Billets contenant le mot-clé ‘Jean Charest’

Communication 101

2012
07.18

Hier, le Parti Québécois a mis en ligne cette vidéo, en prévision d’une “éventuelle” campagne électorale, quelque part dans les 16 prochains mois…

Résumons:

  • Un décor qui ressemble à s’y méprendre à un bureau d’enseignant, avec une toile en arrière plan qui ressemble plus à un tableau d’école
  • Un langage corporel rigide, le mains réunies de façon sévères durant la majorité de la pub
  • Un texte qui semble plaqué, appris par coeur, pas vraiment naturel
  • Une grossière erreur de montage (0:39)

Et je me demande, quel conseiller en communication a bien pu concevoir, produire, puis, après avoir visionné le résultat final, autoriser la diffusion de ce message? Il me semble qu’il ne fait qu’ancrer le stéréotype que représente Pauline Marois: un peu déconnectée, froide, distante. Exactement ce que cherche à véhiculer le Parti Libéral du Québec.

Bien sûr, je ne m’attarde pas du tout au contenu de la publicité, seulement à son apparence, à l’image dégagée par la chef. Un aspect bien superficiel, certes, mais désormais si important en politique, particulièrement en campagne électorale.

Regardez maintenant le message équivalent de Jean Charest, mis en ligne il y a un mois:

Du grand art. Sans aucune considération au message, la forme est impeccable: le ton, les petites hésitations qui donnent une impression de naturel, le regard franc, l’ouverture. Et tout ça sans aucune coupure. C’est pas pour rien qu’on dit que Charest est une formidable bête politique. Il sait livrer à la perfection les lignes préparées par son équipe de communication. Une équipe qui n’aurait probablement jamais laissé passé un message de la qualité de celui du Parti Québécois.

Et vient alors la question: comment se fait-il que certains partis reconnus, établis, arrivent à se planter ainsi et ne semblent pas avoir les mêmes standards de qualité que d’autres (vous vous rappelez du célèbre message de Stéphane Dion VS celui de M. Harper, sur le sujet de la coalition)?

Quelques hypothèses:

  • Certains partis ont plus de moyens et peuvent se payer les services de firmes de communication et marketing renommées (cet argument n’est pas une excuse pour le Parti Québécois, n’importe quel diplômé en relations publiques n’aurait pas laissé passé le message de Mme Marois)
  • Certains partis adoptent une approche plus pragmatique et calculatrice, laissant l’idéologie de côté, sachant que la fin justifie les moyens
  • Certains partis laissent moins de place à l’improvisation et planifient tout, de manière un peu froide, alors que d’autre suivent un peu plus leurs valeurs et leurs convictions (on observe un peu la même distinction entre les partis qui savent faire respecter une ligne de partie parmi leurs députés, et ceux qui n’y arrivent pas…)

Mais peut-être que la réponse réside ailleurs.

L’arroseur arrosé

2012
05.31

Enième coup de théâtre aujourd’hui dans le conflit étudiant.

Ce qui est incroyable, cette fois, c’est que les leaders étudiants ont révélé dans plusieurs entrevues aujourd’hui que la ministre Michèle Courchesne leur a expliqué que les négociations étaient rompues pour des raisons de communications, de relations publiques : le parti libéral ne voulait donner l’impression qu’il pliait devant le mouvement étudiant. En faisant quelques concessions  pour parvenir à une entente, il aurait montré des signes de faiblesse, récupérés dans les titres de journaux, et critiqués par certains commentateurs, ce qui n’a pas plu à plusieurs membres du parti.

Donc, plutôt que de chercher à régler la crise actuelle, les libéraux de Jean Charest préfèrent préserver leur image. Pourquoi un parti se met-il à soigner sa réputation ainsi? Pour les élections prochaines, que le premier ministre annonce d’ici les 18 prochains mois, mais que la majorité des analystes prédisent à l’automne (donc bientôt). Le gouvernement voit ici un soutient populaire pour sa position sur la hausse des frais de scolarité, et n’importe quel stratège politique recommanderait d’en profiter d’une manière ou d’une autre. Et ça, selon eux, c’est plus important que de trouver une sortie de crise harmonieuse. Ça fait longtemps qu’on sait que la politique fonctionne ainsi, mais c’est la première fois que je le vois exprimer de façon aussi explicite.

Si ce que les leaders étudiants affirment est vrai, c’est ce que j’appelle sacrifier la paix sociale au profit de la stratégie électorale.

Quelqu’un a déjà utilisé un mot pour qualifier un tel comportement. C’est un mot fort, je l’avoue, mais c’est pas moi qui le dit: Grotesque.

Constatez…

Dauphins libéraux en voie d’extinction

2012
05.17

La démission de la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, au début de la semaine, a été analysée, discutée et commentée de toutes les manières possibles pour prédire quel effet cela aura sur la résolution de la crise entre le gouvernement et les mouvements étudiants.

Mais ce geste de Mme Beauchamp annonce autre chose aussi. À l’heure ou le premier ministre Jean Charest se dirige probablement vers ses dernières élections (certaines rumeurs disent même qu’il pourrait quitter son poste avant, si sa cote de popularité demeure faible), il ne reste plus beaucoup de candidats solides pour le remplacer à la tête de son parti. Couillard, Bachand, Jérome-Forget, Normandeau… Tous des députés et ministres charismatiques, des personnalités fortes, de bons communicateurs, capables d’attirer la sympathie et de susciter l’enthousiasme de l’électorat.

Tous partis.

Beauchamp était l’une des dernières ministres-vedettes de ce gouvernement qui, jusqu’à récemment, semblait se distinguer en générerant une certaine unanimité chez la population, une impression de compétence et d’honnêteté. Une image gâchée, aux yeux de bien du monde, avec la crise actuelle.

Partie elle aussi.

Il ne reste plus beaucoup de remplaçants naturels, on perçoit mal comment le PLQ pourra facilement se renouveler après le règne Charest.

Pierre Moreau ? Raymond Bachand? Un gros bof…

Michèle Courchesne? On oublie ça…

Jean-Marc Fournier? Peut-être…

Coderre? Hihi…

La dérape

2011
06.08

Ce qu’il y a de fascinant dans tout le débat autour du projet de loi 204 sur l’entente entre la ville de Québec et Québécor pour la gestion du futur amphithéâtre, c’est la fréquente incapacité de ceux qui défendent cette loi de reconnaître que ceux qui s’y opposent peuvent simplement en avoir contre la nature même de la loi, contre le fait de retirer un droit aux citoyens.

“Il y a des gens qui sont contre Québécor, il y a des gens qui n’aiment pas M. Labeaume. Il y a toutes sortes de choses qui sont entrées en jeu” – Pauline Marois, pour expliquer l’ampleur qu’a prise la crise au sein de son parti.

“Manifestement, certains ont décidé de stopper l’élan de la Ville de Québec.” – Régis Labeaume, en apprenant que le Parti Libéral reportait le vote sur le projet de loi 204 à l’automne, au lieu de régler le tout cette semaine comme le suppliait le maire de Québec.

“Il faut être généreux dans la vie. S’il n’aime pas Québécor, qu’il essaie d’aimer les gens de Québec.” – Toujours Régis, parlant d’Amir Khadir qui s’oppose au projet de loi.

Toujours cette tactique de tenter de justifier l’opposition par des raisons cachées, personnelles, et non un réel rejet de la loi elle-même. On voudrait enlever toute légitimité à ceux qui ne partagent pas notre point de vue qu’on ne s’y prendrait pas différemment.

Tiens, un autre bijou : la couverture du Journal de Montréal ce matin. Journal qui, c’est non négligeable:

  1. n’a virtuellement aucune objectivité dans ce dossier puisqu’il est est le porte-voix d’une entreprise qui a de clairs intérêts financiers dans le projet
  2. sait très bien que l’opinion publique joue un rôle primordial dans les décisions politiques prises sur ce sujet
  3. est fort conscient de son influence sur cette opinion publique

(Rajoutons, toutefois, que La Presse ne manque aucune occasion pour critiquer sans grandes nuances tout ce qui entoure ce projet de loi, peut-être motivé par la compétition malsaine qu’il existe entre les deux quotidiens.)

Bref, ce Journal de Montréal, après que le premier ministre Charest se soit engagé à verser 200 millions de dollars pour la construction de l’amphithéâtre et qu’il ait accepté de défendre la loi qui protégerait l’entente avec Québécor, ce journal, donc, titre, en première page: “Charest abandonne Québec”. Pourquoi? Parce qu’il a décidé que cette loi serait votée à l’automne, suivant les délais normaux, comme toutes les autres lois, au lieu de lui conféré un caractère sacré et l’adopter en quatrième vitesse sans trop de réflexion. Il “abandonne Québec”.  Faut le faire.

Et les premiers à crier, probablement, seront ces animateurs hurlants des radios privées de Québec, de grands défenseurs des valeurs de droites, et surtout, des libertés individuelles. Un des fondement de ces libertés est le droit, pour tout citoyen, de pouvoir poursuivre en justice un autre individu, une entreprise ou les élus, s’il se sent lésé. Un droit que cherche à suspendre cette loi 204. Mais pourquoi ces animateurs veulent-ils donc retirer ce droit? Aaaah, parce que la majorité des citoyens, la société,  la communauté, veut une équipe de hockey. Retirer des droits individuels pour le bien commun… C’est pas des valeurs go-gauches ça?

C’est à se demander, parfois, si ces commentateurs virulents comprennent réellement les grands principes qu’ils disent défendre.

L’immersion magique

2011
03.14

Le discours inaugural de Jean Charest, il y a quelques semaines, a lancé un débat sur l’enseignement de l’anglais dans les écoles. Un débat sur les capacités, ainsi qu’un débat sur le choix social d’apprendre l’anglais aux jeunes.

Au printemps dernier, j’ai passé quelques jours à Edmonton pour rencontrer des adolescents albertains francophiles, c’est à dire des jeunes anglophones qui vont à l’école en français (toutes leurs matières sont enseignées dans cette langue, sauf les cours d’anglais bien sûr). Résultat: leur capacité à s’exprimer dans les deux langues étaient franchement impressionnante. Les jeunes qui choisissent (ou qui suivent le choix de leurs parents) de suivre cette forme d’éducation, qui s’étend souvent sur l’ensemble de leurs années d’études primaires et secondaires, atteignent un niveau de bilinguisme que notre système québécois est incapable de reproduire avec sa formule actuelle d’enseignement de la langue seconde.

Bien sûr, la situation n’est pas la même. Le français ici peut facilement devenir menacé et on ne peut donc pas nécessairement offrir à tout enfant québécois francophone qui le désire de suivre l’ensemble de son éducation en anglais sans réfléchir à l’impact que cela peut avoir à long terme sur la survie de notre langue. Une préoccupation qu’ils n’ont pas, à Edmonton.

N’empêche, j’ai été un peu jaloux de cette option offerte aux élèves albertains. J’ai moi-même eu la chance d’être dans une classe d’anglais intensif lors de ma 6e année, et ce fut un bon début, un bon germe. Mais ce n’est pas ça qui m’a rendu bilingue. Ce fut plutôt les films, livres, émissions de télévision et voyage que j’ai continué à consommer par la suite, pour approfondir ma maîtrise de cette langue au quotidien. Et combien de mes camarades de l’époque, qui n’ont pas donné suite à leurs apprentissages linguistiques ont, depuis, perdu la quasi-totalité des notions apprises?

Franchement, pour l’enseignement de la langue seconde, notre offre d’une année d’immersion fait pâle figure en comparaison aux programmes offerts dans les autres provinces. Mais pourrions-nous suivre leur modèle sans porter atteinte à la transmission et la vitalité du français? La question est pertinente…

Mais cette proposition de Jean Charest, ne vient-elle pas régler la question?

Comme je l’ai écrit, l’immersion en 6e année n’est qu’une base, une introduction, et ne pourra jamais, à elle seule, engendrer toute une génération d’enfants bilingues.

Mais d’un point de vue pragmatique: l’immersion anglaise obligatoire à tous les élèves de 6e année d’ici 5 ans? Où allons-nous trouver les enseignants pour ça? Oui, en cinq ans, on a le temps de les former, mais encore faut-il les recruter.

Et finalement, imposer cet enseignement à tous les jeunes et condenser leurs matières régulières en une période de cinq mois? Même ceux qui ont des problèmes d’apprentissage ? Même ceux qui ont déjà de la difficulté à passer lorsque l’année se déroule à un rythme régulier? C’est quoi l’ingrédient secret qui va tout régler, les tableaux blancs interactifs?

Proposer des mesures pour rendre les cours d’immersion en anglais accessibles à tous ceux qui le désirent (et non une rareté réservée aux jeunes qui excellent comme c’est le cas présentement) est une excellente idée. Mais l’imposer et réduire la durée d’enseignement du corpus actuel pour tous, en affirmant qu’on assure le futur professionnel de notre jeunesse, relève de la pensée magique, une proposition irréaliste d’une simplicité si stupide qu’elle ne peut qu’être une promesse conçue sans réflexion à des fins de relations publiques.