Billets contenant le mot-clé ‘Élections’

Croire aux jeunes

2012
07.27

L’annonce de la candidature cette semaine de Léo Bureau-Blouin, sous la bannière du PQ, a entraîné un certain débat: n’est-il pas trop jeune pour devenir député? Un jeune de 20 ans, fraîchement sorti du cégep peut-il vraiment être élu et siégé à l’assemblée nationale?

Il y a une réponse simple à cette question: oui. Selon la loi électorale, toute personne de plus de 18 ans peut voter et également se présenter comme candidat.

Mais quand même, plusieurs se sont posé la question, à la même époque où nous nous désolons du manque d’intérêt de la jeunesse pour la politique. N’y a-t-il pas là une contradiction? Alors que tous s’entendent pour dire que les 18-30 ans devraient franchement s’impliquer d’avantage en politique, lorsque l’un d’entre eux se lance, notre premier réflexe est de trouver qu’il n’a pas assez  vécu ou étudié (“on espère qu’il ira chercher plus qu’un simple DEC” ai-je entendu dans les médias).

Cela me donne l’impression que pour plusieurs encore, les seuls gages de compétences sont les diplômes ou l’expérience. C’est oublier que le talent existe, que ce soit en politique ou tout autre domaine. Il est possible d’être juste bon, au naturel, par instinct, acharnement et conviction, parfois sans formation.

Ce billet ne porte pas sur Léo Bureau-Blouin. Je n’ai aucune idée s’il sera un bon député (si jamais il est élu), ou s’il a les compétences requises. Je ne me prononce pas là-dessus. Mais je crois toutefois que des jeunes de 20 ans peuvent devenir d’excellents députés, peu importe le parti, et être capable de servir leurs concitoyens, être à l’écoute des résidents de leur circonscription et gérer des dossiers avec intégrité et maturité, parfois mieux que d’autres élus plus âgés, expérimentés et éduqués qu’eux.

Ceux qui ne croient pas que des jeunes de 20 ans ont cette capacité n’ont qu’à militer pour changer la loi électorale.

Communication 101

2012
07.18

Hier, le Parti Québécois a mis en ligne cette vidéo, en prévision d’une “éventuelle” campagne électorale, quelque part dans les 16 prochains mois…

Résumons:

  • Un décor qui ressemble à s’y méprendre à un bureau d’enseignant, avec une toile en arrière plan qui ressemble plus à un tableau d’école
  • Un langage corporel rigide, le mains réunies de façon sévères durant la majorité de la pub
  • Un texte qui semble plaqué, appris par coeur, pas vraiment naturel
  • Une grossière erreur de montage (0:39)

Et je me demande, quel conseiller en communication a bien pu concevoir, produire, puis, après avoir visionné le résultat final, autoriser la diffusion de ce message? Il me semble qu’il ne fait qu’ancrer le stéréotype que représente Pauline Marois: un peu déconnectée, froide, distante. Exactement ce que cherche à véhiculer le Parti Libéral du Québec.

Bien sûr, je ne m’attarde pas du tout au contenu de la publicité, seulement à son apparence, à l’image dégagée par la chef. Un aspect bien superficiel, certes, mais désormais si important en politique, particulièrement en campagne électorale.

Regardez maintenant le message équivalent de Jean Charest, mis en ligne il y a un mois:

Du grand art. Sans aucune considération au message, la forme est impeccable: le ton, les petites hésitations qui donnent une impression de naturel, le regard franc, l’ouverture. Et tout ça sans aucune coupure. C’est pas pour rien qu’on dit que Charest est une formidable bête politique. Il sait livrer à la perfection les lignes préparées par son équipe de communication. Une équipe qui n’aurait probablement jamais laissé passé un message de la qualité de celui du Parti Québécois.

Et vient alors la question: comment se fait-il que certains partis reconnus, établis, arrivent à se planter ainsi et ne semblent pas avoir les mêmes standards de qualité que d’autres (vous vous rappelez du célèbre message de Stéphane Dion VS celui de M. Harper, sur le sujet de la coalition)?

Quelques hypothèses:

  • Certains partis ont plus de moyens et peuvent se payer les services de firmes de communication et marketing renommées (cet argument n’est pas une excuse pour le Parti Québécois, n’importe quel diplômé en relations publiques n’aurait pas laissé passé le message de Mme Marois)
  • Certains partis adoptent une approche plus pragmatique et calculatrice, laissant l’idéologie de côté, sachant que la fin justifie les moyens
  • Certains partis laissent moins de place à l’improvisation et planifient tout, de manière un peu froide, alors que d’autre suivent un peu plus leurs valeurs et leurs convictions (on observe un peu la même distinction entre les partis qui savent faire respecter une ligne de partie parmi leurs députés, et ceux qui n’y arrivent pas…)

Mais peut-être que la réponse réside ailleurs.

L’arroseur arrosé

2012
05.31

Enième coup de théâtre aujourd’hui dans le conflit étudiant.

Ce qui est incroyable, cette fois, c’est que les leaders étudiants ont révélé dans plusieurs entrevues aujourd’hui que la ministre Michèle Courchesne leur a expliqué que les négociations étaient rompues pour des raisons de communications, de relations publiques : le parti libéral ne voulait donner l’impression qu’il pliait devant le mouvement étudiant. En faisant quelques concessions  pour parvenir à une entente, il aurait montré des signes de faiblesse, récupérés dans les titres de journaux, et critiqués par certains commentateurs, ce qui n’a pas plu à plusieurs membres du parti.

Donc, plutôt que de chercher à régler la crise actuelle, les libéraux de Jean Charest préfèrent préserver leur image. Pourquoi un parti se met-il à soigner sa réputation ainsi? Pour les élections prochaines, que le premier ministre annonce d’ici les 18 prochains mois, mais que la majorité des analystes prédisent à l’automne (donc bientôt). Le gouvernement voit ici un soutient populaire pour sa position sur la hausse des frais de scolarité, et n’importe quel stratège politique recommanderait d’en profiter d’une manière ou d’une autre. Et ça, selon eux, c’est plus important que de trouver une sortie de crise harmonieuse. Ça fait longtemps qu’on sait que la politique fonctionne ainsi, mais c’est la première fois que je le vois exprimer de façon aussi explicite.

Si ce que les leaders étudiants affirment est vrai, c’est ce que j’appelle sacrifier la paix sociale au profit de la stratégie électorale.

Quelqu’un a déjà utilisé un mot pour qualifier un tel comportement. C’est un mot fort, je l’avoue, mais c’est pas moi qui le dit: Grotesque.

Constatez…

Dauphins libéraux en voie d’extinction

2012
05.17

La démission de la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, au début de la semaine, a été analysée, discutée et commentée de toutes les manières possibles pour prédire quel effet cela aura sur la résolution de la crise entre le gouvernement et les mouvements étudiants.

Mais ce geste de Mme Beauchamp annonce autre chose aussi. À l’heure ou le premier ministre Jean Charest se dirige probablement vers ses dernières élections (certaines rumeurs disent même qu’il pourrait quitter son poste avant, si sa cote de popularité demeure faible), il ne reste plus beaucoup de candidats solides pour le remplacer à la tête de son parti. Couillard, Bachand, Jérome-Forget, Normandeau… Tous des députés et ministres charismatiques, des personnalités fortes, de bons communicateurs, capables d’attirer la sympathie et de susciter l’enthousiasme de l’électorat.

Tous partis.

Beauchamp était l’une des dernières ministres-vedettes de ce gouvernement qui, jusqu’à récemment, semblait se distinguer en générerant une certaine unanimité chez la population, une impression de compétence et d’honnêteté. Une image gâchée, aux yeux de bien du monde, avec la crise actuelle.

Partie elle aussi.

Il ne reste plus beaucoup de remplaçants naturels, on perçoit mal comment le PLQ pourra facilement se renouveler après le règne Charest.

Pierre Moreau ? Raymond Bachand? Un gros bof…

Michèle Courchesne? On oublie ça…

Jean-Marc Fournier? Peut-être…

Coderre? Hihi…

Vendre la peau de l’ours

2012
04.25

Lundi,  les Albertains sont passés aux urnes. Tous les sondages prévoyaient que le Parti conservateur provincial, au pouvoir depuis 41 ans, allait se faire renverser par la popularité fulgurante du Wildrose Party, un parti en pleine croissance, encore plus à droite que le parti conservateur. Ce qu’il restait à déterminer : un gouvernement majoritaire ou minoritaire pour le Wildrose…
Ce n’est pas ce qui s’est produit. Les conservateurs progressistes ont emporté une douzième majorité consécutive, avec trois fois plus de députés élus que leur principal concurrent. Absolument, mais vraiment absolument, rien à voir avec les sondages et les prédictions finales publiées quelques jours avant.

Voici un premier argument permettant de remettre en doute la nécessité des sondages en campagne électorale : ils sont peu fiables. À la veille des élections fédérales en mai dernier, selon ces calculs rendant quotidiennement compte de l’humeur populaire, la majorité parlementaire de Stephen Harper était loin d’être acquise, et le NPD bénéficiait d’un soudain élan au Québec, qui lui aurait donné au mieux quelques sièges de plus dans la province. Un euphémisme.
Il est d’ailleurs étonnant qu’on ait toujours autant recours aux sondages, vu leur faible cohérence avec le résultat final. Si ces prédictions étaient le fruit de psychisme et non de mathématique, on crierait rapidement au charlatanisme.
Les sondeurs et statisticiens, maintenant sur la défensive, justifient ce fossé en expliquant que certaines tendances sont apparues à la dernière minute, que les derniers coups de fils aux électeurs remontent à 4 jours avant le scrutin et que les choses ont bougé depuis, ou même que des électeurs peuvent changer d’avis à la dernière minute surtout lorsqu’ils s’apprêtent à voter pour un parti qui entraînera un changement important.
Bref, plein de raisons pour expliquer que les sondages réussissent seulement occasionnellement à prédire avec justesse le portrait politique du lendemain des élections.
D’où la question : à quoi servent-ils?

Deuxième argument : ils altèrent le vote de la population.
Le raisonnement est simple, les électeurs aimant généralement voter pour un parti d’importance qui a certaines chances de l’emporter, ou du moins de faire une différence, ils portent leur attention sur les 2-3 partis en haut des sondages. Rejetant du même coup tous les tiers partis qui, peut-être, reflètent plus leurs valeurs. Bref, les sondages contribuent à une présélection indirecte du choix offert aux électeurs.
On peut se demander, le NPD aurait-il connu sa vague orange si les sondages n’avaient pas parlé d’une certaine hausse dans les intentions de vote quelques jours avant le 2 mai? Est-il possible que c’est en voyant ces prédictions que des milliers de Québécois se sont dit que le parti de Layton mérite leur vote puisqu’il est peut-être plus crédible qu’on pense (puisqu’il montait au 3e voir au 2e rang dans les sondages)?

D’ailleurs, le phénomène du « vote stratégique » est un exemple clair de l’influence des sondages sur le comportement des électeurs. Lorsqu’un parti s’élève trop haut dans les intentions de vote, plusieurs citoyens vont choisir de voter pour une formation qui pourra le bloquer à la ligne d’arrivée, plutôt que de voter pour le parti qui est le plus en harmonie avec leurs priorités. Ils ne l’auraient pas fait s’ils n’avaient pas su que tel ou tel parti qu’ils détestent avait soudainement de réelles chances de prendre le pouvoir. Ils ne l’auraient pas fait si les sondages ne leur avait pas dit.

L’ironie dans tout ça, c’est que c’est probablement ce qui s’est passé il y a deux jours, en Alberta. Face à des sondages qui prédisaient une victoire décisive du Wildrose Party, plusieurs électeurs qui auraient normalement voté libéral ou NPD ont choisi de voter pour les Conservateurs afin de freiner l’élan du parti favori. En résumé, si les électeurs se sont virés de bord à la dernière minute, et qu’ils ont fait glorieusement mentir les maisons de sondage, c’est probablement à cause de ce que disaient les sondages à la base. Bref, les sondages sont à l’origine de leur propre discrédit.
Sans eux, les électeurs ne se seraient pas mobilisés en bloc derrière le parti Conservateur. Mais en même temps, peut-être qu’à la base, le Wildrose n’aurait pas connu cette propulsion pré-électorale spectaculaire, un mouvement de masse alimenté par les sondages. En fait, on ne sait juste pas ce qu’auraient été les résultats sans l’existence des sondages.

Ce que l’on sait par contre, c’est qu’il est désormais indéniable que la publication des intentions de vote influence le choix des individus, une fois dans l’isoloir. Je n’ai aucune idée si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Mais il faudrait probablement assumer ce constat et se poser la question en tant que société : acceptons-nous qu’un tel outil, qui avec le temps s’est incrusté de façon définitive dans notre paysage médiatique, vienne altérer le processus démocratique à ce point?

Les deux choix

2011
05.10

L’élection de plusieurs candidats “poteaux” du NPD, la semaine dernière (dont la désormais célèbre Ruth Ellen Brosseau), en fait réagir plus d’un, qui ne comprennent pas qu’un si grand nombre de citoyens aient osé voter pour un candidat qui n’a même pas fait campagne. Certains y voient même un signe du manque de culture politique de la majorité.

Pas moi.

Je veux dire, je comprends parfaitement que l’on puisse voter sans porter attention aux candidats de notre circonscription. Personnellement,  c’est ce que j’ai fait. Il n’y a pas là matière à indignation.

Lorsque notre pays a été formé au 19e siècle, il était normal que les électeurs se basent sur la compétence de leurs candidats locaux, ceux-ci étaient probablement les seuls à pouvoir réellement faire connaître le parti qu’ils représentaient aux habitants de leur région. Faute de radio, de télévision et d’internet, la grande majorité des citoyens n’avaient pas la possibilité d’entendre les chefs de partis. Leurs choix devaient donc reposer sur les paroles de ceux qui se présentaient dans leur coin.

Mais les choses ont bien changé, et aujourd’hui, on doit non seulement choisir quel parti aura l’honneur de récolter notre vote, mais aussi selon quels critères voulons-nous faire ce choix:

  • La qualité de leader du chef du parti, sa capacité à prendre en charge la gestion d’un si grand pays
  • Les valeurs défendues par ce parti (et encore là, ça dépend de quel type de valeurs, on peut bien être en accord avec les principes économiques d’un parti mais en désaccord complet avec ses propositions au point de vue des mesures sociales, il faut fixer nos priorités)
  • La qualité du candidat dans notre circonscription

Et ça c’est sans compté la possibilité de choisir de “voter stratégique” pour bloquer un parti.

Il y a rarement des situations parfaites où tous ces critères se réunissent en harmonie derrière un seul candidat. C’est la réalité de notre système.

Que faire si un parti défend à la lettre nos convictions mais que son chef n’a pas la qualité requises pour gouverner un pays? Devons-nous plutôt opter pour leader plus compétent mais qui partage moins nos idéaux?

Que faire si le seul candidat local qui semble robuste et en mesure de défendre nos intérêts est issu d’un parti qui nous laisse froid? (Plusieurs habitants du Lac St-Jean on tranché en votant pour leur influent député Denis Lebel sans nécessairement partager les valeurs conservatrices, on ne peut les blâmer.)

Que faire si le parti national qui nous intéresse le plus présente un poteau dans notre circonscription?

Bref, comment choisir le parti pour lequel je veux voter?

C’est là la deuxième question que tous doivent trancher une fois rendus dans l’isoloir.

Il est totalement compréhensible que les électeurs fixent leur choix en fonction de deux, ou même un seul des critères que j’ai énumérés.

Futur incertain

2011
05.03

Quelques réflexions alors que se concrétisent les résultats électoraux devant moi:

  • Avant et durant la campagne, les conservateurs ont été accusés d’outrage au parlement, de cacher ses chiffres sur les prisons, sur les avions, de mettre des bâtons dans les roues des journalistes,  de jeter des jeunes en dehors des rassemblements, de dépenser l’argent public à outrance dans certaines circonscriptions conservatrices, de ne pas répondre aux questions sur tous ces dossiers et de carrément mentir par moment. En accordant une majorité à Stephen Harper, les citoyens canadiens ont légitimé, ont validé cette manière de faire, indiquant qu’il s’agit là de la bonne stratégie à adopter pour gagner. Les conservateurs, et les autres partis prendront bonne note. La politique ne se fera peut-être plus jamais de la même manière au pays.
  • Dans une même ordre d’idée, la majorité des commentateurs de la scène politique ont évalué que Michael Ignatieff a mené une campagne efficace, avec dignité et respect, sans jamais tomber dans les attaques personnelles et osant même parfois donner des réponses honnêtes et complexes, s’éloignant ainsi des stratégies de langue de bois en campagne électorale. Le score qu’il s’est mérité après avoir adopté une telle approche vous donne une idée des chances qu’elle soit à nouveau adopté par un chef dans un futur proche.
  • Plusieurs se demandent comment il se fait que les Québécois aient tout d’un coup aient succombé au charme de “Jack”. En fait, je ne crois pas que c’est nouveau, je pense que ça fait longtemps que les Québécois, et bien des Canadiens, ont la piqûre, mais qu’ils n’osent pas voter néodémocrate parce qu’il s’agissait, à leur point de vue d’un tiers partie. Je crois que les sondages favorables au NPD ont permis à bien des gens de comprendre qu’ils n’étaient pas les seuls à avoir un béguin, que le NPD était une option réaliste et qu’ils pouvaient ainsi se permettre de voter avec leur coeur, ce qui les démangeait peut-être depuis un certain temps.

L’économie en façade

2011
04.29

Suite de ce billet

J’entends souvent des gens dire que le parti Conservateur ne peut pas obtenir de mandat majoritaire, parce que c’est impossible qu’une majorité de la population canadienne vote pour une telle idéologie.

Ils se trompent à moitié.

Premièrement, oui les troupes de Harper peuvent effectivement obtenir une majorité, qui a toujours été à leur portée durant la campagne (sans jamais leur être assurée), même aujourd’hui alors que le NPD surprend tout le monde. Mais si cette majorité est possible, effectivement ce n’est pas parce que l’ensemble des Canadiens embrassent l’idéologie conservatrice.

Parce que la stratégie du gouvernement conservateur n’est pas de générer un mouvement d’enthousiasme national qui saura séduire l’ensemble des citoyens (en fait c’est sûrement ce qu’ils désirent, mais puisque ça fonctionne pas, ils doivent s’y prendre d’un autre moyen). Puisqu’il leur manque seulement une douzaine de sièges (sur 308) pour avoir leur majorité, les stratèges du parti ont choisi de concentrer leurs efforts sur une trentaine de circonscriptions où ils ont une chance d’emporter un nouveau siège. Bref, allons séduire intensément les citoyens de quelques régions précises et au bout du compte, en allant ainsi grappiller des votes un peu partout, on pourra peut-être récolter le nombre de sièges nécessaires pour obtenir une majorité en chambre, sans que notre message n’ait résonné de façon globale parmi l’ensemble des électeurs.

L’idée n’est donc pas de cherche à séduire tous, mais plutôt, selon les mots de Manon Cornellier (Le Devoir): “Le message est donc, depuis le début de la campagne, taillé sur mesure pour cette frange de l’électorat qui aime la stabilité, est peu sensible aux débats sur les institutions démocratiques, s’inquiète avant tout de sa sécurité économique et aime que le gouvernement pige moins dans ses poches.”

Un message simple, répété à outrance en réponse à chaque question posée, peu importe sa nature. Et honnêtement, ça paraît que les partisans conservateurs sont souvent des personnes pour qui la religion occupe une place importante, parce que pour gober les affirmations de Stephen Harper, il faut franchement faire acte de foi, tellement il ne sort ni chiffres ni preuves pour étayer ses dires.

Mais tout de même, plusieurs sympathisants conservateurs argumenteront, avec raison, que le gouvernement Harper a su travailler avec pragmatisme durant les cinq dernières années. Il est vrai que ce parti a parfois été capable de  mettre ses idéologies de côté sur des dossiers importants (plan de relance, entre autre). Toutefois, est-ce que cela assure qu’il adoptera la même philosophie de gouvernance en territoire majoritaire?

En fait, supposant que l’objectif de Harper a toujours été de se chercher une majorité (ce que disent plusieurs analystes), est-il possible que toutes ces décisions plus modérées avaient pour objectif de rassurer la population, pour montrer qu’un gouvernement conservateur n’est pas si pire que ça, en espérant que les électeurs lui accordent leur plein confiance pour lui laisser, enfin, le champ libre? Rien ne nous prouve le contraire, et connaissant la grande intelligence des gens derrière ce parti, cela me semblerait logique.

Et remarquez un truc, ce qu’il martèle depuis le début, c’est qu’il veut former un gouvernement solide pour s’occuper de la priorité des Canadiens: l’économie. C’est un thème rassembleur, qui doit charmer bien des gens. Mais ne l’oublions pas, l’idéologie conservatrice, ce ne sont pas que des valeurs sociales, c’est aussi une vision économique très précise. Et en recevant un mandat clair de la population pour s’occuper de l’économie, un gouvernement conservateur majoritaire aura carte blanche pour gouverner de façon idéologique sur ce thème.

Ce qui peut impliquer quoi? Une baisse des taxes, une réduction de la taille de l’État, entraînant des coupures dans les services offerts. Déjà, le gouvernement prévoit couper des milliards dans les prochaines années dans les services publics, sans dire où exactement. On peut facilement imaginer que plusieurs décisions chères à l’idéologie conservatrice seront justifiées en sortant l’argument du mieux-être économique du pays: réduction de Radio-Canada (un service que les Conservateurs détestent ouvertement), fin des subventions publiques aux partis politiques, coupure dans les fonds versés à des évènements artistiques, etc. Il y aura toujours moyen de justifier de pareilles décisions en expliquant que c’était un mal nécessaire pour assurer la stabilité économique et l’assainissement des finances publiques.

Plusieurs s’en réjouiront, c’est ici le débat entre la gauche et la droite économique, mais je ne suis pas si convaincu que les canadiens sont tant “de droite”. Oui ils accordent une importance primordiale à l’économie, mais c’est surtout, à mon avis, parce que leur préoccupation première est  leur qualité de vie. Une qualité de vie assurée, entre autre, par la santé économique du pays, mais aussi par tous les services offerts (assurance maladie, éducation à prix modique, garderies subventionnées), dont certains pourraient être menacés par un gouvernement conservateur majoritaire.

Je me résume: en utilisant son mandat majoritaire pour effectuer plusieurs coupes dans les services publics au nom de l’Économie, un gouvernement conservateur pourra ainsi faire avancer son agenda idéologique sans déroger de sa promesse électorale (l’économie), affectant ainsi les services reçus par les citoyens, qui eux croyaient pourtant que cela allait améliorer leurs conditions.

Je crois de plus en plus que si les conservateurs choisissent d’utiliser une grande formule simple pour résumer l’ensemble de leur philosophie, c’est qu’ils supposent que les détails effraieraient trop d’électeurs, toujours accrochés aux acquis de la société canadienne.

Et je doute qu’ils croient que leurs valeurs conservatrices soient réellement partagées par une majorité de citoyens à travers le pays, parce que si cela avait été le cas, ils auraient cherché à en faire la promotion haut et fort durant la campagne, du Pacifique à l’Atlantique, et non de concentrer leurs actions sur une trentaine de circonscriptions.

Le secret est dans la mélanine

2011
04.27

On dit souvent que pour réussir en politique, pour gravir les échelons et attirer le soutien des membres de son parti (et ensuite des électeurs), un individu doit savoir faire preuve d’un grand sens de la persuasion, dégager un profond leadership et maîtriser avec finesse ce concept si abstrait surnommé “charisme”. C’est de ces caractéristiques que naissent les vrais chefs, dit-on.

Foutaises.

Tout ce que ça prend, c’est la bonne mélanine.

Constatez par vous-mêmes. Voici les chefs des cinq partis principaux de l’élection actuelle.

Stephen Harper

Michael Ignatieff

Jack Layton

Gilles Duceppe

Elizabeth May

Je ne sais pas exactement ce que cela dit sur notre démocratie et les critères utilisés par les citoyens canadiens pour juger de la compétence des candidats, mais il semble y avoir ici une formule gagnante. De l’hypnose, peut-être?

Et si vous restez sceptique, je vous invite à regarder nos derniers premiers ministres fédéraux droits dans les yeux.

Paul Martin

Jean Chrétien

Kim Campbell

Brian Mulroney

Ça sent la société secrète. Tous issus d’un même code génétique…

Par contre, ce constat s’applique seulement à Ottawa. Un tel phénomène (n’ayons pas peur des mots) n’est pas observable à l’Assemblée Nationale à Québec ou à Washington (Barack, lui, c’est du vrai charisme qu’il a!).

Statu quo

2011
04.05

Michel Martelly a remporté, hier, le deuxième tour des élections présidentielles haïtiennes. On verra dans les prochains mois comment se débrouillera ce chanteur populaire et populiste, qui n’a jamais vraiment trempé dans le monde de la politique (en Haïti, c’est peut-être une bonne chose…)

Mais d’abord, un extrait de l’article sur cyberpresse qui fait un compte-rendu de sa conférence de presse d’aujourd’hui, extrait qui démontre l’état de la nation, près de 15 mois après le séisme:

La passation de pouvoir entre Michel Martelly et l’actuel président René Préval doit se dérouler le 14 mai. Le chanteur s’installera alors dans les tentes installées dans les jardins du palais présidentiel toujours en ruines.