Extrait d’un courriel de voyage, écrit au Bénin à l’hiver 2006.
Je parlais avec un Béninois et sa nombreuse famille, calmement assis devant sa maison sous un manguier, alors que la nuit commençait. Lui et ses fils les plus vieux me posaient des questions sur le Canada.
J’ai tenté de leur expliquer les températures de -30°C (expression de terreur sur leurs visages), le montant d’argent que l’on gagne à chaque jour (yeux et bouches grands ouverts), le fait que les femmes canadiennes n’acceptent pas que leur mari ait plusieurs compagnes (ils rient comme si on était archaïques… et aussi un peu par pitié pour les hommes canadiens).
Ils m’ont ensuite demandé pourquoi les gens choisissent de fumer et pourquoi certains se suicident, je n’ai pu leur donner de réponse satisfaisante. On a enchaîné, j’ai parlé de la loterie où les gens perdent tout leur argent, j’ai décris les plats congelés tout préparés en usine que l’on réchauffe dans un four qui reste froid, appelé micro-onde. Je leur ai expliqué que nous avons rarement des enfants avant la trentaine et qu’on les envoie généralement vers l’âge d’un an dans une maison où des femmes sont payées pour s’en occuper. J’ai essayé de leur faire comprendre que le lait maternel se vend souvent en poudre et que les mères qui décident d’allaiter leurs enfants sortent parfois le lait de leur sein avec une machine et le mettent dans un biberon pour le congeler dans le frigo. Et quand les parents considèrent qu’ils ont eu assez d’enfants, rarement plus que deux, l’homme se fait souvent opérer pour couper des tuyaux dans les testicules, pour être vraiment vraiment sûr qu’ils n’en aient plus.
Il y a eu un silence, puis le père a regardé par terre et a dit : « Vous les Canadiens, vraiment, vous êtes bizarres… »
Et à ce moment, je savais qu’il avait parfaitement raison.
Mots-clés: Bénin, Canadiens, Différences culturelles, Discussion, Enfants, Occident, Parentalité, Planification familiale


