Billets contenant le mot-clé ‘Campagne électorale’

Communication 101

2012
07.18

Hier, le Parti Québécois a mis en ligne cette vidéo, en prévision d’une “éventuelle” campagne électorale, quelque part dans les 16 prochains mois…

Résumons:

  • Un décor qui ressemble à s’y méprendre à un bureau d’enseignant, avec une toile en arrière plan qui ressemble plus à un tableau d’école
  • Un langage corporel rigide, le mains réunies de façon sévères durant la majorité de la pub
  • Un texte qui semble plaqué, appris par coeur, pas vraiment naturel
  • Une grossière erreur de montage (0:39)

Et je me demande, quel conseiller en communication a bien pu concevoir, produire, puis, après avoir visionné le résultat final, autoriser la diffusion de ce message? Il me semble qu’il ne fait qu’ancrer le stéréotype que représente Pauline Marois: un peu déconnectée, froide, distante. Exactement ce que cherche à véhiculer le Parti Libéral du Québec.

Bien sûr, je ne m’attarde pas du tout au contenu de la publicité, seulement à son apparence, à l’image dégagée par la chef. Un aspect bien superficiel, certes, mais désormais si important en politique, particulièrement en campagne électorale.

Regardez maintenant le message équivalent de Jean Charest, mis en ligne il y a un mois:

Du grand art. Sans aucune considération au message, la forme est impeccable: le ton, les petites hésitations qui donnent une impression de naturel, le regard franc, l’ouverture. Et tout ça sans aucune coupure. C’est pas pour rien qu’on dit que Charest est une formidable bête politique. Il sait livrer à la perfection les lignes préparées par son équipe de communication. Une équipe qui n’aurait probablement jamais laissé passé un message de la qualité de celui du Parti Québécois.

Et vient alors la question: comment se fait-il que certains partis reconnus, établis, arrivent à se planter ainsi et ne semblent pas avoir les mêmes standards de qualité que d’autres (vous vous rappelez du célèbre message de Stéphane Dion VS celui de M. Harper, sur le sujet de la coalition)?

Quelques hypothèses:

  • Certains partis ont plus de moyens et peuvent se payer les services de firmes de communication et marketing renommées (cet argument n’est pas une excuse pour le Parti Québécois, n’importe quel diplômé en relations publiques n’aurait pas laissé passé le message de Mme Marois)
  • Certains partis adoptent une approche plus pragmatique et calculatrice, laissant l’idéologie de côté, sachant que la fin justifie les moyens
  • Certains partis laissent moins de place à l’improvisation et planifient tout, de manière un peu froide, alors que d’autre suivent un peu plus leurs valeurs et leurs convictions (on observe un peu la même distinction entre les partis qui savent faire respecter une ligne de partie parmi leurs députés, et ceux qui n’y arrivent pas…)

Mais peut-être que la réponse réside ailleurs.

Futur incertain

2011
05.03

Quelques réflexions alors que se concrétisent les résultats électoraux devant moi:

  • Avant et durant la campagne, les conservateurs ont été accusés d’outrage au parlement, de cacher ses chiffres sur les prisons, sur les avions, de mettre des bâtons dans les roues des journalistes,  de jeter des jeunes en dehors des rassemblements, de dépenser l’argent public à outrance dans certaines circonscriptions conservatrices, de ne pas répondre aux questions sur tous ces dossiers et de carrément mentir par moment. En accordant une majorité à Stephen Harper, les citoyens canadiens ont légitimé, ont validé cette manière de faire, indiquant qu’il s’agit là de la bonne stratégie à adopter pour gagner. Les conservateurs, et les autres partis prendront bonne note. La politique ne se fera peut-être plus jamais de la même manière au pays.
  • Dans une même ordre d’idée, la majorité des commentateurs de la scène politique ont évalué que Michael Ignatieff a mené une campagne efficace, avec dignité et respect, sans jamais tomber dans les attaques personnelles et osant même parfois donner des réponses honnêtes et complexes, s’éloignant ainsi des stratégies de langue de bois en campagne électorale. Le score qu’il s’est mérité après avoir adopté une telle approche vous donne une idée des chances qu’elle soit à nouveau adopté par un chef dans un futur proche.
  • Plusieurs se demandent comment il se fait que les Québécois aient tout d’un coup aient succombé au charme de “Jack”. En fait, je ne crois pas que c’est nouveau, je pense que ça fait longtemps que les Québécois, et bien des Canadiens, ont la piqûre, mais qu’ils n’osent pas voter néodémocrate parce qu’il s’agissait, à leur point de vue d’un tiers partie. Je crois que les sondages favorables au NPD ont permis à bien des gens de comprendre qu’ils n’étaient pas les seuls à avoir un béguin, que le NPD était une option réaliste et qu’ils pouvaient ainsi se permettre de voter avec leur coeur, ce qui les démangeait peut-être depuis un certain temps.

L’économie en façade

2011
04.29

Suite de ce billet

J’entends souvent des gens dire que le parti Conservateur ne peut pas obtenir de mandat majoritaire, parce que c’est impossible qu’une majorité de la population canadienne vote pour une telle idéologie.

Ils se trompent à moitié.

Premièrement, oui les troupes de Harper peuvent effectivement obtenir une majorité, qui a toujours été à leur portée durant la campagne (sans jamais leur être assurée), même aujourd’hui alors que le NPD surprend tout le monde. Mais si cette majorité est possible, effectivement ce n’est pas parce que l’ensemble des Canadiens embrassent l’idéologie conservatrice.

Parce que la stratégie du gouvernement conservateur n’est pas de générer un mouvement d’enthousiasme national qui saura séduire l’ensemble des citoyens (en fait c’est sûrement ce qu’ils désirent, mais puisque ça fonctionne pas, ils doivent s’y prendre d’un autre moyen). Puisqu’il leur manque seulement une douzaine de sièges (sur 308) pour avoir leur majorité, les stratèges du parti ont choisi de concentrer leurs efforts sur une trentaine de circonscriptions où ils ont une chance d’emporter un nouveau siège. Bref, allons séduire intensément les citoyens de quelques régions précises et au bout du compte, en allant ainsi grappiller des votes un peu partout, on pourra peut-être récolter le nombre de sièges nécessaires pour obtenir une majorité en chambre, sans que notre message n’ait résonné de façon globale parmi l’ensemble des électeurs.

L’idée n’est donc pas de cherche à séduire tous, mais plutôt, selon les mots de Manon Cornellier (Le Devoir): “Le message est donc, depuis le début de la campagne, taillé sur mesure pour cette frange de l’électorat qui aime la stabilité, est peu sensible aux débats sur les institutions démocratiques, s’inquiète avant tout de sa sécurité économique et aime que le gouvernement pige moins dans ses poches.”

Un message simple, répété à outrance en réponse à chaque question posée, peu importe sa nature. Et honnêtement, ça paraît que les partisans conservateurs sont souvent des personnes pour qui la religion occupe une place importante, parce que pour gober les affirmations de Stephen Harper, il faut franchement faire acte de foi, tellement il ne sort ni chiffres ni preuves pour étayer ses dires.

Mais tout de même, plusieurs sympathisants conservateurs argumenteront, avec raison, que le gouvernement Harper a su travailler avec pragmatisme durant les cinq dernières années. Il est vrai que ce parti a parfois été capable de  mettre ses idéologies de côté sur des dossiers importants (plan de relance, entre autre). Toutefois, est-ce que cela assure qu’il adoptera la même philosophie de gouvernance en territoire majoritaire?

En fait, supposant que l’objectif de Harper a toujours été de se chercher une majorité (ce que disent plusieurs analystes), est-il possible que toutes ces décisions plus modérées avaient pour objectif de rassurer la population, pour montrer qu’un gouvernement conservateur n’est pas si pire que ça, en espérant que les électeurs lui accordent leur plein confiance pour lui laisser, enfin, le champ libre? Rien ne nous prouve le contraire, et connaissant la grande intelligence des gens derrière ce parti, cela me semblerait logique.

Et remarquez un truc, ce qu’il martèle depuis le début, c’est qu’il veut former un gouvernement solide pour s’occuper de la priorité des Canadiens: l’économie. C’est un thème rassembleur, qui doit charmer bien des gens. Mais ne l’oublions pas, l’idéologie conservatrice, ce ne sont pas que des valeurs sociales, c’est aussi une vision économique très précise. Et en recevant un mandat clair de la population pour s’occuper de l’économie, un gouvernement conservateur majoritaire aura carte blanche pour gouverner de façon idéologique sur ce thème.

Ce qui peut impliquer quoi? Une baisse des taxes, une réduction de la taille de l’État, entraînant des coupures dans les services offerts. Déjà, le gouvernement prévoit couper des milliards dans les prochaines années dans les services publics, sans dire où exactement. On peut facilement imaginer que plusieurs décisions chères à l’idéologie conservatrice seront justifiées en sortant l’argument du mieux-être économique du pays: réduction de Radio-Canada (un service que les Conservateurs détestent ouvertement), fin des subventions publiques aux partis politiques, coupure dans les fonds versés à des évènements artistiques, etc. Il y aura toujours moyen de justifier de pareilles décisions en expliquant que c’était un mal nécessaire pour assurer la stabilité économique et l’assainissement des finances publiques.

Plusieurs s’en réjouiront, c’est ici le débat entre la gauche et la droite économique, mais je ne suis pas si convaincu que les canadiens sont tant “de droite”. Oui ils accordent une importance primordiale à l’économie, mais c’est surtout, à mon avis, parce que leur préoccupation première est  leur qualité de vie. Une qualité de vie assurée, entre autre, par la santé économique du pays, mais aussi par tous les services offerts (assurance maladie, éducation à prix modique, garderies subventionnées), dont certains pourraient être menacés par un gouvernement conservateur majoritaire.

Je me résume: en utilisant son mandat majoritaire pour effectuer plusieurs coupes dans les services publics au nom de l’Économie, un gouvernement conservateur pourra ainsi faire avancer son agenda idéologique sans déroger de sa promesse électorale (l’économie), affectant ainsi les services reçus par les citoyens, qui eux croyaient pourtant que cela allait améliorer leurs conditions.

Je crois de plus en plus que si les conservateurs choisissent d’utiliser une grande formule simple pour résumer l’ensemble de leur philosophie, c’est qu’ils supposent que les détails effraieraient trop d’électeurs, toujours accrochés aux acquis de la société canadienne.

Et je doute qu’ils croient que leurs valeurs conservatrices soient réellement partagées par une majorité de citoyens à travers le pays, parce que si cela avait été le cas, ils auraient cherché à en faire la promotion haut et fort durant la campagne, du Pacifique à l’Atlantique, et non de concentrer leurs actions sur une trentaine de circonscriptions.

Arguments de vente

2011
04.16

Disons que vous détestez les champignons à en vomir. Vous n’en pouvez rien, c’est comme ça, ça cous écoeure.

Je vous propose un choix entre deux soupes, une minestrone ou une crème de champignon. Allez-vous répondre : « Peu importe le type de soupe, tout ce que je veux c’est un grand bol, et non un petit, pour que j’aie pas à refaire ce choix trop souvent. »?

Bien sûr que non.

Et pourtant, cet avec un argument similaire que Stephen Harper aimerait se faire réélire. Un enjeu majorité/minorité (la métaphore grand bol/petit bol, vous aurez compris).

Il dit que la population doit élire un gouvernement conservateur majoritaire puisque seule une majorité permettra d’avoir un gouvernement stable, qui évitera d’avoir d’autres élections dans les prochaines années (dont les canadiens sont tannés, selon lui) et assurera la relance de l’économie.

En substance : l’important, c’est la majorité. Peu importe la couleur de cette majorité.

Plusieurs électeurs adhèrent à cette réflexion et affirment qu’ils n’en peuvent plus des élections, et c’est pour c’est pour cela qu’ils voteront conservateur. Pas parce qu’ils sont en accord avec leurs valeurs et leurs idéaux, pas parce qu’ils trouvent que Stephen Harper est particulièrement inspirant, mais seulement parce qu’ils veulent que les choses fonctionnent rondement à Ottawa sans que tout le processus parlementaire soit interrompu à chaque deux ans.

C’est un très mauvais argument, à mon avis. Tout aussi incompréhensible que la métaphore du bol de soupe. Ce n’est pas parce qu’un gouvernement est stable qu’ils est en harmonie avec vos convictions. Un gouvernement majoritaire libéral prendrait des décisions bien différentes d’un gouvernement majoritaire néo-démocrate ou conservateur. On a tendance à l’oublier.

Pour plusieurs, leur choix se résume simplement à la capacité de leadership des chefs de parti, comme si toutes les différences de vision de ces chefs étaient bien subtiles et secondaires. Je peux comprendre qu’avec cette perception, on ne cherche qu’à avoir une administration stable.

Mais on oublie alors que notre choix devrait reposer non seulement sur la capacité du pays à garder sa vitesse de croisière, mais aussi, surtout, sur la direction dans laquelle il se dirige. Et chaque parti a une destination différente en tête.

Deux petites questions sur ce sujet, d’ailleurs. M. Harper ne manque jamais de souligner que le Canada est le pays à s’être le plus facilement désempêtré de la crise économique et que son gouvernement conservateur est le formidable responsable de cette reprise. Toutefois, il soutient également qu’il faut une majorité puisqu’un gouvernement minoritaire ne peut assurer la force de cette relance. Ne se contradit-il pas? Le gouvernement canadien est minoritaire depuis 2004, soit avant, pendant et après la récente crise économique. Pourtant, il est le pays qu’y s’en sort le mieux. Se peut-il alors que la composition du parlement n’ait pas tant d’incidence sur la performance économique du pays, contrairement à ce que veut bien dire notre premier ministre?

Et aussi, les canadiens sont-ils réellement écoeurés des élections et des gouvernements minoritaires, ou c’est Harper qui a réussi à leur faire croire ça à force de leur dire qu’ils le sont?

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Au Québec, le slogan du parti du Conservateur est « Notre région au pouvoir ». Les candidats argumentent que la province aurait avantage à élire des députés membre du parti au pouvoir, qui seront alors assis autour de la table de décisions. En d’autres mots : si vous voulez que vos besoins soient considérés lorsque nous aurons des millions à investir, si vous ne voulez pas être complètement oublié par le gouvernement, vous devez voter pour nous. Entre ça et le chantage, je ne sais même pas s’il reste un pas.

Pourtant, le gouvernement conservateur a toujours nié avoir été plus généreux envers les circonscriptions conservatrices quand venait le temps de répartir les milliards du plan de relance, ce qui serait scandaleux puisque le gouvernement, peu importe par qui il est élu, se doit de venir en aide à l’ensemble du pays, équitablement.

Jamais, donc, ils n’oseraient donner plus d’argent à un secteur qui a largement voté pour eux. Mais, ils vous suggèrent d’élire des candidats conservateurs, « ça ne peut pas nuire à votre région », si vous comprenez ce que ça veut dire. Je n’arrive pas à comprendre comment ils arrivent à trouver cohérence entre ces deux affirmations.

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Michael Ignatieff, un homme de principes, fait beaucoup campagne en argumentant à quel point les conservateurs négligent les valeurs démocratiques traditionnelles de notre pays, que ce soit au niveau du respect des citoyens, de la place aux débats d’idées ou du rôle des médias.

Mais je me demande à quel point ces sujets, aussi fondamentaux soient-ils, touchent la population. Premièrement, il est largement reconnu que nous sommes une société de plus en plus individualiste,  peut-être moins émus par les lignes directrices d’un mieux-vivre commun. Nous comptons aussi parmi nous de plus en plus d’immigrants qui ont choisi de venir ici pour retrouver de meilleures conditions de vie. Peut-être sont-ils moins familiers avec tous les détails de nos traditions démocratiques, ou y accordent-ils moins d’importance pour l’instant, cherchant d’abord à assurer un environnement décent pour leur famille, une priorité tout à fait légitime.

Lorsque l’on ajoute ces nouveaux arrivants à tous ces Canadiens « pure laine » qui se préoccupent surtout de leur confort quotidien, et qui ne saisissent pas comment la santé démocratique de la nation joue un rôle capital, mais indirect, dans ce confort, alors ce ne seront que les promesses précises, ciblées, concrètes qui auront un impact sur les électeurs.

Pas les grands principes, aussi honorables soient-ils.

Les fondations de la démocratie

2011
04.01

Quand on y pense, c’est quand même curieux:

  1. Qu’un chef d’état, face à une accusation d’outrage au parlement, déclare que de toute façon, les Canadiens s’en foutent un peu de ces procédures parlementaires.
  2. Et qu’il est ait un peu raison; c’est vrai qu’ils s’en foutent.

Voyons les choses autrement…

Quand on visite une maison qu’on aimerait acheter, on regarde les dispositions des pièces, l’état des planchers, le type de fenêtres. Jamais, lors de ce premier coup d’oeil, on va se mettre à tester la solidité des fondation et des poutres dans les murs. Pas que c’est pas important, mais on préfère s’intéresser à la finition, à l’apparence, parce que c’est ce que nous allons voir au quotidien.

Et pour la structure, cet aspect qu’on ne remarque pas et qu’on connaît peu, on engage un inspecteur pour qu’il nous donne son avis. Parce qu’on est quand même bien conscient que sans une base solide et une construction rigide, la beauté des moulures du salon ne valent rien.

C’est un peu la même chose pour la démocratie. On est séduit par les mesures politiques rapides qui nous permettrons de récupérer quelques dollars en déductions quelconques, ou par un grand projet de société comme l’abolition du registres des armes à feu ou les subventions aux étudiants, mais tout ça, ce sont les aspects qui nous toucheront directement dans notre quotidien. Ce sont les moulures.

Le système politique qui permet de telles promesses repose, lui, sur des fondations normalement solides, un fonctionnement parlementaire clairement délimité qui assure un encadrement du gouvernement. Ces principes démocratiques sont nécessaires au bon fonctionnement de tout le reste, elle offre une certaine garantie que l’opinion d’une majorité de citoyens est respectée et que leur argent n’est pas dépensé irresponsablement, bref, que le parti au pouvoir gouverne au nom du peuple. Sans cette assurance, toutes les promesses et les idées ne valent rien.

Et qui est là pour indiquer aux citoyens les vices dans ces fondations politiques? Les journalistes.

Journalistes qui sont d’ailleurs malmenés ces jours-ci par le parti conservateur en campagne, qui les tient à l’écart et n’accepte de répondre qu’à 5 questions par jour. Faut dire qu’ils sont embêtants, ces journalistes. Ils s’acharnent à poser des questions qui déplaisent au Premier ministre. Pourquoi les répètent-ils? Ne voient-ils pas que Stephen ne veut pas répondre? Pourquoi ne se contentent-ils pas de retranscrire la promesse qu’il vient d’annoncer dans un décor minutieusement calculé?

Comme le disent des organisateurs conservateurs: “ils ne veulent pas rapporter la nouvelle, ils veulent la créer”! ‘Sont gossants…

Contrairement aux autres chefs de parti qui rigolent avec les journalistes et n’hésitent pas à répondre à chacune de leurs questions, à rencontrer les citoyens au hasard et à leur défendre leurs idées, Stephen Harper, lui, n’est entouré que de partisans sélectionnés, évite les questions qui l’agacent, affirme ouvertement qu’il préfère faire campagne à travers le pays plutôt que débattre de ses idées avec ses adversaires et profite de tout cet environnement contrôlé pour faire des déclarations savamment concoctées souvent facilement contestables par les faits.

Et c’est un peu dommage, je trouve. Parce que l’idéologie conservatrice, de droite, est une philosophie tout à fait légitime qui peut facilement être défendus par des arguments cohérents. Mais en choisissant comme stratégie de fabriquer une image hyper-contrôlée pour imposer un discours grossièrement mensonger, l’équipe de Harper laisse croire que la seule façon de défendre le conservatisme est en leurrant la population.

Pourquoi ne pas choisir de défendre leurs idées honnêtement? Est-ce parce qu’ils sentent qu’elles ne passeraient pas de cette façon?

J’en parlerai dans un prochain billet…

Séduction de savane

2011
03.24

En cette période de campagne électorale fédérale, d’élections un peu broches à foin en Haïti et surtout, d’un débat autour des résultats du premier tour des présidentielles au Bénin (quoi, vous n’étiez pas au courant ?), je vous propose un petit regard sur la campagne électorale béninoise précédente, il y a cinq ans. C’est un extrait d’un courriel que j’ai envoyé à mes proches en mars 2006.

La petite communauté d’Assanté est à une vingtaine de kilomètres de Glazoué, accessible par une route en terre bien accidentée. Comme pour tous les villages de la région, les habitations (appelées cases) sont composées de murs en terre et de toits de tôle ou de paille. Les enfants courent tout nus avec les poules et les femmes ne portent qu’un pagne autour des hanches. L’éclairage le soir, pour la plupart des gens, se fait à la lampe à l’huile puisque l’électricité n’est toujours pas arrivée ici.

Le 13 février 2006, un gros SUV noir bien propre arrive à toute allure à Assanté, évitant de justesse un ado sur sa bicyclette. C’est Edmond Agoua, entrepreneur local millionnaire, directeur de campagne régional du candidat aux présidentielles Bruno Amoussou et propriétaire de la radio Collines FM, où j’effectue mon stage. Agoua descend du véhicule en compagnie de ses assistants, son garde du corps et deux journalistes de Collines FM (dont moi) pour la couverture médiatique de l’événement.

Une foule de plus de 1000 personnes l’attend, on est deux heures en retard. Agoua prend place à côté des représentants de la communauté et du roi de la région. La cérémonie commence dès qu’il arrive.

Des chanteurs et des danseurs ouvrent le bal devant lui. Agoua remet à chacun d’eux une considérable somme d’argent pour leur performance, billet par billet, afin que chacun dans l’assistance puisse bien voir.

La foule applaudit et crie de joie.

Après quelques discours de bienvenue de la part de ses hôtes, Agoua prend le micro avec un sourire artificiel et entame son discours, énumérant tout ce que la MENAM (organisme de développement non-politique dont il est le président-fondateur) fera pour le petit village : une maison des jeunes, un centre pour les chauffeurs de taxi-moto, du soutien financier aux vendeuses du marché, etc.

La foule est euphorique.

Mais ça ne risque pas de dégénérer, surtout à cause du garde du corps d’Agoua et des coordonateurs d’évènements qui ont tous le même look : gros muscles, bras croisés et lunettes fumées.

Ensuite, Agoua enchaîne son discours et annonce son choix politique personnel et invite tous les citoyens présents à faire de même. Amoussou Bruno est le seul qui puisse vraiment vous aider, Amoussou Bruno est le seul qui puisse vraiment régler vos problèmes, Amoussou Bruno est le seul qui puisse assurer le développement de la région, Amoussou Bruno est le meilleur, Vive Amoussou Bruno.

La foule jubile.

Tout souriant, il se lève et demande à tous de répéter après lui : « Amoussou Bruno : AU POUVOIR, Amoussou Bruno : AU POUVOIR ».

La foule hurle le slogan pendant 3 bonnes minutes, sans jamais diminuer le volume ou l’excitation.

Les organisateurs de campagne sillonnent alors l’assistance, distribuant des centaines de pamphlets du candidat.

La foule toute excitée se bouscule pour avoir entre ses mains la photo du sauveur.

Agoua et sa délégation, pouvant se féliciter de leur mission accomplie, retournent vers leur véhicule exubérant et quittent les lieux aussi vite qu’ils sont arrivés.

Et dans le SUV dont le système de climatisation est réglé à « Cold », Agoua impose aux journalistes comment et quand diffuser le reportage. Accroché au rétroviseur, un aigle de caoutchouc se balance frénétiquement alors que le bolide géant file à 80 km/h sur les routes de terre cahoteuses, dans la nuit de la savane africaine.

Maintenant, question : est-ce que nos campagnes électorales sont fondalement si différentes de ça ? Le martèlement d’un message ? Des promesses locales pour faire rêver les populations ? Des subventions distribués dans différents projets ?

Au final, je vous rassure, Bruno Amoussou n’a pas passé au deuxième tour, et son fortuné serviteur, Edmond Agoua, a subi une sévère raclée dans le secteur du village de ce récit.

Le peuple a plutôt voté pour un nouveau venu en politique, Yayi Boni, porteur d’espoir et affilié à aucun des partis politiques classiques. Pour le deuxième tour, les partisans de Amoussou, qui était arrivé en troisième place au premier tour, étaient tout fiers de déclarer qu’ils étaient des « faiseurs de roi » (Agoua jubilait au téléphone…), terme auto-glorificateur signifiant qu’en offrant leur appui à un des deux candidats du deuxième tour, ce serait ainsi eux qui feraient pencher la balance du résultat final, espérant ainsi recevoir des faveurs du nouveau président élu.

Ils ont choisi le nouveau, Yayi Boni. Et lorsqu’il fut élu, il a pris tout le monde par surprise en offrant les grands postes de direction et de ministères à des technocrates, des personnes en pleine connaissance des dossiers qu’ils auraient à gérer, et non à des membres de son équipe électorale ou à ces faiseurs de rois qui l’ont soutenu.

Edmond Agoua a été amèrement déçu, je m’en suis secrèment réjoui.

Demain, je vous présente la suite, soit un sorte de photo-reportage du déroulement des élections du premier tour.

L’embêtement de la démocratie

2011
03.22

Je vous le dis d’avance, si les partis d’opposition renversent le gouvernement Conservateur cette semaine (comme tout semble l’indiquer) parce qu’ils ne sont pas d’accord avec le budget présenté, le gouvernement répliquera que les Canadiens ne veulent pas d’élections, et blâmera alors l’opposition pour avoir déclenché une infâme campagne électorale.

Mais il aura tort.

C’est que si les partis d’opposition décident de retirer leur confiance en ce gouvernement, ce sera bien sûr par manœuvre politique stratégique, mais aussi en réaction aux action (ou inactions, c’est selon) du gouvernement.

Voyez-vous, le gouvernement conservateur est en situation minoritaire à la chambre des communes. Cela veut dire que la majorité des députés à Ottawa font partie d’un parti d’opposition, et en fait, prés du deux tiers des électeurs n’ont pas voté pour l’équipe de Harper. Cela signifie donc que le gouvernement au pouvoir représente seulement une minorité de la population.

Et avec cet état des faits, des concessions s’imposent. Notamment, modérer ses politiques et mettre de l’eau dans son vin afin de trouver un terrain d’entente avec un ou des partis d’opposition, ce qui signifie, pour le gouvernement, d’être à l’écoute d’une portion des électeurs qui ne partagent pas ses valeurs, ce qui lui permet de répondre aux attentes d’une majorité de citoyens.

Mais le parti conservateur a plutôt choisi d’adopter des stratégies basées sur la confrontation, et de souvent faire à sa tête. C’est son choix, mais il renie alors les principes de cohabitation qu’exige généralement la réalité minoritaire. Et il est alors normal que les autres partis, qui défendent leurs valeurs et leurs convictions (et oui, j’en conviens, s’adonnent aussi à des jeux politiques) ne puissent pas soutenir un budget qui n’est pas à l’écoute de leurs demandes.

Si le parti au pouvoir choisit de ne pas tenir compte du point de vue de ses adversaires et d’agir comme s’il est majoritaire, sachant très bien que dans les règles du jeu parlementaire cela entraîne souvent une perte de confiance de l’opposition, c’est sa décision. Mais il prend alors une bonne partie de la responsabilité du déclenchement des élections, peu importe ce que ses portes-paroles peuvent déclarer, sur un ton indigné, dans les médias.

D’ailleurs, ceci m’emmène à une autre question, inspiré de cette phrase, entendue de tous les côtés : les Canadiens ne veulent pas d’élections!

Est-ce à cause du prix (autour de 300 millions$) qui est quand même impressionnant? Je ne crois même pas.

À mon avis, c’est simplement que les gens trouvent que ça prend trop de place une élection. Ils en parlent dans tous les médias, les analyses et les promesses fusent de partout et on doit tous, horreur, essayer de s’intéresser à la politique pour tenter de faire un choix raisonné. Les Canadiens n’ont pas que ça à faire. J’en parlerai plus en détail dans une prochaine chronique.

Disons que la démocratie, c’est super commode quand on doit la subir seulement une fois au quatre ans.