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La désamorce

2012
05.24

L’exposition « Sexe, l’expo qui dit tout », qui a été développée pour le Centre des Sciences de Montréal et qui est présentement à Ottawa, est une honte nationale. En fait, pour être plus précis, elle est « insultante pour les contribuables » selon le bureau de notre ministre du Patrimoine, James Moore.

Les groupes religieux pour la famille la dénoncent aussi, disant qu’elle encourage les relations sexuelles hors-mariage et homosexuelles. Décortiquons l’argument : puisque l’exposition ose présenter ces différents concepts, elle en fait automatiquement la promotion? Selon cette logique absurde, on pourrait argumenter que le cours d’Éthique et culture religieuse fait la promotion de la religion (oups, y’en a qui le croit…). Ou que le cours d’histoire du Québec, qui nous parle entre autre des combats des patriotes, d’Octobre ’70 ou des deux référendums encourage la souveraineté québécoise. Même logique.

Mais on va s’entendre sur quelque chose. Cette exposition n’en est pas une d’introduction à la sexualité. C’est plutôt un exercice de désamorçage. La grande majorité des adolescents qui visiteront cette exposition ne découvriront rien, ils ont déjà tout vu sur le web. Fellation, pénétration anale, simple ou double, orgies, sexe entre hommes, sexe entre femmes, masturbation, tout y est, facilement accessible. Les logiciels de contrôle parental sont peut-être utiles pour protéger les enfants, mais pas les ados qui, s’ils n’ont pas accès à ces images et vidéos chez eux, pourront les voir sans problème chez un ami. Et contrairement à ce que pourraient croire les divers groupes religieux de défense des valeurs traditionnelles, une telle exposition ne détruira jamais l’innocence et la pureté des moeurs de leurs enfants. À leur âge, c’est déjà gâché, ils ont tout vu. Une introduction malsaine à la sexualité, dans laquelle s’accumulent relations physiques dénuées d’affection, comportement irrespectueux, exploits acrobatique, bref, rien qui ne ressemble à la réalité.

Et c’est cela qu’il faut désamorcer : cette vision d’une sexualité fantasque, mise sur un piédestal, source de complexes pour tous ces jeunes qui n’arriveront jamais à égaler tous ces ébats spectaculaires. Désamorcer, ces scènes mal filmées et leur apprendre c’est quoi la base, qu’est-ce qui est normal, qu’est-ce qui existe pour vrai, qu’est-ce qui est sain et beau. C’est ce que fait cette exposition.

Et c’est, semblerait-il, insultant pour les contribuables.

Le champ de mine

2012
02.18

Résumons les faits.

Un professeur d’une école primaire de  Sorel-Tracy, pour la St-Valentin, montre à ses élèves une chanson d’Édith Piaf : L’hymne à l’amour.

La dernières phrase faisant référence à Dieu, il décide de ne pas l’inclure dans la chanson, parce qu’il n’a pas le goût d’aborder un sujet délicat.

Un parent offusqué y voit de la censure.

L’incident banal fait la manchette des journaux, roule en continu à RDI et LCN, devient question de ligne ouverte à travers la province, est débattu à l’assemblée nationale, et est entendu de l’autre côté de l’Atlantique.

Tout cela prouve 3 choses.

  1. Le manque hallucinant de pertinence que peuvent parfois avoir les chaînes d’information continues, quand elles se mettent à croire (et tentent de nous faire croire) que des sujets de ce type méritent autant d’importance et sont d’intérêt public. C’est probablement le piège d’avoir à remplir des heures de télévision par jour lorsqu’il y a peu de nouvelles: on en invente.
  2. Le flou total dans lequel naviguent bien des professeurs aujourd’hui. Bien sûr, l’idée de couper une phrase innocente d’un morceau d’anthologie de la chanson française est absurde. Mais le professeur n’y est pour rien; le climat actuel y est pour tout. L’enseignant a considéré que le sujet de cette phrase était potentiellement explosif, à une époque où accommodements raisonnables et laïcité dans les lieux publics sont patates chaudes pour politiciens, et appâts pour médias en tout genre (on vient quand même de porter la question du cours d’Éthique et culture religieuse en Cour suprême). Il a jugé qu’il éviterait ainsi le scandale. Il s’est trompé, il est tombé sur un parent zélé qui y a vu de quoi s’outrer, et a appelé les journalistes affamés. S’il avait laissé la phrase, il aurait aussi bien pu tomber sur un parent tout aussi zélé qui aurait jugé inadmissible d’enseigner cela aux jeunes, que cela va à l’encontre de la laïcité à l’école, et aurait appelé les journalistes affamés. Les enseignants ne savent plus, ne peuvent prévoir sur quel parent zélé ils vont tomber aujourd’hui, à l’ère où tout se règle par les médias. D’une manière ou d’une autre, il risquait de se faire ramasser. C’est ce qui lui est arrivé.
  3. Que les deux ministres provinciales qui se sont prononcées sur le sujet sont déconnectées du contexte délicat dans lequel travaillent les enseignants aujourd’hui. Leurs propos d’indignation et de dénonciation démontrent leur profonde incompréhension des véritables raisons qui ont mené à cette décision (à moins qu’elles soient bien conscientes de la situation, mais que le fait de le reconnaître les ferait pénétrer dans une zone de nuance qui n’est pas une stratégie gagnante en prévision d’une campagne électorale. Alors que virtuellement tout le monde s’insurge contre le geste de l’enseignant, mieux vaut se mettre à crier à son tour pour marquer des points politiques.) Seule la Commission scolaire, qui appuie l’enseignant, a pu reconnaître la complexité de la chose  (et est rabrouée pour l’avoir fait, d’ailleurs). Ce qu’elle dit: tant que les balises sur ces questions ne sont pas clairement définis, les profs marchent constamment sur des oeufs, et des décisions telles que celle prise pour la chanson de Piaf sont le résultat non pas d’un mot d’ordre demandant de cacher toute référence à Dieu, mais plutôt d’une confusion généralisée sur ce que l’on peut dire ou pas aux jeunes aujourd’hui, sans créer de tsunami dans l’opinion public.