Disons que vous détestez les champignons à en vomir. Vous n’en pouvez rien, c’est comme ça, ça cous écoeure.
Je vous propose un choix entre deux soupes, une minestrone ou une crème de champignon. Allez-vous répondre : « Peu importe le type de soupe, tout ce que je veux c’est un grand bol, et non un petit, pour que j’aie pas à refaire ce choix trop souvent. »?
Bien sûr que non.
Et pourtant, cet avec un argument similaire que Stephen Harper aimerait se faire réélire. Un enjeu majorité/minorité (la métaphore grand bol/petit bol, vous aurez compris).
Il dit que la population doit élire un gouvernement conservateur majoritaire puisque seule une majorité permettra d’avoir un gouvernement stable, qui évitera d’avoir d’autres élections dans les prochaines années (dont les canadiens sont tannés, selon lui) et assurera la relance de l’économie.
En substance : l’important, c’est la majorité. Peu importe la couleur de cette majorité.
Plusieurs électeurs adhèrent à cette réflexion et affirment qu’ils n’en peuvent plus des élections, et c’est pour c’est pour cela qu’ils voteront conservateur. Pas parce qu’ils sont en accord avec leurs valeurs et leurs idéaux, pas parce qu’ils trouvent que Stephen Harper est particulièrement inspirant, mais seulement parce qu’ils veulent que les choses fonctionnent rondement à Ottawa sans que tout le processus parlementaire soit interrompu à chaque deux ans.
C’est un très mauvais argument, à mon avis. Tout aussi incompréhensible que la métaphore du bol de soupe. Ce n’est pas parce qu’un gouvernement est stable qu’ils est en harmonie avec vos convictions. Un gouvernement majoritaire libéral prendrait des décisions bien différentes d’un gouvernement majoritaire néo-démocrate ou conservateur. On a tendance à l’oublier.
Pour plusieurs, leur choix se résume simplement à la capacité de leadership des chefs de parti, comme si toutes les différences de vision de ces chefs étaient bien subtiles et secondaires. Je peux comprendre qu’avec cette perception, on ne cherche qu’à avoir une administration stable.
Mais on oublie alors que notre choix devrait reposer non seulement sur la capacité du pays à garder sa vitesse de croisière, mais aussi, surtout, sur la direction dans laquelle il se dirige. Et chaque parti a une destination différente en tête.
Deux petites questions sur ce sujet, d’ailleurs. M. Harper ne manque jamais de souligner que le Canada est le pays à s’être le plus facilement désempêtré de la crise économique et que son gouvernement conservateur est le formidable responsable de cette reprise. Toutefois, il soutient également qu’il faut une majorité puisqu’un gouvernement minoritaire ne peut assurer la force de cette relance. Ne se contradit-il pas? Le gouvernement canadien est minoritaire depuis 2004, soit avant, pendant et après la récente crise économique. Pourtant, il est le pays qu’y s’en sort le mieux. Se peut-il alors que la composition du parlement n’ait pas tant d’incidence sur la performance économique du pays, contrairement à ce que veut bien dire notre premier ministre?
Et aussi, les canadiens sont-ils réellement écoeurés des élections et des gouvernements minoritaires, ou c’est Harper qui a réussi à leur faire croire ça à force de leur dire qu’ils le sont?
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Au Québec, le slogan du parti du Conservateur est « Notre région au pouvoir ». Les candidats argumentent que la province aurait avantage à élire des députés membre du parti au pouvoir, qui seront alors assis autour de la table de décisions. En d’autres mots : si vous voulez que vos besoins soient considérés lorsque nous aurons des millions à investir, si vous ne voulez pas être complètement oublié par le gouvernement, vous devez voter pour nous. Entre ça et le chantage, je ne sais même pas s’il reste un pas.
Pourtant, le gouvernement conservateur a toujours nié avoir été plus généreux envers les circonscriptions conservatrices quand venait le temps de répartir les milliards du plan de relance, ce qui serait scandaleux puisque le gouvernement, peu importe par qui il est élu, se doit de venir en aide à l’ensemble du pays, équitablement.
Jamais, donc, ils n’oseraient donner plus d’argent à un secteur qui a largement voté pour eux. Mais, ils vous suggèrent d’élire des candidats conservateurs, « ça ne peut pas nuire à votre région », si vous comprenez ce que ça veut dire. Je n’arrive pas à comprendre comment ils arrivent à trouver cohérence entre ces deux affirmations.
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Michael Ignatieff, un homme de principes, fait beaucoup campagne en argumentant à quel point les conservateurs négligent les valeurs démocratiques traditionnelles de notre pays, que ce soit au niveau du respect des citoyens, de la place aux débats d’idées ou du rôle des médias.
Mais je me demande à quel point ces sujets, aussi fondamentaux soient-ils, touchent la population. Premièrement, il est largement reconnu que nous sommes une société de plus en plus individualiste, peut-être moins émus par les lignes directrices d’un mieux-vivre commun. Nous comptons aussi parmi nous de plus en plus d’immigrants qui ont choisi de venir ici pour retrouver de meilleures conditions de vie. Peut-être sont-ils moins familiers avec tous les détails de nos traditions démocratiques, ou y accordent-ils moins d’importance pour l’instant, cherchant d’abord à assurer un environnement décent pour leur famille, une priorité tout à fait légitime.
Lorsque l’on ajoute ces nouveaux arrivants à tous ces Canadiens « pure laine » qui se préoccupent surtout de leur confort quotidien, et qui ne saisissent pas comment la santé démocratique de la nation joue un rôle capital, mais indirect, dans ce confort, alors ce ne seront que les promesses précises, ciblées, concrètes qui auront un impact sur les électeurs.
Pas les grands principes, aussi honorables soient-ils.