Encore une fois, un petit chapitre pour vous montrer à quel point les réflexes sont devenus tordus dans les grands studios d’Hollywood.
D’abord, regardez la bande-annonce de Hugo, de Martin Scorsese, paru sur les écrans cette semaine. (Pour la petite histoire, le film est basé sur le livre jeunesse The Invention of Hugo Cabret, écrit par Bryan Selznick. Pourquoi ne pas avoir garder le titre original de l’oeuvre? Le film devait s’appeler Hugo Cabret, mais les tests auprès des « focus groups » ont montré aux dirigeants de studio que Hugo était plus vendeur. C’est punché. Même si ça veut presque rien dire, même si c’est bien moins indicateur que le titre du bouquin. Le processus a été similaire avec le film inspiré des romans John Carter of Mars, que Disney doit sortir en mars prochain. Le titre officiel: John Carter. Plus efficace, plus vendeur selon les sondages, même si ce titre pourrait être celui d’un film de policiers ou une comédie avec Tom Hanks, et non une aventure de science-fiction. Dernier exemple du genre: Harry Potter and the Philosopher’s Stone, titre original du premier tome de la série de J.K. Rowling et du premier film partout dans le monde sauf aux États-Unis, où il a été rebaptisé Harry Potter and the Sorcerer’s Stone. Parce que le mot « philosophe », voyez-vous, ça fait fuir le public américain. Fin de la parenthèse)
Regardez la bande-annonce, donc…
Donc, un joli conte familial classique, rempli de magie et de bons sentiments, un spectacle grandiose, en 3D, de Martin Scorsese, qui nous présente ici l’oeuvre la plus « grand public » de sa filmographie.
Mais, c’est la fin de semaine du Thanksgiving aux États-Unis, période faste aux guichets, et il y a deux autres films familiaux qui ont pris l’affiche pour l’occasion : Arthur Christmas (film d’animation en 3D sur une vision moderne du Père Noël avec plein d’équipes de commandos de lutins mignons) et The Muppets (le retour des marionnettes tant adorées, avec une foule d’apparitions de célébrités). On ne jugera pas ici de la qualité et de l’originalité de ces trois oeuvres, elles ont toutes reçues d’excellentes critiques.
Mais j’attire votre attention sur cet article du site Box Office Mojo (une référence pour suivre les recettes des films). Au quatrième paragraphe, on y apprend que Hugo ne sortira que dans 1 277 salles en Amérique du Nord, ce qui est assez modeste pour un film de grand studio. C’est presque trois fois moins que pour les deux autres films de la fin de semaine. Pourquoi si peu de salle? C’est que Paramount Pictutres serait consciente du défi commercial que ce film représente, consciente que parmi les trois nouveaux films, Hugo est de loin le moins « mainstream », bref, le plus périlleux à vendre.
Pourquoi? Parce que, je cite, c’est l’histoire d’un « garçon qui vit dans les coulisse d’une gare de Paris. » Voilà la réponse.
Racontez un récit qui se déroule ailleurs qu’aux États-Unis, avec un jeune démuni (donc qui n’a ni iPod, ni cellulaire, ni d’habits à la mode), et vous vous retrouvez avec une oeuvre audacieuse. Charles Dickens, c’est de l’underground.
On est rendu là.
Mots-clés: Blockbusters, Box-Office, Cinéma, Films, Hollywood, Marketing, Sudio


