passant par du pop indien (Slumdog Millionaire). Parfois, des films obscurs emportent ce prix.

Cette année, aucune des chansons nommées ne s’est vraiment démarqué sur les ondes radio. « I See the Light » du dessin animé Tangled est chouette, mais aurait gagné il y a 15 ans, quand les ballades de Disney raflaient tous les prix musicaux. « If I Rise » composée par A.R. Rahman pour 127 hours, et interprétée par Dido, est bien joli, mais le manque de mélodie n’est pas très vendeur.

« We Belong Together » de Randy Newman pour Toy Story 3 pourrait l’emporter, afin de donner des trophées à ce film, et ainsi récompenser le compositeur pour tout son travail sur la trilogie. Mais la toune, honnêtement, est très ordinaire.

Reste « Coming Home », du film Country Strong, interprété par Gwyneth Paltrow. La mélodie est accrocheuse et il s’agit probablement du titre qui se démarque le plus du lot. Rien de très original, mais d’un point de vue pop, la chanson est efficace. Et c’est chanté par une actrice glamour elle-même récipiendaire d’un oscar. Ça ne peut pas nuire. Mais le film a été un flop, ce n’est donc pas garanti. Je vote quand même pour cette chanson.

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MEILLEURE DIRECTION PHOTO

La direction photo est un art complexe qui demande grande maîtrise de l’éclairage, de la profondeur de champ, du type de lentilles, du choix de pellicule, de l’harmonie des couleurs, afin de créer un style visuel distinctif. Est-ce que tout cela est pris en considération par les milliers de membres de l’académie? Non. Pour eux, cela se résume à : est-ce que c’est beau? Et plus précisément, dans bien des cas, est ce qu’il y a de beaux paysages? L’esthétique plastique l’emporte généralement sur l’innovation visuelle.

Cela favorise donc True Grit, pour ses belles images en décor naturel. Et par le fait même, ce sera l’occasion pour l’académie de récompenser enfin Roger Deakins, un des meilleurs directeurs photo de sa génération qui n’a jamais remporté d’oscar, malgré ses neuf nominations.

Inception a tout de même des chances, la direction photo de Wally Pfister est magnifique et il a remporté plusieurs prix pour son travail sur ce film. Mais… il manque les beaux paysages.

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MEILLEUR MONTAGE

Un bon montage devrait passer inaperçu. Mais, comme plusieurs autres prix, les membres de l’académie veulent que le travail de montage paraisse à l’écran pour qu’ils le récompensent. Deux genres de films peuvent donc se mériter ce prix : ceux qui présentent une histoire complexe, avec plusieurs récits en parallèle (Crash, Traffic) et ceux qui on rythme soutenu et des scènes d’action efficaces (The Matrix, Black Hawk Down, The Hurt Locker).

Donc, selon ces critères, Inception devrait l’emporter haut la main? Il a le récit complexe et l’action frénétique? Ben non, y’a même pas de nomination. C’est à n’y rien comprendre.

Prochain sur la liste : The Social Network, pour la construction complexe de son récit, qui se déroule à trois niveaux différents, et ses montages en parallèles. Ce sera aussi l’une des seules catégories importantes où Social Network a des chances sérieuses, les membres de l’académie voudront en profiter, en consolation pour ne pas avoir donné le prix du meilleur film.

127 hours pourrait créer la surprise pour son rythme nerveux, ou The Fighter pour ses scènes de boxe.

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MEILLEUR MIXAGE SONORE

Ce prix récompense le film qui marie le mieux tous les sons : dialogues, ambiances, effets et musique. Soit les films qui ont des scènes d’action/aventure de haut calibre (King Kong, The Bourne Ultimatum, Saving Private Ryan) ou qui laissent beaucoup de place à la musique (Dreamgirls, Ray) remportent ce prix.  La plupart du temps, ce sont des films qui font partie des favoris de la soirée. Encore une fois, il faut que les votants le remarque, alors il faut que le ça soit fort…

Inception s’impose donc ici, puisque c’est LE film d’action de l’année, qu’il est aimé par tous, que ça pète de partout et que la musique est tonitruante. Cela veut automatiquement dire que c’est le meilleur mix de l’année non?

Si les académiciens sont audacieux, ils choisiront The Social Network pour la façon surprenante avec laquelle la musique se mêle au récit.

Et True Grit, qui a remporté le prix remis par l’Association des concepteurs sonores, pourrait l’emporter. Raison : Y’a des coups de fusils non? C’est des gros sons ça. C’est donc un bon mix.

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MEILLEURS EFFETS SPÉCIAUX SONORES

Les académiciens ne font pas très bien la différence entre les deux catégories de son, mais ils accordent toujours ce prix à un film d’action/aventure/science-fiction. Pas nécessairement celui qui comporte le plus de travail créatif au niveau sonore (Wall-E a perdu il y a deux ans), les membres de l’académie ne poussent pas la réflexion à ce point pour un prix aussi futile (!). Ils évaluent plutôt celui qui, en apparence, paraît le plus bruyant.

Réponse : Inception

Possible surprise : Tron : Legacy. Mais Inception a été si unanimement aimé, notamment pour son excellence technique, qu’on voit mal comment il pourrait être délogé. Si les académiciens ont vraiment un élan d’amour pour True Grit ils pourraient vouloir le récompenser ici, mais je serais vraiment surpris.

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MEILLEURS EFFETS VISUELS

C’est assez simple : le film qui a les effets spéciaux les plus spectaculaires, sans failles, et qui pousse les limites de ce qui était possible. C’est un domaine qui est en constante évolution, et chaque avancée majeure (Avatar, Lord of the Rings) est récompensée. Ce n’est donc pas une récompense pour la beauté artistique des effets spéciaux, mais plutôt pour leur prouesse technique.

Un seul choix s’impose : Inception, qui nous a jeté par terre cette année, avec son mélange de maquettes, d’animation 3D, de retouche numérique et de décors en mouvements.

La suite, demain.

L’espèce humaine

2011
02.17

Avez-vous entendu parlé de Human Planet? Cette nouvelle série de huit épisodes produite par la BBC? Après nous avoir présenté Planet Earth et Life, deux séries diffusées à l’émission Découvertes qui nous faisaient découvrir avec splendeur (et des moyens de productions inégalés) le monde animal, voici que le diffuseur public britannique fait subir à l’espèce humaine ce même traitement “documentaire animalier” avec un narrateur nous expliquant les comportements que des spécimens que l’on observe.

C’est une série de 8 épisodes, qui nous montre la capacité d’adaptation humaine dans des milieux naturels hostiles: les déserts, les montagnes, les jungles, l’arctique, la ville…

Les images sont somptueuses, comme en témoigne cet extrait tourné dans l’amazonie brésilienne, montrant un indigène se prenant pour Winnie l’ourson dans le but de nourrir ses enfants.

Deux petits bémols:

  • Les moyens de tournage déployés sont si grandioses et l’histoire racontée si impeccable que les réalisateurs n’ont sûrement pas le choix de mettre tout ça un peu en scène. Cette seule scène a dû prendre une ou plusieurs journée de tournage (il faut bien emmener les caméramans dans les airs à côté du bonhomme, par je ne sais quel moyen.) Cela enlève un tantinet l’aspect authentique et spontané de l’ensemble, mais s’ils ont bien fait leur recherche, ce qu’ils ont recréé doit ressembler à la réalité.
  • Les créateurs de la série semblent avoir choisi de suivre des groupes d’humains vivant dans des conditions spectaculaires et exotiques, donc de plus en plus marginales et déconnectées de notre 21e siècle où la technologie s’est étendue à l’ensemble (ou preque) de notre planète. C’est donc peu représentatif de qui nous sommes, comme ensemble humain aujourd’hui, et dans un certain sens, cela entretient certains stéréotypes, mais le résultat reste fascinant, et cela présente quand même bien le large spectre de l’adaptation humaine.

Voyez ce segment, où les créateurs ont réussi, avec de zooms puissants et de stabilisateurs de lentille, à tourner des images d’une tribu qui n’aurait jamais eu de contact direct avec la civilisation moderne.

Et pour avoir une vue d’ensemble du large spectre que survole cette émission, voici la bande-annonce. Y’a des moments merveilleux (ce parallèle entre le Burj Khalifa et une hutte perchée dans un arbre…), et l’ensemble fait drôlement penser à Baraka, mais on ne va certainement pas s’en plaindre.

Pour l’instant, on ne peut voir les épisodes dans leur ensemble. Mais il y a une foule d’extraits sur YouTube, alors gâtez-vous. Et on peut supposer que d’ici peu, on aura droit à une version narrée par Charles Tisseyre, disponible ensuite sur DVD pour notre plus grand plaisir.

CanPages 2 – The Return

2011
02.03

Dans ce billet, j’avais expliqué comment je m’étais arrangé pour ne plus recevoir le bottin CanPages à mon appartement. Déjà que je n’utilise pas vraiment les Pages Jaunes, le fait de recevoir un deuxième annuaire qui m’est complètement inutile me parraissait complètement aberrante. Et généralement, lorsqu’on les appelle pour leur signaler qu’on ne désire pas ce bottin, ils nous disent que nous n’avons qu’à le recycler directement, c’est si facile. Et vlan, des arbres coupés directement pour aller au recyclage. Mais bon, je leur avais fait comprendre que plus jamais je ne voulais recevoir leur publication.

Mais, j’ai déménagé, et quelle ne fut pas la surprise qui m’attendait au bas de ma nouvelle porte il y a quelques semaines?

Alors j’ai décidé d’écrire à la compagnie, un message un brin arrogant, pour leur demander à quelle adresse je peux retourner le bottin (le recyclage étant hors de question) et comment je fais pour ne plus jamais le recevoir.

Le lendemain, j’ai eu un gentil courriel d’un représentant des ventes, qui m’a demandé mon adresse pour qu’un superviseur puisse venir le récupérer. Nous avons convenu d’une date, j’ai laissé l’annuaire intact dans son sac devant ma porte…

Et ça a marché!

Quelques jours plus tard, j’ai reçu un courriel d’un autre département qui confirmait avec moi ma demande de désinscription de la distribution. Check! Dossier réglé! Seul détail, c’est qu’on peut argumenter que le déplacement en véhicule pour venir cherche l’annuaire n’est pas très écolo, mais je suppose que si plusieurs citoyens font de même, eh bien les superviseurs vont rapidement se tanner de parcourir la ville pour recueillir des bottins, et peut-être qu’ils vont revoir leur stratégie. Ce qui sera bénéfique à long terme pour l’environnement.

Donc passez le mot.

Et en prime, je vous inclus le texte que j’ai écris à CanPages, pour vous donner une idée de ce qu’il faut dire pour les convaincre et ainsi vous inspirer dans votre propre rédaction.

Je vous écris pour 2 raisons.
Premièrement, à quelle adresse dois-je retourner l’annuaire CanPages que je viens de recevoir (parce que je n’en ai nullement besoin, j’en reçois déjà un d’une autre compagnie locale et cela me suffit, merci). Je ne veux pas l’envoyer au recyclage, cela m’écoeure pas mal que des arbres soient coupés dans un but inutile (aller directement au recyclage). Je veux donc vous le retourner, en espérant que vous aurez la décence de le  réacheminer à quelqu’un qui en aura besoin, pour que cela serve au moins.

Deuxièmement, comment puis-je me désabonner de votre liste d’envoi, pour être certain que je ne reçoive aucun autre de vos annuaires?

Merci bien, et bonne journée à vous.

Observations de manchettes

2011
01.24

Plein de sujets de l’actualité de ces derniers jours m’inspirent de courtes réflexions, je les mets tous dans un même billet, en rafale…

ANNIVERSAIRE DU SÉISME EN HAÏTI: Durant la semaine qui a entouré cette date morbide, tous les médias ont diffusé/publié quantités de documentaires et articles sur ce pays et l’état des choses, un an plus tard. Ce qui est dommage, c’est qu’une grande partie de ces articles portaient non pas sur la population sur le terrain, mais plutôt sur les organismes, souvent étrangers, qui sont actifs là-bas. Un portrait d’un canadien à l’oeuvre à Port-au-Prince par-ci, un compte-rendu des activités d’une association pour handicapés par-là. Très souvent, c’est au travers de ces ONG que les journalistes parlent à quelques dignes représentants de la population générale, que ce soit en interviewant les personnes qui viennent dans les locaux de l’organisme pour bénéficier de leurs services (un handicapé qui vient pour des séances de réadaptation, par exemple…), ou en effectuant la visite d’un camp accompagné du porte-parole d’une ONG. Mais rarement ces journalistes vont eux-mêmes, seuls, sur le terrain, dans les barraques des gens, pour prendre le pouls de leur quotidien.

Il y a plusieurs raisons pour expliquer cela (donner une visibilité aux efforts de développement financés par le Canada en est sûrement une), mais celle qui m’a frappé, lors de mon séjour là-bas, c’est que les grands organismes sont tous munis de responsables de communications, de relationnistes de presse, facilement contactables par internet, qui sont là pour vous trouver des sujets d’entrevue à travers leurs troupes. C’est une machine médiatique bien huilée, qui facilite grandement la tâche aux reporters, qui trouvent alors des sujets prêts-à-porter. Une certaine sécurité de contenu, bref.

Ce que les haïtiens dans les rues n’offrent pas, même s’ils demandent encore moins de démarchent pour assurer une entrevue.

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GAZ DE SCHISTE: Ce qui a nuit au gouvernement Charest dans ce dossier, c’est qu’il a toujours paru décidé, imperturbable, borné à développer cette ressource à tout prix. Comme si, même si les scientifiques en arrivaient à prédire une catastrophe écologique ou humaine, ils avaient décidé à continuer, coûte que coûte.

Le changement de ton du gouvernement provincial dans les derniers jours est rassurant, en ce sens qu’il laisse croire une certaine ouverture, et qu’il pourrait décider de ne pas permettre à ce projet d’aller de l’avant si jamais les conclusions des études prévoient des risques trop importants. La nouvelle attitude permettra peut-être au gouvernement de regagner une certaine partie de la confiance du public.

Question: Maintenant que le gouvernement a fait savoir qu’il peut dire non et qu’il n’autorisera la poursuite des opérations que si cela se fait correctement (un concept flou), peut-on envisager que peut-importe les recommendations du BAPE et les mesures prises par l’industrie gazière, il n’aura qu’à dire “ce que l’on voit là est correct” pour ainsi justifier son OK à cette industrie? Bref, est-ce que cette apparente flexibilité est un simulâcre? Une porte de sortie pour toujours autoriser la poursuite de l’exploration et l’exploitation, mais en disant “oui oui, si ça avait été mal fait on aurait dit non”, sans spécifier ça veut dire quoi, mal fait.

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OSCARS: Dans quelques heures seront dévoilées les nominations pour les oscars. Je vous préviens, à moins d’une surprise, ce sera The King Speech qui récoltera le plus de nominations, puisqu’il excelle dans plus de catégories techniques (costumes, décors) en raison de son caractère historique. Toutefois, il y aura sûrement plusieurs journalistes, chroniqueurs, analystes qui affirmeront que ce film est alors le favori dans la course au meilleur film. Je vous préviens, ceci est faux, ils ne connaissent rien aux oscars.

Oui, historiquement, ce sont les films à grands déploiements (ce qui équivaut à un grand nombre de nominations) qui récoltent la statuette la plus convoitée de la soirée, mais ceci n’est plus vrai depuis quelques années. Ce sont plutôt de petits films contemporains qui ont récolté les honneurs. C’est la tendance actuelle. Le favori jusqu’à présent (à moins d’un revirement spectaculaire demain) c’est The Social Network. The King’s Speech a des chances de remporter l’oscar du meilleur film (pour des raisons de système de votation, entre autre), mais elles sont minces pour l’instant.

Cela pourra changer dans les prochaines semaines par contre. Je donne plus de détails d’ici là pour expliquer le tout.