Les fondations de la démocratie

2011
04.01

Quand on y pense, c’est quand même curieux:

  1. Qu’un chef d’état, face à une accusation d’outrage au parlement, déclare que de toute façon, les Canadiens s’en foutent un peu de ces procédures parlementaires.
  2. Et qu’il est ait un peu raison; c’est vrai qu’ils s’en foutent.

Voyons les choses autrement…

Quand on visite une maison qu’on aimerait acheter, on regarde les dispositions des pièces, l’état des planchers, le type de fenêtres. Jamais, lors de ce premier coup d’oeil, on va se mettre à tester la solidité des fondation et des poutres dans les murs. Pas que c’est pas important, mais on préfère s’intéresser à la finition, à l’apparence, parce que c’est ce que nous allons voir au quotidien.

Et pour la structure, cet aspect qu’on ne remarque pas et qu’on connaît peu, on engage un inspecteur pour qu’il nous donne son avis. Parce qu’on est quand même bien conscient que sans une base solide et une construction rigide, la beauté des moulures du salon ne valent rien.

C’est un peu la même chose pour la démocratie. On est séduit par les mesures politiques rapides qui nous permettrons de récupérer quelques dollars en déductions quelconques, ou par un grand projet de société comme l’abolition du registres des armes à feu ou les subventions aux étudiants, mais tout ça, ce sont les aspects qui nous toucheront directement dans notre quotidien. Ce sont les moulures.

Le système politique qui permet de telles promesses repose, lui, sur des fondations normalement solides, un fonctionnement parlementaire clairement délimité qui assure un encadrement du gouvernement. Ces principes démocratiques sont nécessaires au bon fonctionnement de tout le reste, elle offre une certaine garantie que l’opinion d’une majorité de citoyens est respectée et que leur argent n’est pas dépensé irresponsablement, bref, que le parti au pouvoir gouverne au nom du peuple. Sans cette assurance, toutes les promesses et les idées ne valent rien.

Et qui est là pour indiquer aux citoyens les vices dans ces fondations politiques? Les journalistes.

Journalistes qui sont d’ailleurs malmenés ces jours-ci par le parti conservateur en campagne, qui les tient à l’écart et n’accepte de répondre qu’à 5 questions par jour. Faut dire qu’ils sont embêtants, ces journalistes. Ils s’acharnent à poser des questions qui déplaisent au Premier ministre. Pourquoi les répètent-ils? Ne voient-ils pas que Stephen ne veut pas répondre? Pourquoi ne se contentent-ils pas de retranscrire la promesse qu’il vient d’annoncer dans un décor minutieusement calculé?

Comme le disent des organisateurs conservateurs: “ils ne veulent pas rapporter la nouvelle, ils veulent la créer”! ‘Sont gossants…

Contrairement aux autres chefs de parti qui rigolent avec les journalistes et n’hésitent pas à répondre à chacune de leurs questions, à rencontrer les citoyens au hasard et à leur défendre leurs idées, Stephen Harper, lui, n’est entouré que de partisans sélectionnés, évite les questions qui l’agacent, affirme ouvertement qu’il préfère faire campagne à travers le pays plutôt que débattre de ses idées avec ses adversaires et profite de tout cet environnement contrôlé pour faire des déclarations savamment concoctées souvent facilement contestables par les faits.

Et c’est un peu dommage, je trouve. Parce que l’idéologie conservatrice, de droite, est une philosophie tout à fait légitime qui peut facilement être défendus par des arguments cohérents. Mais en choisissant comme stratégie de fabriquer une image hyper-contrôlée pour imposer un discours grossièrement mensonger, l’équipe de Harper laisse croire que la seule façon de défendre le conservatisme est en leurrant la population.

Pourquoi ne pas choisir de défendre leurs idées honnêtement? Est-ce parce qu’ils sentent qu’elles ne passeraient pas de cette façon?

J’en parlerai dans un prochain billet…

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